La Ligue à Léon : épisode 7
Chapitre 5 :
Manifestation du 1er Mai
En ce 1er mai, la manifestation contre Le Pen est énorme à Bordeaux, comme ailleurs en France, avec des chiffres de participation jamais atteints, que ce soit selon la police ou les organisateurs (un large front d’organisation politiques, syndicales et associatives).
Le « retour des idées nauséabondes », que l’on croyait enterrées par le procès de Nuremberg, a réveillé un pays endormi dans l’alternance, sans faire le deuil de l’alternative.
Portant un tee-shirt rouge arborant un visage de Che Guevara, Jérémy Martin défile avec les jeunes Communistes et les jeunes Socialistes. Le rendez-vous a été donné à la place de la Victoire.
Un poil dépasse d’une de ses narines. Il le tire d’un coup sec pour l’enlever. Une larme coule de son œil gauche. Jérémy Martin reconnaît le cortège des supporters ultras des Girondins de Bordeaux : Ultramarines 87 et Devils 90. Ceux-ci mettent en avant des valeurs antifascistes et antiracistes, au contraire des Néo-Nazis qui traînent dans les tribunes à Lyon, à Nice, à Lille, au Parc des Princes et même à Marseille. Un groupe d’extrême droite a essayé de s’implanter au stade Lescure quelques années plus tôt. Il a été rapidement évincé.
Mais l’homme a ses faiblesses. Il est parfois difficile pour les Ultras de tenir leurs troupes. Jérémy Martin a entendu des propos racistes dans le virage Sud, proférés par des supporters connus de tous. On peut interdire une idée, mais pas l’empêcher de circuler…
On ne peut plus marcher, tant il y a de monde. Cela fait plaisir à voir, après le choc des résultats. La pilule[1] a été dure à avaler, mais cela n’invalide pas le programme et la stratégie du PCF, bien au contraire. Jérémy Martin a été bien davantage déçu par le score de son candidat que par la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen. Il n’a pas le moindre doute que ce dernier sera largement battu par Jacques Chirac.
Pour cette manifestation monstre contre « le retour de la bête immonde », la foule déborde peu à peu sur la rue Sainte-Catherine et le pourtour de l’université Bordeaux II, temple de la gauche où officie notamment François Dubet, un grand sociologue réformiste spécialiste de l’Éducation.
Une trentaine de personnes, pas davantage, se serrent autour de la banderole LCR « Nos vies valent plus que leurs profits ». Le cortège n’est pas aussi garni qu’attendu par Philippe Plain. Il a mis ses plus beaux badges et autocollants sur sa veste en jean, de Ras’l’Front à la LCR en passant par VDT et la CGT Métallurgie. Il est avec une dizaine de copains de l’usine de Ford Blanquefort. L’appel à l’abstention du parti a jeté le trouble chez les sympathisants qui sont soumis à l’hystérie de toute la superstructure idéologique[2] depuis le 21 avril 2002.
« Bande de guignols ! »
L’insulte a fusé d’un groupe d’une quarantaine de jeunes Socialistes et Communistes. Braillards et rigolards, pour certains, mais passablement en colère, pour d’autres, ils s’approchent.
Deux poignées de Redskins, des skinheads communistes, observent la scène, réunis autour de leur chef, qui se fait appeler Curie. Ils sont embarrassés, car en tant qu’antifas, ils ne peuvent qu’appeler à voter Chirac, ce qui n’est pas très en conformité avec leur posture de rebelles. Avec cette décision inattendue, la LCR s’est mise dans une niche pestiférée que ne peuvent accepter les Redskins pourtant champions de la radicalité révolutionnaire.
Quelques jeunes militants commencent à chanter : « A deux c’est une tendance, à deux c’est une tendance /
à trois c’est une scission, la ligue la ligue /
à trois c’est une scission la ligue à Léon Trotski.
Mon père a trois usines, mon père a trois usines /
ça m’aide à militer, la ligue la ligue /
ça m’aide à militer la ligue à Léon Trotski.
J’ai monté une grève, j’ai monté une grève /
dans l’usine à papa, la ligue la ligue /
dans l’usine à papa, la ligue à Léon Trotski.
J’aime la couleur rouge, j’aime la couleur rouge /
celle de ma Ferrari, la ligue la ligue /
Celle de ma Ferrari, la ligue à Léon Trotski. »
S’approchant de Philippe Plain, une lycéenne blonde à la poitrine généreuse, une grande écharpe rouge autour du cou, un tee-shirt Che Guevara fièrement exhibé, lui hurle dessus, en larmes : « Mon grand-père a été déporté. Vous n’avez pas honte ! Vous savez ce que cela veut dire, le négationnisme, le révisionnisme, l’Apartheid !? »
Deux JCR ne se laissent pas démonter. Ils entonnent : « Une Stalinienne, qui surgit hors de la nuit /
court vers l’isoloir au galop.
Son nom, elle le signe à la pointe du stylo /
D’un Z, qui veut dire Zéro ! »
Les jeunes Communistes et Socialistes s’éloignent pour rejoindre les massifs rassemblements du PCF et du PS, coude à coude avec les associations antiracistes, l’Unef et les autres satellites de la gauche.
L’accueil des Trotskistes par les manifestants est généralement poli, si ce n’est froid. Les regards sont lourds, les visages fermés.
« Ils ont la mémoire courte, glisse Alicia Pereira, la copine de Philippe, une petite grosse brune avec des taches de rousseur sur le visage, caissière à Auchan Mériadeck. C’est leur politique pendant cinq ans qui a empêché Jospin d’arriver au second tour. Si leurs amis Taubira et Chevènement n’avaient pas fait acte de candidature, il se serait qualifié facilement. »
« C’est une définition de la gauche d'avoir la mémoire courte, ajoute Renaud Duvalier, un vieux militant, ancien de la « GP », la Gauche prolétarienne, un Groupe maoïste des années 1970. Depuis Babeuf, Robespierre ou ensuite Louis Blanc, parmi les pires saloperies ont été faites par la gauche, qui peut toujours compter sur l’indulgence et l’oubli de son électorat. »
« Le parti doit être la conscience et la mémoire de la classe ouvrière, rappelle Philippe. Qui a trahi en 1914 ? En 1936 ? En 1958 ? En 1968 ? Toujours les mêmes. Et au profit de qui ? Toujours les mêmes : les Capitalistes et les rentiers. »
Petit à petit, les cortèges des parias, LCR et LO, se rapprochent de leur place habituelle, à la fin du défilé, à côté des Anarchistes, lesquels sont beaucoup moins embêtés, car ils n’appellent jamais à voter pour qui que ce soit.
« L’ambiance est électrique. Il va falloir faire attention. On reste ensemble. On ne s’éloigne pas les uns des autres », déclare Philippe Plain au mégaphone quand le cortège s’ébranle.
« Bande de traîtres ! », crie un groupe de jeunes Maghrébins, probablement descendus de la rive droite, en passant devant eux. « Ne vous trompez pas d’ennemis, les gars », riposte Philippe, sans trop se faire d’illusions.
« Ils doivent être avec le Mrap ou SOS Racisme, ils sont déjà lobotomisés », suggère Alicia Pereira.
Mais cette nervosité mal dirigée désole son copain : « C’est bien d’être politisé, mais il faut aller au-delà des apparences. Comment croire que la LCR, qui n’est jamais allée au pouvoir, qui défend depuis toujours les immigrés et lutte contre le colonialisme, à quoi que ce soit à voir avec Le Pen ? »
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Ligue à Léon : épisode 6 - Tout et le reste
Chapitre 4 : D ésaccords stratégiques à la LCR Dimanche 21 avril 2002, 20 heures. Au lendemain de la victoire en finale de la Coupe de la Ligue des Girondins de Bordeaux contre le FC Lorient, s...
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La Coupe du Monde des Révolutionnaires (1)
Salut ! voici le premier épisode d'une nouvelle histoire à suivre sur mon blog... Abonnez-vous à l'infolettre pour ne pas rater la suite !
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(l'image est faite par l'IA, mais pas le texte, c'est moi qui écrit ^^)
Selon Lénine, on s’ennuyait un peu au Paradis. Sentiment d’éternité, paix sociale, absence de différends absurdes et de lutte pour la survie ou pour le pouvoir : cela pouvait parfois être pesant.
Lénine était très lié aux habitants du Paradis, surtout aux anciens politiques, de toutes tendances. Ils lui parlaient fréquemment de ce sentiment d’ennui.
Il fit remonter ce malaise au directeur : saint Pierre. Et fit une suggestion : pourquoi ne pas créer un tournoi de football pour nous autres, Politiques ? Il y en avait déjà pour beaucoup d’autres catégories, en premier lieu pour les footballeurs morts.
Saint-Pierre alla voir Jésus et Son Père (croyez-le ou non, ils sont réellement deux individus différents sur ce plan subtil de la manifestation). Il leur demanda l’autorisation d’organiser une Coupe du Monde des Révolutionnaires. Ils acceptèrent à condition que soit invitée une équipe de fascistes. Et Jésus annonça qu’il formerait lui aussi une équipe, car il était un révolutionnaire dans son genre.
Saint-Pierre s’en fut ensuite rendre compte à Lénine de cette entrevue. Il était assis sous un pommier en train de lire pour la énième fois un certain recueil de poèmes de Pouchkine.
« Salut Vladimir. Je vais bel et bien organiser une compétition entre vous. Il y aura 32 équipes. Je vais sélectionner 32 capitaines. Vous sélectionnerez vous-mêmes les joueurs. Jésus et Son Père ont mis une condition : je dois inviter Adolf et quelques autres fascistes. »
Lénine n’était pas d’un naturel difficile. « Je ne suis qu’un invité ici. Si les Patrons le demandent, pas de problème ! L’essentiel est qu’on puisse se dégourdir les jambes ! »
Ainsi furent lancés les préparatifs. Saint-Pierre se mit à plancher sur le choix des 32 capitaines. La coupe du monde des révolutionnaires était devenue le sujet n°1. Les anciens joueurs de football se proposaient pour servir d’entraineurs. Nul doute que les stades seraient bien achalandés pour assister à ces rencontres. Seul défi : les joueurs devraient se remettre en forme.
Saint-Pierre mit quelques jours à établir la liste des 32 capitaines…
A suivre…
Ligue à Léon : épisode 6
Chapitre 4 :
Désaccords stratégiques à la LCR
Dimanche 21 avril 2002, 20 heures. Au lendemain de la victoire en finale de la Coupe de la Ligue des Girondins de Bordeaux contre le FC Lorient, séisme dans la vie politique de notre pays.
Lors du premier tour de l’élection présidentielle, le candidat du RPR, Jacques Chirac (5 665 855 voix, 19,88 %) et le candidat du Front national Jean-Marie Le Pen (4 804 713 voix, 16,86 %) accèdent au second tour. Le candidat du Parti socialiste, Lionel Jospin, Premier ministre depuis cinq ans, est éliminé avec 16,2 %. Comme vexé, l’ancien militant lambertiste annonce dans la foulée se retirer de la vie politique, prêt à passer quelque temps dans le Sud-Ouest, tout en appelant à faire barrage au Front national.
21 heures, au siège de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), la principale formation trotskiste française, à Montreuil, à côté de Paris. Le représentant de l’aile droite du parti, le rondouillard Christian Képi, le visage écarlate, sort d’un pas agressif du bureau du chef, Alain Krivite.
Dans le bureau, une chaîne hi-fi diffuse Un Clair de lune à Maubeuge, la chanson de Bourvil. Le volume est faible.
« C’est une immense connerie ! C’est mettre par terre des décennies de travail de notre courant international ! », hurle ce petit bonhomme ventripotent, vêtu d’une chemise blanche et d’un jean noir, cheveux bouclés noirs, la nuque mal rasée. Il déplace nerveusement sa montre Swatch noire autour de son poignet. Il traverse le couloir et sort vers la salle de réunion en claquant la porte.
« Tout ça n’vaut pas, Un clair de lune à Maubeuge, Tout ça n’vaut pas, Le doux soleil de Tourcoing », assure Bourvil dans la radio.
Appuyé sur un des murs en placo du bureau, Olivier Besansnow, facteur de 27 ans, candidat à la présidentielle, regarde Alain Krivite, puis se penche vers le sol, scrutant ses chaussures. Ils n’échangent pas un mot, puis se lèvent et marchent calmement dans la même direction que Képi : la salle de réunion.
Les principaux cadres de la LCR s’y trouvent déjà, assis autour d’une grande table ovale en imitation bois. La lumière vient de néons dont certains clignotent. L’ambiance est lourde. Outre Christian Képi, on reconnaît le Bordelais Yvan Lemettre, professeur de philosophie, représentant les adhérents exclus de Lutte ouvrière quelques années plus tôt. Ils ont d’abord créé Voix des travailleurs (VDT), avant de rejoindre la LCR. L’air terriblement sérieux, Yvan Lemettre porte un polo rouge sur jean bleu.
Petit homme élégant aux cheveux bruns, vêtu d’une veste de jean noire et d’un pantalon bleu, l’idéologue du parti, l’universitaire Daniel Bensida, entre. Il place sa mallette de cuir contre un pied de la table et prend une chaise. Il se masse le bas de son dos, toujours douloureux. D’autres personnes discutent, un gobelet en plastique à la main.
« Merci de quitter la salle, les copains, on doit discuter entre nous avant de revenir vers vous », déclare Olivier Besansnow, debout. Il s’aperçoit que ses lacets sont défaits et s’accroupit pour y remédier.
Quatre personnes sortent, rejoignant une plus grande salle de laquelle parviennent les accords d’une chanson de Manu Chao et des éclats de voix. Cela palabre fort chez les militants réunis. L’une d’eux est déguisée en clown. Elle tient une poire à lavements en plastique et asperge les camarades d’eau en riant.
Seuls les douze membres de la direction demeurent dans la salle de réunion. Des mouches volent aux alentours d’une poubelle où gisent les restes de sachets de sandwichs.
Il y a Youri Dominguez, un jeune type à la tignasse noire, vêtu dans le style gothique, représentant des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR), Carole Labarthe, une femme d’une quarantaine d’années aux cheveux châtains coupés à la garçonne, syndicaliste enseignante, et Irène Lebon, infirmière aux cheveux blonds bouclés, membre de la direction de SUD Santé. A un bout de la table se tient un massif quinquagénaire au teint mat, en salopette bleue, aux avant-bras énormes, les paumes des mains posées sur la table.
Le visage fermé, Alain Krivite place un dossier sur la table, puis s’assoit. Il a l’impression que son cœur bat plus vite et plus irrégulièrement. Son cardiologue lui a pourtant dit qu’il n’avait aucune inquiétude à avoir.
Olivier Besansnow s’assied à ses côtés. Délaissant un instant sa montre, Képi tripote maintenant un briquet. Il est outrancièrement hors de lui.
« Bonsoir, à tous, commence le n° 1 de la LCR. Je ne vais pas tourner autour du pot, camarades. C’est un moment critique. Nous allons en parler et nous déciderons la suite.
« Je vais d’abord féliciter Olivier et tous les camarades pour la campagne que nous avons menée. Comme vous le savez, après le refus de LO de faire une candidature commune, alors que nous l’avions fait lors des Européennes et des Régionales, nous avons décidé de présenter un candidat, pour la première fois depuis 1974 et ma candidature. Olivier va probablement dépasser les 4 %. On sera devant le PC. » Heureux, Yvan Lemettre se racle bruyamment la gorge.
« Avec sûrement plus de 5,50 % des voix, Arlette Laguiller va faire mieux qu’en 1995, poursuit Alain Krivite. Je félicite également les camarades de LO. Daniel pour le Parti des travailleurs devrait faire un score plus modeste, mais réunir quand même plusieurs dizaines de milliers de votants sur son nom. Et puis… »
Serrant fermement son poignet et sa montre, Christian Képi l’interrompt sans ménagement : « Alain, je pense que se féliciter de la poussée de l’extrême gauche, qui reste minoritaire, ne doit pas dissimuler la catastrophe face à laquelle nous sommes : le fascisme présent au second tour. Viendra le temps des satisfecit. A cet instant, l’urgence est ailleurs. Olivier doit immédiatement se présenter devant les journalistes et appeler à voter Chirac pour faire barrage à Le Pen. »
« On ne tournera pas les choses ainsi, peut-être, mais effectivement, c’est une déclaration qu’attend notre électorat et qui nous oblige », poursuit d’une voix douce Bensida, petites lunettes rondes vissées sur le nez. Il n’a guère de doute sur l’issue de la réunion. Toute l’histoire de la LCR plaide pour un appel à faire barrage au Front national.
« On n’est pas à cinq minutes près, Christian ! Laissez-moi terminer. Je n’en ai pas pour longtemps, vous parlerez après, reprend Alain Krivite, les bras tendus, les paumes des mains posées bien à plat sur la table. Si Olivier n’a toujours pas pris la parole, c’est pour une bonne raison. Nous devons préparer le communiqué qu’il dévoilera aux journalistes. Il n’y a pas d’urgence. Ils attendent dans la salle de presse. Il y a déjà Le Monde, Libération, France 2 et L’Express. Les autres vont arriver après avoir fait Robert Hue. Je vous annonce que, dans un communiqué, LO a refusé de participer à un « front anti-fasciste » et n’a pas appelé à voter Chirac. Je cite : « Je n’appelle pas à voter Chirac parce que je ne crois pas qu’il soit un rempart contre les idées de Le Pen. Nous appelons à voter blanc ou nul, et d’abord à ne pas voter Le Pen », a déclaré Arlette. C’est excellent, il me semble. » L’ancien leader de Mai 68 sourit à son audience, qui semble ne pas comprendre.
« C’est une grave erreur ! C’est se couper de son électorat ! intervient Christian Képi. Tu te fourvoies, Alain. Tu mets par terre des décennies de militantisme ! »
« Je pense qu’on a compris ton point de vue », intervient sèchement Besansnow, le regard noir. Puis il jette un œil à ses chaussures, vérifiant que les lacets restent bien en place.
Alain Krivite ressent comme un arrêt de ses pulsations cardiaques pendant presque une demi-seconde. Puis tout rentre dans l’ordre. Il remet en place les feuilles devant lui : « Pour aider Olivier dans sa prochaine allocution devant la presse, je termine de vous présenter les faits politiques saillants qu’il semble nécessaire d’avoir en tête. Chevènement, avec son programme souverainiste de gauche, fait à peu près autant qu’Arlette. Avec les candidatures de Taubira et de Mamère, ils ont privé Jospin de sa qualification au second tour. » Il s’interrompt. Les camarades le regardent, attendant la suite.
Mais le jeune gothique se lève subitement et déclare d’un ton péremptoire.
« La LCR doit appeler à « battre Le Pen dans la rue et dans les urnes » et même « dans les urnes et dans les burnes ». « Noyons les fachos sous un flot de bébés d’immigrés et de gens de gauche, afin d’en terminer avec ce nationalisme historiquement condamné », explique l’étudiant.
« Merci Youri, mais ce n’est pas ce que nous vous proposons de faire », répond posément Alain Krivite. « Les forces d’extrême gauche vont réaliser plus de 10 % des voix. Ajoutons le PCF, les Chevènementistes… On arrive à près de 20 %. »
L’enseignante prend la parole : « Mais le contenu est totalement différent. Nous proposons un vote de classe, avec un programme de transition hérité du marxisme révolutionnaire. Eux viennent de participer à un gouvernement de gestion loyale des affaires de la classe capitaliste, et ce pendant cinq ans. Le Gouvernement qui, tout de gauche qu’il se prétend, a le plus privatisé de toute l’histoire de la Ve République. »
Plissant les yeux, Alain Krivite émet un petit rire, puis réagit : « Je ne remets pas en cause ce que tu dis, Carole. Simplement, nous vous proposons aujourd’hui, au vu de la gravité de la situation, de prendre un chemin assez différent. Nous sommes porteurs de radicalité. Nous sommes Communistes, Trotskistes. Ce n’est pas pour aller dans le sens du vent, sinon, nous nous sommes trompés de combat. Et même Vladimir Lénine disait qu’il fallait parfois être souple sur les principes, quand la situation l’exigeait. »
L’ancien militant de l’UEC, exclu dans les années 1960, attrape une bouteille d’eau, s’en verse dans un gobelet en plastique, boit trois gorgées. Un rictus déforme le bas de son visage.
« J’espère que vous nous ferez confiance et que vous nous suivrez. Je vous signale donc que le vote FN est certes porté par certains idéaux auxquels nous nous opposons frontalement, comme le racisme ou, pire encore peut-être, la conception corporatiste, fasciste au sens strict, d’une société où il n’y a plus de lutte de classe, mais une collaboration des classes. Mais c’est surtout un vote ouvrier. Un vote de colère contre un système qui aliène le travailleur. Bien sûr, ce n’est pas la bonne réponse. »
Des propos qui émeuvent Irène Lebon, l’infirmière : « Comment peux-tu mettre sur le même plan le racisme des dirigeants FN et la colère prétendue de ses électeurs ? Il y a aussi dans ce vote un réflexe petit-bourgeois, colonialiste même, de rejet des populations immigrées ! Nous avons le devoir moral de nous lever contre cela. »
« La politique n’est pas une affaire de morale », rétorque Olivier, le visage toujours fermé. Il ne semble pas être heureux, malgré le fabuleux score (pour des Trotskistes) qu’il vient de réaliser.
« Je crois que vous n’avez pas compris profondément les enjeux de notre époque. Avec la fin de l’URSS, le rapport de force entre les classes a évolué. Au profit des capitalistes. La gauche traître a encore contribué à cette dégradation, par ses cinq ans de gestion totalement patronale du pays. On voit cela partout ailleurs dans le monde. Mais si nous continuons à faire comme avant la crise de surproduction des années 1970, quand l’URSS existait et que le marxisme était dominant dans de larges pans de la société, nous allons à la catastrophe. »
Le colosse en salopette intervient : « Très bien, Olivier, c’est intéressant, mais je ne vois où tu veux en venir. Il faut que tu ailles devant la presse pour appeler à battre le FN, puis nous aurons le temps de faire le bilan et l’analyse lors de notre congrès, voire de remettre en cause notre politique. »
« Et justement, Moussa, ce n’est pas ce que nous vous proposons, répond Alain Krivite. Nous n’appellerons pas à voter FN. Nous laisserons les électeurs faire ce qu’ils veulent, sans leçon de morale. Nous tendrons la main à LO pour construire un grand parti des travailleurs. C’est le moment. »
L’assistance demeure interdite quelques instants devant l’énormité de ces propos, qui tournent le dos à toute l’histoire récente de la LCR, comme l’a justement rappelé Képi.
« C’est une énorme erreur, je te l’ai déjà dit ! LO a une conception archaïque, s’emporte Christian Képi, le visage toujours plus cramoisi. Ils ne sont pas ouverts aux nouvelles problématiques : écologie, droits homosexuels, lutte contre le racisme et contre les discriminations. Ils veulent copier un modèle léniniste propre à un contexte précis, la Russie tsariste. C’est impossible à reproduire dans la France du XXIe siècle, je me tue à leur dire depuis toujours. »
Alain Krivite regarde le chef de la droite de la LCR en souriant. Son cœur bat parfaitement régulièrement. Quel plaisir ! Il prend le temps de s’étirer sur sa chaise, puis déclare : « La situation a changé, Christian. La bourgeoisie va accroître son parasitisme, car le taux de profit est en baisse depuis des décennies et va continuer de s’effondrer. Le contexte est positif pour elle sur la longue durée. En effet, la hausse de la productivité va diminuer le nombre d’emplois disponibles, et ce alors que les effectifs du prolétariat augmentent au niveau mondial, comme en Europe, avec l’arrivée de millions d’immigrés. »
« Il est devenu fou », susurre Youri à Carole, assez fort pour que tout le monde entende.
Alain Krivite lui jette un regard hostile, mais poursuit : « Nous avons un gros désaccord : selon moi, les questions sociétales, les discriminations, vont être utilisées pour détourner les masses laborieuses de la nécessité de se doter d’un outil politique communiste. »
Pendant ces échanges, Olivier Besansnow se lève, se sert un café. Puis il s’appuie à la cloison et vérifie encore si ses lacets sont correctement serrés. Il aime bien ce type de chaussures, mais c’est un de leurs points faibles. Il se racle la gorge et ajoute : « Le PCF a fait sa mutation sociétale. Tu nous proposes de nous engager sur la même voie. Et moi, je te dis que nous devons prendre sa place, pas sur le plan du programme et de la stratégie évidemment, mais dans l’esprit des travailleurs. Et c’est possible en ce moment. Il ne faut pas laisser passer l’opportunité. »
« C’est vrai que les calomnies anti LO marchent bien, y compris chez des militants LCR, réagit Irène Lebon. Elle attrape sa tignasse et passe ses cheveux dans un nœud tout en parlant. J’ai vu les reportages à la télé : on présente LO comme une secte, qui prive ses militants de tout libre arbitre, et parfois j’ai un doute… Mais justement, en prendre le contre-pied maintenant nous fera marquer des points. Grégory Zinoviev et Vladimir Lénine disaient qu’il fallait souvent être contre le courant. »
Yvan Lemettre chuchote quelque chose à l’oreille de Philippe Plain, un jeune ouvrier assis à côté de lui, adhérent de sa tendance.
« Nos camarades ne comprendront pas… On renonce à des décennies d’approche distincte… », fait remarquer Daniel Bensida, répétant ce que dit Képi.
Yvan Lemettre se lève. Chacun se tourne vers le professeur, qui jouit d’un grand prestige dans le petit milieu de l’extrême gauche.
« Vous savez que Voix des Travailleurs a été créée après l’exclusion de Lutte ouvrière en mars 1997. Nous critiquions la dérive sectaire de la direction de LO ainsi que son repli sur elle-même. Arlette Laguiller n’avait pas tenu sa promesse de l’élection présidentielle de 1995 consistant à créer un grand parti ouvrier rassemblant au-delà de LO. Je ne vois pas pourquoi LO accepterait à présent, après tous les conflits que nous avons eus. Mais, pour moi, il faut essayer. Je n’y crois pas trop cependant. Dans les années 1980, la tentative avait échoué alors que la situation générale était bien meilleure… »
« Merci Yvan. Il faut qu’on avance. Je propose qu’Olivier déclare qu’il ne donne aucune consigne de vote et qu’il appelle à la création d’un véritable parti des travailleurs apte à défendre les intérêts politiques de la classe ouvrière, en tendant la main à LO, au PCF, au PT et à tout groupe ou syndicat désireux de s’intégrer dans le processus. Qui est d’accord ? »
« C’est une rupture totale avec tout ce que nous sommes, je ne peux cautionner cette mascarade ! », éclate Christian Képi, qui trépigne sur sa chaise. Il a enlevé sa montre et s’en sert comme d’une sorte de fléau d’armes virtuel, la faisant tournoyer au-dessus de sa tête.
« On passe au vote », relance Olivier. La proposition d’Alain Krivite obtient sept pour, dont Irène Lebon, les représentants de VDT et l’étudiant, qui a soudainement changé d’avis.
Daniel Bensida et Moussa Belhadj s’abstiennent, ainsi que l’enseignante, Carole.
Christian Képi et un autre membre votent contre. « C’est une triste soirée pour le pays et pour le parti », déclare-t-il avant de s’en aller, sa mallette en tissu sous le bras.
Quelques minutes plus tard, assis à une table avec Youri et Carole à ses côtés, Olivier fait sa déclaration devant une quinzaine de journalistes.
« Pas de trêve électorale pour les « plans sociaux », cette jolie antiphrase pour ne pas dire qu’on licencie des gens. 750 suppressions d’emplois chez Mitsubishi à Rennes, 1 300 chez Alcatel à Brest et Quimper, 500 chez Hewlett-Packard dans l’Isère, égrène le facteur. »
« Les licenciements économiques sont en augmentation de 57 % sur un an. C’est le bilan de la gauche au pouvoir depuis 1997. La désindustrialisation entamée depuis les années 1970 se poursuit à vitesse accélérée, sous la guidée de la doxa libérale qui ne jure que par la réduction des coûts et la remise en cause des services publics. But : maintenir un taux de profit acceptable. Dans ce contexte, choisir entre la peste et le choléra n’a pas de sens. Le président le plus menteur et corrompu de l’histoire ne peut être un rempart contre la progression de l’extrême droite. Les travailleurs et leurs partis doivent voir plus loin. C’est pourquoi nous tendons la main à LO, au PCF, au PT et à tout groupe ou individu qui souhaite travailler avec nous à la création d’une formation politique au service unique et exclusif de la classe ouvrière. »
Les journalistes politiques présents sont visiblement surpris, pour la plupart indignés. Ils se font bien préciser que le parti n’appelle pas à voter Chirac. Une fois qu’ils en sont sûrs et certains, ils laissent éclater leur dégoût. « Vous ne voyez aucune différence entre un nostalgique du régime de Vichy et un représentant de la droite ? », demande Cynthia Lappi, du Monde.
Enrico Fuersklot, le journaliste de Libé, est très en colère. En temps normal, dans les conférences, il est déjà plus prompt à donner son avis qu’à faire son métier, c’est-à-dire poser des questions. « Vous avez signé votre arrêt de mort politique. La LCR que j’ai connue n’est plus », s’exclame-t-il en postillonnant avant de déguerpir.
« Je pense que nous allons prendre une campagne de calomnies comme LO », s’amuse Alain Krivite, debout adossé au mur au fond de la salle de presse. Deux ou trois extrasystoles supplémentaires ne suffisent pas à déranger sa sérénité. Irène Lebon s’inquiète : « Cela pourrait être compliqué pour nous dans les manifestations. Des rassemblements s’organisent contre l’extrême droite dès ce soir. Certains copains y sont déjà. Les gens pourraient ne pas comprendre. Je redoute la réaction des salariés aussi. »
« Des moments périlleux nous attendent, mais cela pourrait être fructueux pour notre combat, souligne le vieux sage de la LCR. Reste à savoir si LO acceptera de faire un pas vers nous… »
Dans la nuit, Alain Krivite reçoit des dizaines d’appels de connaissances ou de militants indignés, interloqués, perdus… Mais au fond de lui, il se sent revivre. Son cœur bat puissamment, lentement, tel un rang de rameurs qui porte son drakkar vers une contrée à piller.
« Nous avons marqué des points. Tant pis pour ceux qui ne nous suivront pas, pense-t-il en lui-même. Et franchement, Christian Képi, bon débarras, qu’il aille au PC ! Il commence à me sortir par les yeux avec son opportunisme. »
Alain quitte son bureau au petit matin. Arrivé chez lui, il se sert un café. Dans leur chambre, sa femme dort encore. Il s’assoit sur une chaise dans la cuisine et, tout à coup, s’effondre en pleurs.
Une grande angoisse l’envahit, ainsi qu’un profond désespoir. Il ressent le gâchis. Des décennies ont été perdues en brouilles et broutilles. Et il entrevoit la mort, lors d’une manifestation, sous le coup de manifestants anti Le Pen rendus haineux par une caste médiatique et politique hurlant et vociférant pour dissimuler qu’elle mène la guerre au peuple.
La peur le terrasse un instant.
Puis il se ressaisit. Tout n’est pas encore perdu. Il peut faire une grande chose avant de partir. La soirée d’hier a été la première étape. Tant pis s’il se brouille avec sa famille, avec ses amis, avec son milieu…
Sa montre à nouveau fixée à son poignet, Christian Képi retourne chez lui, avec une tristesse immense au cœur. Il vient de vivre un moment terrible, qui restera gravé dans sa mémoire. Des décennies de militantisme ont été mises par terre. Tous les idéaux de la LCR, qu’il a contribué à élaborer, ont été foulés au pied.
Il est trop excité pour aller au lit, alors il allume la télévision pour quelques épisodes de l’émission Très Chasse, sur TF1.
Buvant un verre de vin rouge du Lot, en regardant l’écran, Christian est quasiment certain qu’il va quitter la LCR. Mais pour aller où ? Des mois difficiles sont devant lui, à commencer par cet entre-deux-tour qui risque d’être pénible. Formé au centralisme démocratique, il est convaincu qu’il doit appliquer la ligne majoritaire décidée par le parti, quand bien même il y est opposé. Mais cette fois, il ne sait pas s’il aura la force.
Comme tous les autres militants de la LCR, il s’attend à recevoir un flot de réprimandes, voire d’injures, de la part de ses amis, de ses collègues de travail, de sa famille, de son banquier, qui sais-je encore. Il est habitué à être minoritaire, le poil à gratter trotskiste en quelque sorte, mais sans déraper sur les terres ignobles de l’extrême droite, sans franchir le Rubicon.
Cela lui est insupportable d’imaginer que des gens vont croire qu’il a une quelconque accointance avec la moindre idée de Le Pen. Il se demande quelle mouche a bien pu piquer Alain Krivite pour prendre une telle décision. Jamais il n’aurait pu imaginer cela, venant de lui, avec son histoire personnelle et militante.
Tout cela est si flou… Apaisé par le silence de la campagne seulement interrompu par les tirs, par les images des palombes et des carabines déchargées, Christian s’endort sur son canapé.
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Parution de mon nouveau roman : La Ligue à Léon - Tout et le reste
Election présidentielle du 21 avril 2002. Séisme politique : le candidat dit d'extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, accède au second tour, enrayant l'alternance droite-gauche réputée inévitabl...
https://impressons.over-blog.com/2025/05/parution-de-mon-nouveau-roman-la-ligue-a-leon.html
Projets Girondins
Salut
je prépare deux projets sur les Girondins de Bordeaux :
- Un roman uchronique mêlant fantastique et critique sociale
- Une étude sur l'histoire du club
A suivre fin 2026 ou 2027
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Les 108 astres de la destinée des Girondins - Tout et le reste
Extrait de ma prochaine parution, bientôt en vente sur Amazon KDP 36 a stres c élestes 1 - le Héraut de Justice, le Grand Leader, Alain Giresse 2 - l'Astre de la Force, Aimé Jacquet 3 - l'Astre...
https://impressons.over-blog.com/2026/09/les-108-astres-de-la-destinee-des-girondins.html
La Ligue à Léon : épisode 5
Chapitre 3 :
Le bilan de la gauche plurielle
(1997-2002)
2002… Si près, si loin. Un monde disparu définitivement.
De plus en plus de gens ont un ordinateur. Internet se massifie.
Les téléphones portables, on ne parle pas encore des Smartphones1, sont de plus en plus présents. Les jeux vidéos sont devenus un des principaux loisirs, avec les Game Boy, PlayStation, X Box…
La presse papier est encore puissante. La plupart des gens s’informent par son intermédiaire. Les revues spécialisées permettent aux passionnées d’approfondir tel ou tel sujet. On est encore dans le monde inauguré par Gutenberg cinq siècles avant.
Mais plus pour longtemps…
L’intelligence artificielle existe depuis longtemps, mais elle se développe, lentement, mais sûrement, prête à rayer de la carte des millions d’emplois. Elle est présente dans les jeux vidéos évidemment, mais pas uniquement. Un ordinateur a battu le champion du monde d’échecs Gary Kasparov quelques années plus tôt.
En 2002, la population du pays est de 61,81 millions d’habitants2, dont 3,5 millions d’étrangers3 (sans compter les immigrés de première et deuxième générations déjà naturalisés français).
Le produit intérieur brut est de 1 600 milliards d’euros4. Il a énormément augmenté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’image du PIB mondial. Il n’y a pas que de la financiarisation : la productivité aussi, ainsi que les technologies, ont été fortement améliorées.
Dans le PIB de la France, l’industrie compte pour 16 % en 20025. La France a alors encore une balance commerciale positive de 36,8 MdE6.
En 2001, la part de la population active travaillant dans l’industrie et le bâtiment atteint 26 %7.
Une étude estime qu’un emploi perdu dans l’industrie provoque la perte de trois emplois dans le reste de l’économie8.
Entre 1997 et 2002, le gouvernement de gauche plurielle a davantage privatisé que les précédents de droite. Selon Nabil Wakim, journaliste au Monde, en novembre 2009, « le gouvernement Jospin a effectivement été celui qui a le plus privatisé d’entreprises publiques (environ 31 milliards d’euros de recettes). Par privatiser, il faut entendre, au sens strict du terme, le moment où l’État passe en dessous des 50 % du capital d’une entreprise. La plupart de ces privatisations ont eu lieu entre 1998 et 2001. »
« Le gouvernement de Lionel Jospin a privatisé certaines grosses entreprises publiques (Crédit Lyonnais, CNP, GAN, entre autres) ». Il ne « s’est pas limité à ces cessions totales […]. L’autre fait marquant de cette période réside dans le nombre d’ouvertures de capital et de cessions partielles de capital d’entreprises publiques (France Télécom, Air France, Autoroutes du Sud, notamment). Cela ne compte pas dans le total des privatisations, mais illustre la marche engagée par le gouvernement Jospin. »
« La droite a beaucoup privatisé… en cumulé. Les gouvernements Chirac (1986-1988), Balladur (1993-1995) et Juppé (1995-1997), Raffarin et Villepin (2002-2007) et Fillon (depuis 2007) ont ouvert de nombreux chantiers de privatisation, mais aucun gouvernement seul n’a privatisé autant que le gouvernement Jospin. La période 1986-1988 a pourtant été riche en privatisation (environ 13 milliards d’euros de recettes pour l’État) tout comme la période 1993-1997 (environ 26,4 milliards d’euros). De fait, les privatisations réalisées par le gouvernement Jospin ont souvent été une continuation des politiques engagées par les gouvernements Balladur et Juppé. Elles se sont appuyées sur la même base juridique, la loi de 1993, qui donne la liste des entreprises à privatiser. »
En 2002, il y a 2,6 millions de demandeurs d’emploi9, ce qui donne un taux de chômage supérieur à 9 % et plus de 20 % chez les jeunes. La précarité est en hausse. Il s’ouvre presque autant d’agences d’emploi intérimaire que de Mc Donald’s.
Une quinzaine d’années plus tôt, le mouvement culturel hip hop (qui se décompose en art graphique, en danse et en « musique ») a envahi le paysage. Il a modifié la mentalité et l’aspect du pays. Lequel avait déjà été déformé par l’américanisation imposée par le plan Marshall après la Seconde Guerre mondiale.
Plus ancien que le hip hop de quelques années, le cinéma pornographique a également bouleversé la mentalité des habitants, fragilisant la spiritualité, abrutissant les cerveaux.
S’ajoute à cela la fin de l’URSS, qui a donné un coup quasiment fatal au mouvement communiste et à ses relais associatifs et syndicaux.
Cet échec du socialisme réel se double d’une montée en puissance de la religion musulmane, celle de la première source d’immigration, venue du Maghreb, notamment d’une Algérie où le régime en place vit en alimentant le ressentiment contre l’ancienne puissance coloniale.
Certains évoquent un grand remplacement de la population française (laquelle ne fait plus assez d’enfants) par des masses maghrébines et africaines. La France en crise économique représente pour elles un progrès matériel évident, vu le sous-développement des régions dont elles sont originaires.
Et ce pendant que la religion millénaire de la France, le catholicisme, continue de décliner, sous les coups perpétuels du mouvement anticlérical et laïc, au pouvoir en France depuis 1789. Du fait aussi des aspirations à la liberté du peuple, au moins depuis le XVIIIe siècle. C’est dans ce siècle que le nombre d’enfants par femme a commencé à baisser.
Ce mouvement est pour certain le fruit d’un complot (juif, maçonnique), mais pour d’autres l’illustration d’une poussée inarrêtable et incontrôlée des Lumières, de la volonté de savoir, du progrès. Celle-ci s’est produite dès la fin du Moyen Age. Elle a touché des couches de plus en plus profondes de la population, européenne d’abord, mondiale ensuite.
1 Le patriote préférera dire et écrire « Ordiphone ».
2 68,606 MdE en 2025.
3 5,6 en 2025.
4 2 921 MdE en 2024
5 Mais la désindustrialisation va se poursuivre et s’accélérer (11 % en 2010).
6 Mais les politiques appliquées la feront fondre au soleil en quelques années.
7 Selon le cabinet Trendeo, la France a perdu plus d’un millier d’usines employant plus de dix salariés entre 2009 et 2013. Entre 2012 et 2017, l’emploi industriel a perdu 150 000 postes salariés.
8 La chute cause en partie une diminution des parts de marché de la France : entre 2000 et 2010, la part de marché de la France a diminué de 3,5 points, le plus fort recul des pays de la zone euro.
9 5,728 en 2025 !
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Parution de mon nouveau roman : La Ligue à Léon - Tout et le reste
Election présidentielle du 21 avril 2002. Séisme politique : le candidat dit d'extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, accède au second tour, enrayant l'alternance droite-gauche réputée inévitabl...
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