Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Tout et le reste
Articles récents

La Ligue à Léon : épisode 19

31 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #Histoire, #Politique

Chapitre 17 :
Le PCF prépare la riposte

Siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien. Réunion du « CN », le collectif national, ex « CC », comité central.

Les militants font le bilan d’une campagne désastreuse, menée par Frédéric Beigbeder, le publicitaire prodige.

Les résultats vont ruiner le parti et l’obliger à louer ses locaux pour des défilés de mode ou des séminaires d’entreprises.

Un comble pour le grand parti des travailleurs ?

Pas vraiment, car cela fait longtemps que le PCF n’est plus hostile au patronat, tant que celui-ci crée des emplois et redistribue une partie des richesses créées.

La pause déjeuner est bienvenue, après une matinée de travail bien remplie, commencée à 10 heures. Ce n’est pas les Provinciaux, arrivés tôt, qui ont retardé les travaux, mais au contraire les Parisiens, toujours en retard.

On a validé les nouveaux statuts du Parti de la gauche européenne (PGE), un regroupement de divers mouvements de gauche européens, comme son nom l’indique. Le PCF en est la branche française. Pourvu d’une petite barbichette à la Léon Trotski, l’Alsacien Francis Wurtz, député européen, cheville ouvrière de la démarche, jubile : son désir de devenir président du PGE est à portée de fusil.

« Ils se font des souvenirs ! Ils jouent à la révolution ! Ils sont toujours là pour fragiliser le parti », tempête Henri Brice, un jeune apparatchik (il en reste encore, mais plus beaucoup).

Blond et mince, portant des lunettes, il a un verre de rhum, directement importé de Cuba, à la main.

A côté de lui, visage soucieux, une femme aux courbes vertigineuses, Virginie Riva, acquiesce.

Les deux membres du CN n’ont pas de doute sur le fait que les Trotskistes retomberont rapidement dans leurs travers pour se déchirer sur des virgules et des guillemets et finalement scissionner.

Corpulent dans son costume, André Gérin, député-maire de Vénissieux, abonde : « Ce sont des clowns au service de nos ennemis. Ils n’ont jamais été capables de construire quoi que ce soit. Ils n’ont jamais eu à assumer le pouvoir, contrairement à nous. La classe ouvrière ne leur doit rien, alors que les gouvernements soutenus ou à participation communiste ont obtenu, du moins jusqu’au dernier, les plus grands acquis de l’histoire de France. Mais nous ne devons pas leur donner l’occasion de nous fragiliser, justement. Or les objectifs fixés lors de nos derniers congrès ne nous permettent pas de combattre sérieusement pour le redressement du parti. »

Celui que Libération qualifie de « Néo Stalinien » boit quelques gorgées de bière, puis poursuit.

« Les Refondateurs, les Martellistes… ils sont dans l’erreur. Certains camarades étaient contre la participation au gouvernement de la gauche plurielle, craignant un nouvel affaiblissement du parti dans un contexte peu propice aux conquêtes sociales. Ce ne sont pas le Pacs ou les 35 Heures sauce patronale qui auront enthousiasmé les Français. Ils ont vu avec effroi s’approfondir l’assujettissement à l’Union européenne sous direction allemande et étasunienne. »

Roger Martelli arrive, un gobelet rempli de rosé. Normalien, professeur d’histoire, il est tenant de la mutation et d’une refonte social-démocrate totale du PCF, rejetant tout lien avec le Bolchévisme, selon lui honteux. Cela a les faveurs de la majorité des cadres et militants, déboussolés par trente ans d’Union de la Gauche et par la fin de l’URSS.

De son accent marseillais, il rétorque : « On ne retournera pas en arrière, André, tu sais que je t’apprécie. Le Bolchévisme et le Léninisme sont les facteurs de l’échec du soviétisme réel. A nous de prendre les bonnes décisions pour parvenir au pouvoir dans dix ans et mener des politiques de rupture avec le système néolibéral. »

« Les médias poussent les Trotskistes, parce qu’ils voudraient bien que ceux-ci nous siphonnent sur la gauche, ajoute Virginie Riva, qui tourne carrément à la vodka. Mais je prédis qu’ils vont retourner à leurs scissions, comme tu dis, Henri Brice. Pas d’inquiétude. Et nous devons pousser ce qui fait notre force : notre programme de transition révolutionnaire, basé sur l’analyse de la révolution informationnelle de Jean Lojkine, et la Sécurité d’Emploi et de Formation de Paul Boccara. Cela finira par payer. Nous avons les meilleurs intellectuels. Les Gauchistes ne sont pas aptes à lutter. » Chacun en convient.

Au milieu de la salle, Robert Hue, rond et bondissant, claque des mains en souriant. Il a une petite tache de rillettes sur le haut de sa chemise noire, que lui signale Karine Delpès, son assistante personnelle.

« C’est l’heure de la reprise des travaux, les copains, on s’y remet ! Il faut finir pas trop tard si on veut que les copains de Province puissent attraper leurs trains. »

En séance, on aborde les prochaines échéances électorales. La belle Virginie Riva, silhouette de danseuse de ballet, est désignée candidate pour les prochaines législatives, prévues en juin, dans une circonscription francilienne. Elle est tenue depuis 54 ans par Roger Gérard, un ancien Résistant, maire d’une commune de la Ceinture Rouge. Il a décidé de passer la main, car il vise à présent le Palais du Luxembourg, avec des chances sérieuses de succès.

Henri Brice aura un plus grand défi, dans une circo de son département natal, la Creuse, acquise de tout temps aux Radicaux socialistes.

Après la fin des travaux, Virginie Riva retourne à Nanterre, chez ses parents, récupérer son fils Etienne. Ils boivent une coupe de champagne pour fêter son investiture.

« C’est une nouvelle page de ta carrière qui s’ouvre. Un beau challenge, tu vas faire avancer les sujets importants, discrimination, droit des femmes », énumère son père Michel, carrure de colosse, au discours parfaitement lisse et rodé d’ancien permanent de la CGT Cuirs et Peaux.

« Oui, mais on risque d’être en minorité. Donc ce sera surtout propagandiste », réagit sa fille, l’air rêveuse, tenant dans ses bras son charmant Etienne.

A suivre...

Lire la suite
Publicité

La conscience de classe : réflexion très actuelle venue du passé

28 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Réflexion, #Politique

A notre époque où la conscience politique de classe a quasiment disparu du prolétariat, il est bon de se rappeler quelques fondamentaux : pas de parti ouvrier sans boussole de classe.

Extrait de Lénine et l’Histoire, par M.N. Pokrovsky Source : « Borba Klassov », n° 1, mars 1931, pp. 1-7. Traduction MIA.

"Dans les controverses politiques, nous sommes incapables de nous y reconnaître tant que nous ne savons pas quelle lutte elles incarnent, quels intérêts elles reflètent. Les hommes seront et resteront toujours les dupes de la tromperie et de l’illusion aussi longtemps qu’ils n’auront pas appris a discerner, derrière toutes les phrases morales, religieuses, sociales, derrière les déclarations, les promesses, les intérêts de telle ou telle classe. Si un homme cultivé se place hors de la politique, selon la définition de Lénine, alors un homme sans culture se tient hors de la politique marxiste, il sera incapable de discerner quelle classe lutte contre lui et quels intérêts il défend lui-même. Beaucoup de bonnes personnes ont été et sont encore convaincus qu’ils luttent pour les intérêts du prolétariat, alors qu’en réalité ils défendent les intérêts du koulak et du petit propriétaire contre le prolétariat. Car les classes ne se sont pas formées hier, elles se sont constituées au fil de décennies, parfois de siècles, et tant que nous n’aurons pas remue l’histoire jusqu’au fond, nous ne verrons pas leur vrai visage, d’autant que ce visage se cache ordinairement."

Lire la suite

Le mouvement actuel : quelques idées

27 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #France, #social

Partons de la situation mondiale : pour simplifier, on pourrait dire que le facteur politique prédomine sur le facteur économique, au moins en Europe occidentale (probablement aux Etats-Unis également). C'est d'ailleurs le plus souvent le cas à notre époque, le capitalisme ayant atteint un très haut niveau de développement productif et donc technique.

La lutte des classes menée par le grand capital (propriétaires des industries, banques, finances, ressources énergétiques et services) est victorieuse, ne rencontrant pas de résistance assez forte, du fait de l'absence d'un parti communist(m)e. Les bourgeois sont donc portés à ne jamais restreindre leur voracité, n'ayant plus à craindre pour leur pouvoir, comme cela a pu être le cas dans la première moitié du XXe siècle après la révolution russe.

Il existe toutes les ressources et les capacités humaines nécessaires pour résoudre les principaux problèmes de l'humanité : pauvreté, faim, guerres, changement climatique... Ce qui bloque est la domination impérialiste (au sens donné par les Bolchéviks et Lénine à ce mot, lire L'Impérialisme, Stade suprême du capitalisme), avec comme pôle leader les Etats Unis.

Il faut aussi écrire que l'impérialisme (donc occidental) est en déclin relatif. La part de la richesse mondiale qui lui revient diminue relativement à celle allant aux Pays émergents et aux puissances d'opposition (Russie, Chine). Et au sein de l'impérialisme, l'Europe subit davantage encore le déclin, étant subordonnée aux Etats Unis. Cela touche aussi les bourgeoisies nationales, qui répercutent ce recul sur leurs classes dominées domestiques.

Une conséquence importante de cette lutte de classes victorieuse de la bourgeoisie contre son enfant maudit, le prolétariat, et les autres classes laborieuses : diminution de la part de la valeur ajoutée (plus-value) allant au travail, au bénéfice du capital.

Cela se manifeste dans la vie concrète par la hausse de la précarité et du chômage, par la baisse du pouvoir d'achat (logement, énergie, alimentation, loisirs), par la régression des services publics et par la hausse des dettes en parallèle, qui devient le moyen de chantage permanent pour la régression sociale. Abolir tout ou partie des dettes (et exproprier les banques pour créer une banque publique puissante) sera le premier point de tout régime socialiste révolutionnaire sérieux.

Le peuple (prolétariat, scolaires et étudiants, petits bourgeois, classes intermédiaires, sous-prolétariat, etc.) se manifeste épisodiquement comme actuellement, de manière désordonnée et hélas assez stérile. On l'a déjà vu avec les gilets jaunes.

Pour un progrès dans la mobilisation, il faut : 

- des revendications claires (hausse des salaires, des retraites et des allocations ; répartition du travail entre tous sans perte de salaire ; contrôle des travailleurs sur le fonctionnement des entreprises...)

- l'entrée massive en lutte des travailleurs salariés par la grève 

- la jonction avec les étudiants

Ce qui dépend de nous, quelle que soit notre position sociale :

- dire, quand c'est possible, sans prendre de risques, que les participants aux manifestations ont raison de lutter, car seule la lutte paye ;

- inviter nos contacts à participer aux manifestations, en y allant ensemble si ça peut rassurer ;

- argumenter en faveur des revendications citées ci-dessous, les présenter comme les seules à même d'améliorer la situation des classes populaires.

Un élément majeur serait que des centaines ou des milliers de jeunes et de moins jeunes élèvent leur niveau de conscience politique pour se tourner vers les idées du marxisme léninisme trotskisme, afin de vouer leur vie à la révolution nécessaire à l'humanité en s'appliquant à participer à la construction du parti ouvrier indépendant et communiste nécessaire. Pour ça, encore faudrait-il qu'ils puissent parler avec des militants défendant cette perspective.

Bonne journée 👍🏻 

GB 

 

Lire la suite

Souvenirs (tracts) du mouvement étudiant de 2007-2008

26 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Histoire, #social

Voici quelques tracts qu'on avait réalisé à l'époque du mouvement contre la loi Pécresse, à Bordeaux III, dans le cadre du comité de lutte. Il manque une page pour l'un des deux.

Les mouvements universitaires ont tenté, sans grand succès, de s'opposer à la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités (loi LRU ou loi Pécresse, du nom de la ministre de la recherche du gouvernement Fillon (UMP), promulguée le 10 août 2007), et les décrets d'application de cette loi, notamment touchant à la réforme du statut des enseignants-chercheurs.

D'autres questions, telle que celle du budget de l'enseignement supérieur, de la formation des enseignants (masterisation) et du nombre de postes ouverts au concours, ou encore celles de l'avenir spécifique de certains établissements de recherche, étaient également posées.

Près de vingt ans après, tout n'a fait qu'empirer, mais avec l'apathie du peuple, désormais occupé à la simple survie, il semble qu'on soit loin d'avoir touché le fond. Seul un réveil de la lutte des travailleurs pourra inverser la donne. C'est l'objectif que nous devons individuellement nous fixer.

 

Souvenirs (tracts) du mouvement étudiant de 2007-2008
Souvenirs (tracts) du mouvement étudiant de 2007-2008
Lire la suite
Publicité

Girondins contre Mont-de-Marsan : j'étais au stade

25 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Football, #Girondins

 

Le premier match de championnat à domicile a eu lieu aujourd'hui. Je fais un petit article Mais il sera différent des précédents, car j'étais au stade et je n'ai pas eu la possibilité de détailler les faits du match.
Beaucoup pensaient que cela n'arriverait pas... Les Girondins de Bordeaux continuent donc en sixième division, soit deux divisions en dessous de la saison dernière. Après une première victoire la semaine dernière à Bayonne contre la Réserve de l'aviron, les Girondins reçoivent maintenant Mont-de-Marsan. 
Cela rappelle les souvenirs d'un match de coupe de France contre les abeilles en 1995, au cours duquel Bordeaux s'était qualifié, par 2 à 1. Le milieu de terrain Daniel Dutuel avait tiré juste à côté d'un poteau, mais le ballon était entré par un trou dans le filet dans les cages et l'arbitre avait validé le but !
A l'époque c'était Zidane, Lizarazu et autres Huard qui jouaient pour Bordeaux. Tout autre contexte donc.
Je me rends au stade en tramway. Ma mémoire (heureuse organisatrice) m'avait fait totalement oublié comme le trajet était long... De quoi regretter encore une fois notre ancien stade, idéalement situé... Le tramway (un toute les vingt minutes destination Stade Atlantique) se remplit rapidement au point d'être bondé.

Au Stade Atlantique, 11 000 spectateurs ont été annoncés : un nouveau record (du monde ?) en sixième division dont on se serait bien passés !
Le match a été décalé au dimanche, car les forces de l'ordre étaient occupées avec les manifestations hier.

Des membres de la future direction et propriétaires sont annoncés. On écrit "futur", car le protocole de cession à Park Bench par Gérard Lopez ne serait pas terminé au tribunal de commerce.

A une heure et demie de la rencontre, une pluie d'automne tombe d'un ciel presque parfaitement gris sur Bordeaux. Il fait environ 16 degrés celsius.
Cette saison, le club cible deux trophées à ajouter à son armoire : le titre de champion de Régional 1 et la coupe de Nouvelle Aquitaine (non qualificative pour une compétition européenne a priori) ! Certes ce ne serait pas les plus prestigieux, mais on prend ! 
La dernière fois que je suis allé voir un match de sixième division, c'était à la Réunion, où c'est le plus haut niveau. Et encore avant c'était à Sarlat...
Bonne nouvelle : blessé et sorti prématurément lors du match dans les Pyrénées Atlantique la semaine précédente, le joueur offensif Steve Shamal est bien dans le groupe.


A l'echauffement, Paul Baysse, ancien défenseur du club, désormais adjoint, donne les consignes. Les joueurs du FCGB portent un maillot rose pour soutenir l'initiative Octobre rose contre le cancer du sein.


L'équipe est composée de Damien Lecroart dans les buts, Léo Jousselin, Driss Trichard, Ruben Droenhlé, Nadjib Cissé en défense, El Hadji M'Boup, Soufiane Bahassa, Baptiste Isola et Alexandre Kalyvas au milieu, et Baptiste Guillaume, premier match de l'ancien attaquant de ligue 1 et 2, et Steve Shamal en attaque. 
Les Ultramarines annoncent dans leur tract qu'ils ont prévu une animation pour les 145 ans du club.
Alain Giresse donne le coup d'envoi fictif du match.

Les Ultramarines déploient une banderole de remerciements aux joueurs de national 2 restés malgré la rétrogradation administrative.


Bordeaux joue dans ses couleurs traditionnelles, avec un maillot sans sponsor principal.

Très beau but des Landais qui ouvrent le score par leur attaquant qui se joue de Nadjib Cissé, à la 19e minute.
Mais Bordeaux égalise ensuite sur penalty par Droenhlé, avant que Shamal ne donne l'avantage à Bordeaux.

Les Ultramarines déploient une banderole de soutiens aux gens qui luttent actuellement, sans davantage de précisions, ainsi qu'une autre en hommage à l'anniversaire de leurs amis Magic fans, ultras de l'association sportive de Saint-Étienne.
En seconde mi-temps, Bordeaux aggrave l'écart avec des buts supplémentaires de Steve Shamal. Il met ainsi un coup du chapeau !

 

Score final 4-1 et une belle fête avec plus de 11 500 spectateurs au stade.
Deux matchs et deux victoires en sixième division ! 

On n'est pas bien là en régional 1 ?


 

Girondins contre Mont-de-Marsan : j'étais au stade
Lire la suite

La Ligue à Léon : épisode 18

24 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #France, #Histoire, #Politique, #fiction

Chapitre 16 :
Un décès prématuré

Quelques jours ont passé depuis le coup de pression des militants sionistes devant les bureaux de la LCR.

Il fait déjà nuit. Tout juste sorti d’une réunion de cellule, Moussa Belhadj gare sa Peugeot 205 rouge sur le parking de sa résidence, devant les grandes barres de dix étages. Il prend son sac et avance vers le hall de son immeuble, en banlieue parisienne.

Encore une journée fatigante, au cours de laquelle le travail militant a succédé à un éprouvant labeur à l’usine. Moussa Belhadj n’est plus tout jeune. Son corps le lui rappelle.

« Oh Moussa ! » Le groupe de jeunes qui squattent les lieux tous les soirs est présent. Ils sont vêtus dans le style rap qui fait fureur depuis une dizaine d’années, baskets, casquettes US et survêtements Sergio Tacchini, Lacoste ou Kappa.

Ce sont une dizaine d’adolescents et quelques jeunes majeurs, dont Moussa Belhadj connaît tous les parents. Ils fument du cannabis, importé d’Afrique du Nord. Parmi eux, quelques-uns sont devenus dealers.

La clientèle est essentiellement issue du quartier. Moussa Belhadj trouve déplorable cette attitude et ce mode de vie. Ces jeunes sont en révolte, c’est de leur âge, mais ils se trompent totalement de voie.

Au lieu d’étudier dur, de chercher à apprendre, ils se complaisent dans leur échec scolaire et se vautrent dans la drogue.

La France met à leur disposition des bibliothèques, des centres de documentation et d’information. En plus, avec Internet, le savoir est disponible gratuitement via un ordinateur. Mais ils préfèrent fumer de la drogue et écouter des chansons écrites en mauvais français ou en anglais, avec un gros mot dans chaque phrase.

La gauche en fait des victimes d’un système injuste. Lui voit juste des jeunes gens sans courage, qui choisissent la facilité. Alors que l’époque a mis à leur disposition tous les outils pour s’émanciper par le travail intellectuel.

Depuis des années, Moussa Belhadj discute avec eux, tente de leur faire changer de vision, les encourage à défendre un idéal internationaliste.

Peine perdue.

 

Certains sont venus à des fêtes de la LCR, ont discuté politique avec des camarades. C’était davantage pour faire plaisir à un tonton du quartier que par réel intérêt.

Face au rouleau compresseur de la culture hip hop, du réformisme, face à la fin de l’URSS, que peut proposer un pauvre ouvrier, militant trotskiste, qui s’échine 35 heures par semaine sur une chaîne de montage d’une usine automobile et milite sur son temps libre ?

Du sang, de la sueur et des larmes, pour ainsi dire. Une fatigue précoce, des troubles musculo-squelettiques, une vie passée au travail, peu d’argent…

Les Musulmans pratiquants sont de plus en plus actifs sur le quartier. Ils ne sont pas très féministes, c’est le moins que l’on puisse dire, et voient la richesse comme un don de Dieu et non comme le résultat du vol d’autrui.

Leur idéal est plutôt le petit commerçant de quartier que le financier qui monte des projets de fusion acquisition.

Sans être un bouffeur de curés ou d’imams fanatique comme nombre de ses camarades, Moussa Belhadj ne fréquente guère la mosquée.

Mais il lui semble qu’elle recrute beaucoup plus de disciples que la LCR.

L’ouvrier d’usine Moussa Belhadj entreprend d’ouvrir sa boite aux lettres.

« Et Moussa, tu es passé avec Le Pen alors ? », lui hurle au visage Hakim Boualane, le chef de la bande.

Moussa Belhadj se retourne vers ce grand dadais dont il connaît les parents depuis toujours. « Tu me parles autrement petit, qu’est-ce que tu racontes un peu…

– Fais attention Moussa. Le Pen est notre ennemi. C’est un sale Gwer, un colon, qui a combattu nos parents, qui a torturé les Algériens, il veut nous mettre dans des camps. Tu joues à quoi Moussa ? », rigole Hakim Boualane. Les autres s’esclaffent.

« Tu déconnes sérieux, Moussa. Vous jouez à quoi, là ? Tu te prends pour un Gwer ou quoi, mec ? Tu seras jamais comme eux, mec !

– Laissez tomber, vous comprenez rien. Cela me fait de la peine pour vous, mes petits. Vous perdez votre temps avec votre shit, au lieu de vous battre pour un avenir meilleur », réagit Moussa Belhadj. Il est inquiet de la virulence des jeunes. Il faudra qu’il en parle à leurs parents, histoire qu’ils remettent les points sur les I.

« C’est ça, tonton, tu es un peu vieux maintenant. En tout cas, il y a du monde chez toi. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais ça a l’air grave », lui répond Hakim Boualane, qui est toujours hilare.

Un peu perturbé par cet accueil, Moussa Belhadj gravit les marches vers son appartement. Il entre dans le salon. Sa femme est en pleurs, sur le canapé. Une dizaine de membres de la famille de sa femme et de la sienne sont là. Ils sont habillés comme pour un deuil. Ses deux filles sont déjà au lit. Croit-il. « Qu’est-ce qu’il y a, Aïcha ?

– C’est horrible, Moussa… Fadela, elle a… » Sa femme, auxiliaire de puériculture dans une crèche du quartier, ne peut continuer. Elle s’effondre en sanglots.

Quelque chose de grave a eu lieu. De très grave. Icham Rachidou, son beau-père, ancien ouvrier à Citroën Aulnay, s’approche. « Moussa, Fadela a eu un accident de voiture. Elle est morte. »

Sa fille de 18 ans vient d’entrer en faculté de Lettres Anciennes à l’université de Paris VIII Saint-Denis. « Pourquoi on ne m’a pas prévenu ?

– On a cherché à te joindre, mais on ne savait pas comment. Tu étais dans tes réunions politiques…

– Où est-elle ?

– Nous allons y aller. Elle est à l’hôpital. Nous allons faire les démarches pour les cérémonies funèbres et le rapatriement du corps à Blida. »

Moussa Belhadj s’assoit et se prend la tête dans les mains.

La vie a le don de vous surprendre.

A suivre...

Lire la suite

Le chômage...

22 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Archives, #économie, #Chômage

Un des articles les plus lus sur mon blog : écrit avant Macron, mais encore plus d'actualité hélas

Mais toujours pas de révolte populaire à la hauteur... L'histoire apprend la patience.

 

ci-dessous

Lire la suite

L'évasion fantastique de dix condamnés à mort en Pologne en 1906

20 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Pologne, #Mouvement ouvrier, #1905, #socialisme, #Histoire

Se lit comme un thriller.

Passionnant.

Ce dont était capable la social-démocratie à l'époque !

Instructif aussi sur le contexte polonais et russe.

Lien ci-dessous.

L'évasion fantastique de dix condamnés à mort en Pologne en 1906
Lire la suite
Publicité

La Roumanie agricole à la fin XIXe siècle : le métayage

18 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Roumanie, #Agriculture, #Histoire

Extrait de : "Dans la Roumanie des Boyards" de Christian Rakovsky Source  : « Arbeiter Zeitung » (Vienne), 21e année, n° 327, 28 novembre 1909, pp. 2-3. Traduction et note MIA.

 

Lien ci-dessous 

La Roumanie agricole à la fin XIXe siècle : le métayage
Lire la suite

Avirons Bayonnais 2 - Girondins : le compte rendu

16 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Girondins, #Sport, #Football

Enfin ! Voici le premier match de la saison de championnat pour nos couleurs ! Début de la rencontre à 19 heures à Bayonne, stade Didier Deschamps.

Le club l'annonce : "Six joueurs présents lors du précédent exercice continueront de défendre les couleurs des Girondins de Bordeaux en 2026/2027. Soufiane Bahassa, Nadjib Cissé, Ruben Droehnlé, Léo Jousselin, Steve Shamal et Driss Trichard poursuivent officiellement leur aventure sous le maillot Marine et Blanc."

Ce sont des joueurs avec pour la plupart un bon passé professionnel. Ils sont prêts à jouer en sixième division.

Ce sont des joueurs avec pour la plupart un bon passé professionnel. Ils sont prêts à jouer en sixième division.

Trois autres joueurs ayant connu un niveau plus élevé ont signé : l'attaquant (ex Ligue 1) Baptiste Guillaume, le milieu Baptiste Isola et le défenseur Namakoro Diallo. 

L'ancien Girondin international Benoît Trémoulinas veut aussi rejouer pour son club formateur. Il est en voie de réathlétisation.

De quoi parler de PSG du Régional 1 ?

 

 

Le groupe p​​​​​​our ce premier match de la saison :

Arnaud Cormier, entraineur, est désormais épaulé par l'ancien défenseur local Paul Baysse (38 ans). Il a convoqué 17 joueurs, dont deux gardiens, avec la présence de cinq éléments de la saison passée. L'entraîneur pourra inscrire 16 joueurs sur la feuille de match.

Gardiens : Yanis Ait El Hadj, Damien Lecroart

Défenseurs : Hugo Capblanne, Nadjib Cissé, Walid Dja Daouadji, Ruben Droehnlé, Léo Jousselin, Momar Seck

Milieux : Baptiste Isola, Alexandre Kalyvas, El M'Boup, Driss Trichard

Attaquants : Amine Abderrebi, Noa Cebola, Allan Diragbou, Steve Shamal, Ahmadou Souané

Absents : Bahassa (retour de blessure), Guillaume (remise en forme), Diallo (remise en forme).

On constate que Driss Trichard est désormais milieu de terrain.

Plusieurs centaines de supporters du mythique Girondins de Bordeaux, six fois champions de France, sont présents dans les tribunes et les virages. Les North Gate Bordeaux sont dans un virage, les Ultramarines dans un autre.

 

L'équipe est composée de cinq joueurs de N2 de la saison précédente.

Damien Lecroart est dans les cages. 

Driss Trichard, Ruben Droehnlé, Nadjib Cissé et Léo Jousselin sont en défense.

Au milieu, on retrouve la recrue Baptiste Isola, formé à Grenoble, 11 matches de Ligue 2, Alexandre Kalyvas, El Hadji MBoup, deux bons joueurs lors des matches de coupe de France, et Amadou Souané, 32 ans, qui a déjà joué en N2 et N3.

Steve Shamal et Allan Diragbou, 22 ans, sont en attaque.

La réserve de Bayonne est pour le moment 8e au classement (une victoire, deux défaites, un nul). Une équipe très jeune avec un entraîneur de seulement 23 ans. Les Girondins réussissent un nouveau défi de jouer l'équipe première et la réserve d'un même club lors de deux saisons successives.

Il s'agit du premier match de championnat depuis cinq mois et Le dernière journée de quatrième division (N2), contre Avranches, le 16 mai.

Le début du match voit une lourde domination bordelaise avec notamment une frappe sur le poteau à la 9e minute.

On est déjà au sixième coup de pied de coin girondin à la 17e minute.

Malheureusement Steve Shamal se blesse à la 18e minute. Il reste sur le terrain, mais semble diminué.

Le jeu s'équilibre ensuite un peu, même si Bordeaux n'est pas mis en danger.

Mais le côté gauche est moins efficace après la blessure de Shamal.

Bayonne se montre dangereux à la 33e sur un centre qui passe devant le but. 

A la 37e minute, le malheureux Steve Shamal doit sortir, blessé. Une nouvelle blessure dans sa carrière.

Amine Abderrebi le remplace. Il a 21 ans, il est muté de Biganos. C'est un joueur qui serait adroit techniquement.

Isola est un peu effacé en cette première mi-temps.

0-0 à la mi-temps. Les Bayonnais, plus en rythme, ont donc bien repris le jeu en main après un début difficile.

 

Le match reprend sur les mêmes bases.

59e : coup franc très bien tiré par Bayonne qui passe au ras de la transversale de Lecroart.

Bayonne a plus de rythme, Bordeaux est davantage à la peine, ce qui est logique car il s'agit du premier match officiel de beaucoup de joueurs.

Léo Jousselin est touché sur un tacle mais reste sur le terrain.

A la 64e minute, ouverture du score par Nadjib Cissé de la tête sur un coup franc alors que deux changements ont été effectués juste avant (Noa Cebola et Walid Dja Daouadji entrent à la place de Baptiste Isola et Allan Diragbou). Belle récompense pour lui après sa grosse blessure de la saison dernière. Le joueur vient célébrer devant les Ultramarines.

Droehnlé passe au milieu suite au changement, avec l'entrée de Dja Daoudji, positionné en défense centrale.

69e : belle frappe de loin de Bayonne, mais qui passe au-dessus de la transversale. A la minute suivante, c'est encore une belle frappe non cadrée des Basques.

Le match se poursuit sur le même rythme. Bayonne domine mais ne met pas sérieusement Bordeaux en danger. Les Girondins ont du mal à construire le jeu. Les défenseurs allongent, sautant le milieu de terrain, mais sans réussir à trouver les attaquants.

A la 85e minute, l'arbitre siffle un pénalty sur une incursion de Trichard sur le côté gauche girondin, il est taclé illicitement. Droehnlé le tire dans la lucarne droite (gauche du point de vue du gardien) : c'est but ! 2-0.

 

Première victoire pour le premier match en sixième division : une bonne nouvelle pour le FCGB 🟦 ⬜ ⚽ 🚨 

 

Dans la poule de régional 1, les adversaires les plus difficiles devraient être Saint-Paul-lès-Dax et le SA Mérignac. Parmi les autres clubs, il y a Villenave d'Ornon, les Croisés de Bayonne, Marmande, Le Bouscat ou encore Boé-Bon-Encontre.

Prochain match à domicile :

contre le Stade Montois à 18 heures

le samedi 24 octobre au Stade Atlantique.

les places sont en vente à 8 euros sur le site.

Mais toujours pas d'abonnement en vente...

Lire la suite

La Ligue à Léon : épisode 17

16 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #Politique, #Histoire

Chapitre 15 :
Au Pays de Raymond Poulidor

Un froid matin d’un samedi de février, José Mangue, imposant et débonnaire révolutionnaire trotskiste d’origine réunionnaise, dut prendre le train pour Limoges à la gare Montparnasse.

Il devait assister à la fête locale de Lutte ouvrière et discuter à cette occasion avec les camarades limousins. Puis il présenterait un compte rendu des échanges aux membres du bureau politique, à Paris.

Les derniers événements avaient pas mal chamboulé les militants, et encore plus ceux de Province. Les poignées de Trotskistes isolées ici et là dans l’Hexagone devaient faire face à la furie médiatique et aux récriminations des membres des autres partis et syndicats. Tout ce que les villes comptent de petits notables souhaitant s’acheter une conscience à peu de frais leur était également tombé dessus.

La présence de José Mangue, éminence du parti depuis près de cinquante ans, était donc plus que requise afin de rassurer et d’assurer de l’infaillible pertinence de la ligne adoptée par le Comité central.

Habillé simplement d’un jean noir et d’une chemise bleu foncé, José Mangue se retrouva dans un compartiment inoccupé au départ du train. Mais à Évry, il fut rejoint par une femme très belle, âgée peut-être d’une cinquantaine d’années, ou moins, c’était difficile à dire. José Mangue consulta quelques documents de travail rangés dans une étroite serviette blanche, mais assez vite il eût envie de faire la conversation à cette charmante compagnie. Elle souriait agréablement en regardant défiler les paysages agricoles du sud de l’Essonne, puis de la région Centre.

Certes assez enrobé, José Mangue était un bel homme, de taille supérieure à la moyenne, avec un visage glabre et fin et des bras forts hérités d’une carrière de charpentier dans des petites entreprises parisiennes, menée de front avec celle de professionnel de la révolution.

Répondant aux questions posées avec un chantant accent réunionnais dont José Mangue ne s’était jamais départi, Marie-Rose Vimont, c’était son nom, expliqua qu’elle représentait une société de ventes de parfum par correspondance. Elle se rendait elle aussi à Limoges pour assister à un séminaire de formation, qui commençait lundi.

En écoutant la dame décrire son parcours professionnel qui l’avait notamment menée à Genève, Givors et Saint-Dizier, José Mangue se sentait de plus en plus envoûté.

Les camarades devaient aller le chercher à la gare et il allait être très occupé ce samedi. Mais, le lendemain, il aurait plus de latitude. Même si les ouvriers limousins seraient sans doute surpris, il leur ferait faux bond cette fois-ci. Il n’irait pas comme d’habitude faire une balade en forêt pour deviser de la dictature du prolétariat au milieu des feuillus. Pour réaliser son désir de flirt, José Mangue devrait emprunter sa voiture au camarade qui l’accueillait, Gilbert Duteil, un vieil ouvrier d’une usine de porcelaines à présent à la retraite.

Il proposa donc finalement à Marie-Rose Vimont un déjeuner dominical dans un restaurant du centre de Limoges. Celle-ci fut flattée et accepta. Elle avait justement prévu d’arriver plus tôt dans la capitale régionale pour découvrir les beautés de cette région méconnue et rurale. Elle se rendrait à la messe le matin en la cathédrale de Limoges, mais ensuite serait libre.

Ce programme sembla ravir la belle commerciale. Elle manifesta sa joie d’un sourire dont la sincérité émut José Mangue. Le révolutionnaire sentit les émois de l’attraction jaillir en lui, de sa poitrine et même d’un peu plus bas. Marie-Rose Vimont était vraiment attirante, son corps semblait n’avoir pas subi les assauts du temps. Sa poitrine était corpulente, mais son maintien était impeccable, ce qui émerveilla José Mangue, mais ne le surprit pas tellement. Il connaissait l’infinie ingéniosité des femmes pour s’opposer aux outrages du temps.

José Mangue s’était présenté comme le patron d’une petite entreprise de métallurgie corrézienne, plus précisément de Tulle. Il avait dû aller à Paris pour rencontrer un important fournisseur sud-coréen. Il préférait tenir secrète sa véritable activité pour le moment, car peut-être Marie-Rose Vimont était-elle contaminée par l’hystérie anti trotskiste ambiante. Pas question de gâcher une si belle rencontre pour une péripétie politicienne sans intérêt.

José Mangue n’avait pas de copine actuellement. Son ancienne relation avait été expulsée deux semaines plus tôt vers le Bénin par la police aux frontières pour défaut de titre de séjour. Satanée politique du chiffre. Son ex-femme ne lui parlait plus depuis des années. Il fréquentait régulièrement quelques rues arpentées par des professionnelles du sexe pour y assouvir ses légitimes et très classiques besoins. Il devait certes s’arranger avec sa conscience communiste d’aller ainsi exploiter le corps d’autrui comme un vulgaire capitaliste. Parfois cela le dérangeait, surtout quand les femmes de LO partaient dans des tirades féministes enflammées. Mais au fond, il ne se voyait pas comme si mauvais, il payait rubis sur l’ongle et les filles qu’il voyait n’avait aucun reproche à lui faire. Au contraire, il les traitait avec un grand respect, voire s’inquiétait de temps à autre de leurs conditions de travail.

La journée de dimanche fut délicieuse. Le soleil et quelques nuages blancs décoraient le ciel bleu. La température annonçait le printemps. Après un déjeuner au cours duquel ils descendirent une bouteille de vin rouge, Georges déposa un baiser sur les lèvres de Marie-Rose Vimont, alors qu’ils se baladaient dans la ville d’un célèbre cycliste, à Saint-Léonard-de-Noblat. Soudain, comme par magie, suivi par une dizaine d’amateurs du coup de pédale, l’ancien champion passa devant eux à toute vitesse. Marie-Rose Vimont reconnut Raymond Poulidor et émit un cri d’enthousiasme presque fanatique.

Raymond continuait à pratiquer assidûment son sport et demeurait fidèle au parti communiste et à son héros local Georges Guingouin, instituteur devenu « préfet du maquis », chef de la Résistance pendant l’Occupation. Il envoya un baiser de la main à sa supportrice, puis disparut dans un virage, devant un magasin baptisé Articles de Paris.

La situation était vraiment agréable et propice aux rapprochements. Encore en extase devant l’apparition de l’éternel second du tour de France, Marie-Rose Vimont se laissa prendre dans les grands bras forts de José Mangue et ils s’assirent sur un banc en bois longeant la rivière. Les petits poissons remontaient le courant.

Marie-Rose Vimont expliqua qu’elle avait recours régulièrement à la chirurgie esthétique. Ses seins et son visage étaient particulièrement réussis. Les rides sur d’autres parties du corps, les bras, le cou, étaient plus délicates à enlever. José Mangue loua la beauté et l’intelligence de sa nouvelle amie. Ils marchèrent encore quelques heures dans la campagne, puis retournèrent à Limoges.

Marie-Rose Vimont accepta de faire monter José Mangue dans sa chambre d’hôtel et celui-ci rata pour la bonne cause son train Corail pour Paris de 19 h 23.

Après avoir fait une première fois l’amour, alors que la femme se prélassait dans un bain, il descendit à l’entrée de l’établissement et utilisa la cabine téléphonique pour appeler le Trotskiste qui lui avait prêté sa voiture et le rassurer qu’elle n’avait subi aucun dommage.

Puis il réserva une table pour dîner dans le restaurant de l’hôtel. Il devrait avouer sa véritable activité à son amie, mais pas maintenant, il ne fallait pas gâcher la nuit splendide qui l’attendait. Marie-Rose Vimont était très à l’aise au lit, très active, menant parfois les ébats, connaisseuse des techniques qui emportent l’adhésion des messieurs.

Ce furent les souvenirs divins que José Mangue emporta dans le train qui le ramena à Paris le lendemain. Il espérait bien revoir la belle VRP. Il avait pris son numéro de portable.

A suivre...

Lire la suite

Le Plus Grand Club du monde (4)

15 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #Girondins

Un triste jour de juillet

Je me rappelle d’un triste jour de juillet 1991. J’avais 7 ans. Les Marine et Blanc venaient d’être rétrogradés en 2e division. J’étais chez mes grands-parents. Ce bon Georges se mit à raconter la fabuleuse histoire du club au scapulaire, « le plus grand club de tous les temps ».

A l’époque, je n’étais pas autant supporter que lui, mais je buvais déjà ses paroles.

« En 1881, c’est la création des Girondins de Bordeaux, rue Sanche-de-Pomiers, dans le quartier des Capucins. Au départ, le football n’est pas pratiqué dans cette société patriotique : on se sert du sport pour préparer les jeunes à un affrontement militaire contre l’Allemagne. En 1904, la Fédération internationale de football association est créée.

« En 1919, Argus Sport, qui jouait en marine et blanc, avait fusionné avec Guyenne Girondins, validant les couleurs du club jusqu’à nos jours. Niveau football, dans les années 1920, Bordeaux est en retard sur d’autres villes, mais compte de bons clubs : Girondins Guyenne Sport sont au second plan derrière la Bastidienne, le Stade Bordelais ou le Deportivo Espanol.

« Les Girondins atteignent les huitièmes de finale de la Coupe de France en 1931/1932. Ils sont éliminés le 7 février 1932 par l'Olympique Lillois (1-0). Le club nordiste devenait, la saison suivante, le premier champion de France professionnel.

« En 1936, Raymond Brard, secrétaire général des Girondins, obtient la signature des principaux joueurs de l'équipe du FC de Bordeaux. La guerre civile en Espagne fait que des vedettes internationales telles que Jaime Mancisidor et Santi Urtizberea arrivent. Benito Diaz, ex-coach de la Real Sociedad de San Sebastian, nous rejoint également.

« Le 2 juillet 1936, le Girondins Guyenne Sport fusionne avec le Bordeaux FC. Les statuts de la nouvelle association sportive, Girondins Bordeaux Football Club, sont déposés en préfecture le 17 octobre 1936. Les Girondins posent leur candidature pour le statut professionnel et intègrent le groupe B de 2e division la saison suivante (1937/1938).

« Le 22 août 1937, le premier match professionnel du club se déroule à Toulouse, en deuxième division. Lors de cette saison, les Girondins jouent dans leur stade des Chartrons, mais aussi parfois au stade de Suzon, à Talence, où officie actuellement le Racing-club de Bordeaux.

« En 1941, c’est la victoire en Coupe de France, puis deux ans plus tard, la finale se joue contre l’Olympique de Marseille. Match nul. Puis Bordeaux est bombardée par les Alliés. Aucun joueur ne veut rejouer la finale.

« Devant l’intransigeance des instances, le match a bien lieu. Il est facilement remporté par les Phocéens face à des Girondins démoralisés. Quelques années plus tard, c’est le premier titre, en 1950. Et ce alors que les Girondins viennent juste de remonter en première division : du jamais vu ! »

Papi égrenait les heures de gloire. « Il y eut ensuite la période Poulidor : en 1952 finaliste de la Coupe de France et vice-champion de France, en 1955 finaliste de la Coupe de France, en 1964 finaliste de la Coupe de France, en 1965 et 1966 vice-champions de France, en 1968 finaliste de la Coupe de France et du Challenge des champions, en 1969 finaliste de la Coupe de France et vice-champion de France, en 1976 victoire en Coupe Gambardella.

« Puis les années légendaires : en 1983 vice-champion de France, en 1984 champion de France, en 1985 demi-finaliste de la Coupe des Clubs champions (contre la Juventus Football Club, les 10 et 24 avril, 3-0 et 0-2), en 1985 champion de France et finaliste du Challenge des champions, en 1986 victoire en Coupe de France et en Challenge des champions.

« Puis la meilleure saison de l’histoire du club, 1986-1987 : demi-finaliste de la Coupe des Vainqueurs de Coupe (défaite contre le Fußball-Club Lokomotive Leipzig, les 8 et 22 avril, 0-1 et 1-0 TAB 5-6), champion de France et vainqueur de la Coupe de France.

Ensuite, vice-champion de France en 1988 et 1990, avant le drame de l’été 1991, relégation administrative en D21.

« C’est un des plus grands palmarès du football français, seulement dépassé par Saint-Etienne, Nantes et l’Olympique de Marseille », se gargarisait-il comme s’il avait été sur le terrain. Toujours contrit que Monaco n’ait pas été annexé à la Libération, papi ne comptait pas l’ASM comme un club français, mais comme le meilleur club de la Principauté !

J’étais plus sage que maintenant et je trouvais absurde de s’emballer autant pour un simple sport, un divertissement sans conséquences.

Mais allez dire cela à un supporter qui a la passion attachée en son cœur et vit chaque défaite comme une blessure...

Tout rationnel et communiste qu’il était, Georges succombait à cette passion rassemblant des patrons et des ouvriers, des riches et des pauvres, des gauchistes et des conservateurs dans un joyeux magma en éruption dès qu’un marine et blanc trouvait le chemin des filets.

Reprenant le flambeau de Georges, j’ajouterai que, quand nous sommes descendus en amateur, en 2024, nous demeurions, malgré une quinzaine de saisons indignes de notre rang, depuis le titre de 2009, la deuxième équipe du championnat perpétuel de première division (classement démarrant en 1932 et comptant tous les points totalisés par toutes les équipes ayant fait au moins une saison en première division), seulement devancés par l’Olympique de Marseille.

Bien sûr, vous savez tous qu’après une période difficile, où nous avons dégringolé de quelques places, nous avons retrouvé le sommet de ce classement !

Quel autre club peut se targuer d’avoir donné l’ossature de l’équipe de France quand elle remporta son premier titre, l’Euro 1984, devenant enfin une très grande nation du football mondial ? Jean-François Domergue, Bordelais, formé aux Girondins, Patrick Battiston, Jean Tigana, Alain Giresse et Bernard Lacombe.

Quel autre club peut se targuer d’avoir eu comme coach, lors de son heure de gloire, Aimé Jacquet, lequel donnera à la France son premier titre de champion du monde en 1998 ? Cette même équipe de France de 1998 qui comptait dans ses rangs trois joueurs emblématiques du mythique FCGB, à savoir Dugarry, Lizarazu et Zidane, rien moins que le meilleur joueur du monde à cette époque ?

Et cela c’était seulement la première période professionnelle, moins connue que la présente, avant que votre serviteur ne soit envoyé en mission par un certain ange gardien pour sauver les Girondins…

1En Annexes, la description de la saison 1991-1992 des Girondins en D2.

Lire la suite
Publicité

Le communisme de Georges Marchais

15 Octobre 2026

Cet article est reposté depuis Chroniques critiques.

Lire la suite

Girondins : les nouvelles enfin "bonnes" ?

13 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Girondins, #Football, #Actualité

Les Girondins ont de nouveaux propriétaires : Park Bench. Un groupe de capitalistes (financiers) anglosaxons détenant déjà des clubs dans des championnats mineurs (Dumferline, Cordoue). Ils ont nommé un président : Dominique Delport.

Le championnat reprend ce vendredi à Bayonne contre la Réserve de l'Aviron. Bordeaux est dernier avec 0 matchés joués (4 journées ratées).

Le match sera diffusé sur la chaîne de Sud Ouest, TV7.

De nombreux joueurs présents en quatrième division (N2) restent : les défenseurs Cissé (blessé la saison dernière), Droenhlé et Trichard, les milieux de terrain offensifs Shamal et Bahassa.

Une ancienne vedette Almamy Touré, joueur pro à Monaco et à Kaiserslautern, déjà présent la saison passée, pourrait rester.

L'équipe sera sûrement très compétitive avec le renfort d'anciens joueurs pros.

Lire la suite

La Coupe du Monde des révolutionnaires (7)

13 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Feuilleton, #fiction

La Coupe du Monde des révolutionnaires (7)

Comme convenu, saint Pierre aperçut ensuite la fine silhouette de Daniel Bensaïd passer la porte de son bureau après avoir respectueusement salué Babeuf.

 

« Asseyez-vous, monsieur », proposa la directeur du Paradis à l’ancien leader idéologique de la Ligue Communiste révolutionnaire.

 

« Je vous remercie », répondit simplement le Trotskiste, tout en s’asseyant. Il toussa dans son poing gauche, puis releva la tête, fixant saint Pierre, avant de sortir de son jeans une feuille de papier pliée. « Nous avons voté pour le nom de l’équipe, affirma-t-il d’une voix haut perché. Ce sera Les Coqs. »

 

Un sourire large et spontané affuble la face du Vicaire du Christ. Saint Pierre semblait apprécier particulièrement l’appellation. Il énuméra ensuite la liste des joueurs sélectionnés pour participer à la Coupe du Monde des Révolutionnaires :

Gardiens

1     Robert Barcia

16   Jean Ziegler

22   Samir Amin

Défenseurs

2     Gilles Deleuze

3     Jean-Paul Sartre

4     François Maspéro

5     Jean Genet

6     Pier Paolo Pasolini

11   Louis Althusser

12   Pierre Bourdieu

21   Jacques Derrida

Milieux de terrain

7     Guy Debord

10   Daniel Bensaïd, Capitaine

13   Alain Krivine

14   Simone de Beauvoir

15   Michel Foucault

17   Gisèle Halimi

20   Félix Guattari

Attaquants

8     André Breton

9     Marie-France Pisier

18   Toni Negri

23   Cornelius Castoriadis

 

A suivre...

Image : ChatGPT

Texte : GB

Lire la suite

Le Plus Grand Club du monde (3)

12 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #Girondins

Juventus de Turin 1985


 

Le 10 avril 1985, mon grand-père Georges Baudry se trouvait avec de nombreux autres Bordelais au Stadio Comunale de Turin, en Italie. Ils allaient assister à la demi-finale aller de la Coupe d’Europe des Clubs Champions entre la Juventus Football Club et le FC Girondins de Bordeaux.

Bodini, Caricola, Scirea, Favero, Cabrini, Tardelli, Bonini, Platini, Boniek, Briaschi et Rossi, coachés par Trapattoni, affrontèrent Dropsy, Battiston, Rohr, Specht, Tusseau, Girard, Tigana, Chalana, Giresse, Lacombe et Müller, entraînés par Jacquet. Bordeaux s’inclina par 3 buts à 0.

Avant le match, papi vécut la confiscation de tous les drapeaux des supporters girondins par les tifosis. Un événement marquant et douloureux pour les Bordelais.

Finalement, la Juventus FC parvint à se qualifier à l’issue du match retour, qui vit toutefois la victoire des Girondins par 2 buts à 0, au stade Lescure, le 24 avril. En présence d’un bon millier de supporters italiens, qui laissent quelques souvenirs à Georges Baudry et aux Bordelais.

Le 29 mai 1985, la Juventus FC remporterait la Coupe d’Europe des Clubs Champions en battant par 1 but à 0 le Liverpool Football Club, à Bruxelles, en Belgique, au stade du Heysel, dans des circonstances tragiques.

Et ces confrontations turinoises firent réfléchir les supporters bordelais les plus passionnés. Et ils se demandaient comment faire pour se protéger lors des déplacements. Comment faire pour ne pas se faire voler ses drapeaux une fois, deux fois, trois fois ? Et ils se demandaient comment continuer à vivre leur passion dans ce contexte de développement d’un mouvement ultra agressif et violent ?

Comment aller au stade fièrement, encourager ses couleurs en chantant, en agitant des drapeaux, en vilipendant l’équipe adverse, sans baisser la tête ? Sans peur ? Ce sera cette réflexion qui aboutira à la création des Ultramarines quelques semaines plus tard.

Lire la suite
Publicité

La Coupe du Monde des Révolutionnaires (6)

11 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #Football, #Politique, #Religion, #Communisme

La Coupe du Monde des Révolutionnaires (6)

Le chef communiste Gracchus Babeuf se présenta à la suite du Menchévik Axelrod.

 

« Assois-toi, je t’en prie », suggéra saint Pierre après lui avoir serré la main.

« Voici les personnes que j’ai recrutées. Ce sont des gens issus de la Conjuration des Egaux, en grande partie, mais aussi des Montagnards demeurés fidèles à la cause du peuple. Ils ont tous donné leur accord. Nous avons convenu que notre équipe s’appellera Les Dauphins », déclara, plein d’emphase, Babeuf.

Le Directeur du Paradis approuva d’un simple hochement de tête.

 

Alors le révolutionnaire se mit en lire :

 

« Gardiens, Philippe Buonarroti (1), Maximilien Jacob (13) et Robert François Debon (23). Nos défenseurs seront Félix Le Peletier de Saint-Fargeau (2), Pierre Antoine d’Antonelle (3), Pierre-Charles Pottofeux (4), Joseph Marie Cusset (12), Marc Antoine Huguet (14), Jean-Nicolas-Victor Gagnant (16), Jean-Baptiste Drouet (8) et moi-même, Capitaine, affublé du numéro 15. »

 

« Notre milieu de terrain sera occupé par Augustin Darthé (5), Jean Joseph Fyon (6), Charles Germain (7), Jean Antoine Rossignol (8), Antoine Marie Bertrand (10), Alexandre Andryane (21) et Simon Duplay (22). Enfin, seront chargés de mettre le ballon au fond des filets, Messieurs Sylvain Maréchal (9), Jean Pierre André Amar (11), Claude Javogues (17), Robert Lindet (19), Marc Guillaume Alexis Vadier (20). Est-ce que cela vous convient, Maitre ? »

 

« C’est parfait, je pense que vous allez produire du beau jeu avec cette armada », de répondre saint Pierre avant de raccompagner son hôte, satisfait, à la porte de son bureau.

A suivre...

 

 

TEXTE ET SCENARIO : GB

IMAGE : CHAT GPT

Lire la suite

La Ligue à Léon : épisode 16

9 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #Politique, #Histoire

Chapitre 14 :
Le Betar en pétard

La dette de la France frôle les 1 000 milliards d’euros. Le pays n’a plus eu un budget en excédent depuis presque 40 ans.

Son industrie a été gravement endommagée depuis le choc pétrolier, lequel a servi de prétexte au grand patronat pour s’attaquer à des entreprises servant de bastion aux Communistes.

Les agences d’emploi intérimaire ouvrent à la même vitesse que les Mc Do, signe d’une américanisation prônée depuis le Plan Marshall en 1948. Les Français font de moins en moins d’enfants et prennent de plus en plus d’anxiolytiques.

Dans ce contexte, lors du second tour de l’élection présidentielle, le 5 mai, Jacques Chirac est finalement réélu président de la République avec 67 % des suffrages exprimés.

Mais Le Pen a fortement progressé en nombre de voix, ce qui effraie la France d’en haut. Il est probable qu’outre les électeurs de Bruno Mégret, l’ancien bras-droit du FN, de nombreux autres, y compris venus de la gauche, ont utilisé le bulletin de vote de l’ancien député poujadiste pour s’opposer à Super Menteur, surnom donné par les Guignols de l’Info, sur Canal +.

Les attaques physiques contre les militants du Front national, et aussi contre les membres de LO et de la LCR, sont en forte augmentation. L’extrême gauche fait irruption de manière prolongée dans le débat et le champ politique pour la première fois depuis des décennies. En tant que pestiférée.

Plus personne ne peut ignorer qu’il y a une extrême gauche. Et qu’elle est assez différente de cette gauche qui a gouverné le pays à de nombreuses reprises depuis 150 ans, n’empêchant ni son déclin géopolitique, ni le maintien de la dictature de la bourgeoisie.

Le Betar, groupe d’autodéfense d’extrême droite sioniste, se distingue dans son hystérie. Une trentaine de ses membres manifestent devant le siège de la LCR au moment où s’y tient la rencontre entre les deux états-majors. Ils ont réuni d’autres personnes indignées par ce qu’ils considèrent être un soutien de la LCR à Le Pen. Or ce candidat a plusieurs fois remis en cause, plus ou moins subtilement, l’existence des chambres à gaz homicides nazies pendant la Seconde Guerre mondiale.

La discussion à l’intérieur est assez éloignée de ces enjeux. On cause stratégie de construction du parti révolutionnaire de la classe ouvrière. C’est un but sur lequel les deux délégations s’accordent, tout en s’opposant sur tout ou parties des voies et moyens pour y parvenir.

De sa démarche zigzagante, la petite Claire Perret, dite Flamme, s’est déplacée vers la tribune pour prendre la parole : « Vous avez longtemps considéré être déjà un parti, Camarades. Mais pour nous, c’est toute autre chose. Nous ne sommes que l’embryon d’un éventuel travail préparatoire à la construction d’un réel parti communiste. C’est une question de fond. Les dizaines de milliers d’ouvriers qui ont fait la révolution d’octobre avaient été formés à l’école du parti social-démocrate et notamment des Bolchéviks. Ils ont connu la répression de la fin du XIXe siècle, le populisme, le terrorisme, l’industrialisation de la Russie, la guerre russo-japonaise et la révolution de 1905, la réaction stolypinienne, se sont abreuvés à la source du parti social-démocrate allemand… Le travail de propagande et d’agitation se faisait à grande échelle, dans les usines et les quartiers ouvriers, ainsi que dans la petite-bourgeoisie urbaine et étudiante.

« Mais contrairement à nous, la social-démocratie russe était déjà un parti, et ce depuis le milieu des années 1890 au moins, comme le précise bien Vladimir Lénine dans Que Faire. Le congrès de Minsk, en 1898, a rassemblé peu de militants et a simplement sanctionné un état de fait. Le parti marxiste était solidement implanté dans les masses, avait passé par la rude et dure école de l’autocratie, et n’avait plus à asseoir son autorité en tant que force tutélaire du combat pour les trois baleines : république démocratique, journée de huit heures et réforme agraire. Les questions des droits des minorités ethniques n’étaient pas abandonnés bien sûr, elles étaient partie intégrante des campagnes de propagande et d’agitation, mais leur solution vue comme des conséquences d’une révolution prolétarienne et non comme un objectif à part, concurrent et interchangeable avec le programme minimum. »

Le chef de LO depuis des décennies, Harpie, confirme : « Aujourd’hui, notre axe principal pour construire le parti est de montrer que nous militons au sein de, et sommes au côté de, la classe ouvrière de France, des forces vives du prolétariat, pour lui indiquer le meilleur chemin pour défendre ses intérêts de classe. La hiérarchie des priorités doit être établie à l’aune de la caractérisation des intérêts de notre classe. J’ajoute que Vladimir Lénine disait qu’il faut être un pas en avant des masses, pas deux. Les questions sociétales, certes incontournables, doivent rester à leur place. »

Alain Krivite connaît par cœur ce discours, il s’y est opposé depuis des décennies. Des milliers de débats sur ce thème ont eu lieu, toujours sans se convaincre, notamment lors des fêtes successives de LO, au château de Presles, chaque année lors du week-end de Pentecôte.

Mais la situation a changé. Le chef de la LCR est prêt à faire un pari : renoncer à beaucoup, mais pour gagner encore plus. Il arrive à un moment de sa vie où il se pose beaucoup de questions nouvelles. A quoi ces longues périodes de militantisme ont-elles servi ? Que restera-t-il de son existence quand son corps sera réduit en poussière ?

Et d’affirmer : « Que proposez-vous, camarades ? Nous allons aborder point par point votre manière de voir les choses et nous allons sans aucun doute valider tout cela. Nous nous trouvons en parfait accord sur les points essentiels. Mais avant, je vais aller voir ce qui se passe dehors, excusez-moi. »

Alain Krivite sort dans la rue devant le siège, protégé par un cordon de CRS. Son cœur bat normalement, ce qui le rassure.

Des manifestants brandissant des drapeaux israéliens crient « Dissolution ! ». Il reconnaît pas mal de gens de la communauté juive de Paris, mais complètement opposés à lui sur la scène politique.

Alain Krivite leur lance, péremptoire, sûr de lui : « Vous vous faites manipuler ! Et cela dure depuis Theodor Herzl et Rothschild ! Les descendants réels des Hébreux de l’Ancien Testament sont les Palestiniens. Nous autres sommes des Khazars d’Europe de l’Est, sans aucun lien avec la Palestine ! Des historiens israéliens travaillent dessus, renseignez-vous, bon Dieu… »

Stupeur chez les manifestants. Des cris de rage se font entendre ! Il est décidé de le lapider.

Le leader de la LCR reçoit une pierre à l’arcade sourcilière. Il s’effondre. Des Trotskistes le ramènent dans les locaux et l’assoient à son bureau. Irène Lebon lui met un bandage autour de la tête. Après un repos d’environ une heure, pendant lequel il appelle sa femme pour prendre des nouvelles de ses enfants, il se relève et retourne dans la salle de réunion.

Les discussions continuent dans une ambiance détendue. « Pendant que tu allais au Front, Alain, nous avons bien avancé », lui explique Olivier. A ce moment, un pavé atterrit sur la vitre de la salle, la brisant. « Je pense qu’il va falloir écourter cette réunion, chers amis. Nous pouvons poursuivre demain à notre local, qu’en dites-vous ? », propose Robert Brassa.

« Nos copains sont en train d’arriver pour défendre le siège, rassure Moussa Belhadj. Tout va rentrer dans l’ordre dans quelques minutes. »

« Je préfère écourter, si cela ne vous dérange pas, insiste Alain. Ces gens dans la rue… Je les connais depuis tellement longtemps. Je vais leur parler, ils sont d’un pénible. »

Il ne ressent pas de gêne à la poitrine, ce qui l’étonne presque, vu le stress qu’il subit. Le cœur a ses raisons que la raison ignore…

Les participants à la réunion se lèvent. Ils se dirigent vers l’entrée du siège, pour voir dans quel état sont les manifestants. Les cris de haine redoublent quand ceux-ci aperçoivent Olivier Besansnow et Arlette Laguiller.

Mais rapidement, plusieurs centaines de militants de divers partis et mouvements d’extrême gauche rappliquent.

Pragmatiques, les membres du Betar s’enfuient.

La protestation se termine prestement, sans heurts, hormis ruades et gifles sans conséquence.

Et la journée se termine autour d’un apéritif improvisé dans la grande salle de réunion du parti.

A suivre...

Lire la suite

Le Plus Grand Club du monde (2)

8 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #Girondins, #Football

Le Plus Grand Club du monde (2)

Souvenirs de papy Georges

Moi, Giordano Bruno, je m’appelle en réalité Gabriel Baudry. Je suis né en 1983 à Talence.

Mon père, Guillaume Baudry, était électricien à EDF, chargé de l’entretien des lignes moyenne tension. Ma mère, Laure, était aide-soignante à l’hôpital Pellegrin.

Issu d’un milieu modeste, j’allais avoir un destin hors du commun. Mais hormis l’ange gardien qui veillait sur moi, personne ne le savait encore.

Mon grand-père, paix à son âme, s’appelait Georges Baudry. Il avait commencé à soutenir le FC Girondins de Bordeaux pendant la Seconde Guerre mondiale, et notamment à partir de la saison 1940-1941. Le club avait alors remporté son premier titre majeur, la Coupe de France. Georges avait alors 11 ans. La moitié de la France était occupée, l’autre collaborait avec le régime hitlérien. Pour l’anecdote, il était né le 3 février, jour de la fondation du Parti communiste indochinois par Hô Chi Minh.

Mon grand-père a pris un abonnement en virage Nord bas jusqu’à sa mort en 2013. C’était quelques jours après notre dernière victoire en Coupe de France. Il était une figure célèbre des travées du stade et des bords des terrains du Haillan. Selon lui, les Girondins étaient le plus grand club de tous les temps. Je ne savais pas encore pourquoi il disait cela, à ce moment-là.

Parfois il se mettait à faire de l’humour. Il m’a raconté que, dans les années 50, un joueur prénommé De Harder, champion de France en 1950, marquait mieux quand il avait mangé deux entrecôtes avant le match. Il affirmait aussi que « le FCGB a perdu son âme le jour où on a changé la couleur du short, le passant de blanc à bordeaux ». Il inventait des légendes : « En 1937, le premier ballon était un melon, mais un melon solide ». Comme j’étais petit, je le croyais pendant un moment.

Outre sa passion pour le ballon rond, c’était un militant communiste. Il a été viré de plusieurs entreprises de l’agglomération bordelaise pour avoir mené des grèves. Il a été au chômage assez souvent, passant beaucoup de temps à militer. Il a fini sa carrière en tant qu’électricien indépendant, travaillant pour d’autres entreprises ou des particuliers, tout en continuant de militer.

Papi était un anti socialiste féroce, virus qui l’avait contaminé lors de ses années passées en Indochine, participant à une sale guerre coloniale. Il avait pu voir toute la misère des peuples opprimés.

Il n’avait pas apprécié le Programme Commun de gouvernement de la gauche, signé par le PS, les Radicaux de Gauche et le PCF au début des année 1970. « Pas d’alliance avec les sociaux-démocrates. C’est une base depuis Karl Marx », tempêtait-il d’ailleurs parfois sur un marché quand nous croisions un vendeur de L’Huma Dimanche.

Mon grand-père a ensuite sympathisé avec un petit groupe dit trotskiste, un terme qui veut dire tout et souvent n’importe quoi, si ce n’est son contraire. La faucille et marteau était toujours là, mais elle ne signifiait plus la même chose.

Supporter des Girondins, mais communiste, Georges était un peu un pestiféré auprès de certains autres supporters, ce dont il se moquait. Les communistes étaient alors autant craints que tancés et mis à l’écart. Jusqu’à l’effondrement de l’URSS tout du moins… voire après dans les milieux les plus réactionnaires.

« Ils se prennent pour des petits bourgeois, ils me prennent de haut, alors qu’ils ne sont rien d’autres que des prolétaires qui s’ignorent », assurait papi.

Il était consterné par cette absence de conscience de classe chez des gens qui se croyaient au-dessus des pauvres, alors qu’ils étaient tout autant qu’eux victimes de lois économiques les dépassant et les opprimant, peut-être juste un peu moins.

Il lui arrivait aussi de mêler politique, sport et humour, ce dont je fis les frais : un jour il m’a raconté que Robert Hue, le dirigeant du PCF, candidat à l’élection présidentielle (avec à la clé un stratosphérique 3,37 % des voix en 2002), était le fondateur, puis le premier directeur du Parc et du stade Lescure.

Je voyais ce politicien aux journaux télévisés et aux Guignols de l’Info sur Canal +. Il me paraissait d’un âge très respectable : j’ai donc parfaitement accepté cette affirmation. Il était passé de la profession d’architecte, au début du siècle, à celle de maire, à la fin.

« Il avait une vision humaniste, me disait mon grand-père. Il a tout de suite voulu que le Parc Lescure soit un lieu tout à la fois de pratique du haut-niveau et de sport pour tous, avec le stade annexe. Le Parc a été inauguré en 1924, année de la mort de Lénine. Robert aurait voulu que le stade porte son nom, mais le maire, un socialiste, n’a évidemment pas voulu. » J’ai eu quelques doutes quand j’ai fait la soustraction et compris que Robert Hue avait plus de 120 ans.

Robert l’Architecte avait un tréma sur son « u », contrairement à Robert le Communiste, mais je ne le pris en compte que bien plus tard.

La vision du monde de papi Georges était subtile. Il respectait absolument les convictions religieuses, chose assez rare à l’extrême gauche à l’époque, où régnaient plutôt l’anti cléricalisme et l’anti catholicisme primaires, ce qui pouvait se comprendre. Mais ce qu’il avait vu en Orient, lors de ses jeunes années, lui avait fait pressentir qu’il existait des éléments dans l’univers qui nous dépassaient. L’ultra rationalisme moderne ne pouvait pas tout embrasser.

Je me suis beaucoup inspiré de lui. Je pense souvent à lui et je regrette qu’il ne soit plus parmi nous. Il me manque et parfois je doute qu’il soit vraiment mort. Je n’arrive pas à m’y faire. Et ensuite me vient l’idée qu’il n’est pas mort, qu’il est toujours là et regarde ce que j’accomplis dans ce monde. Je peux lui parler et ressentir ses réponses.

Lire la suite

Découvrez une page exceptionnelle sur ce blog

6 Octobre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Actualité

Mon blog commence à avoir une certaine maturité, car il a environ une quinzaine d'années, de mémoire !

Du coup, je mets le projecteur sur certaines pages qui méritent d'être connues. Comme celle-ci, qui recense toutes les pages d'actualité présentes sur le blog !

Cliquez sur le lien ci-dessous (après cette satanée pub)...

Impressons, un medium où vous informer sur de nombreux sujets, au quotidien !

 

Bonne lecture

Lire la suite
Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>