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ES Saintes - Girondins en Coupe de France : compte rendu

20 Septembre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Girondins, #Football

Dimanche 20 septembre 2026 à 15 heures à Saintes en Charente Maritime, stade Yvon-Chevalier.

 

C'est le premier match officiel de la saison pour les Girondins 🟦⬜. C'est le troisième tour de la Coupe de France. Bordeaux a été exclu des compétitions nationales. Pourtant l'équipe est présente. Jamais les Girondins ne sont si tôt entrés en lice dans cette compétition. Le club a été professionnel sans interruption de 1937 à 2024.

L'équipe est celle prévue pour le championnat Régional 1. Elle est entraînée par Laurent Vergès.

On ne sait pas encore dans quelle division va jouer le club au scapulaire cette saison. Sixième échelon national ? Plus bas ?

L'équipe du FCGB est composée d'étudiants et de quelques actifs. On est loin du professionnalisme. La composition est affichée ci-dessus.

L'ES Saintes joue en départemental 2 . Évidemment ce sont des joueurs amateurs. Beaucoup de joueurs professionnels, comme les frères Brisson et Bruno Steck ont notamment joué dans ce club. Dominique Rocheteau, l'Ange Vert, est originaire de Saintes.

Le match a lieu à huis clos. La préfecture craint des débordements à cause des conflits entre supporters bordelais.

Des supporters girondins chantent depuis le pourtour du stade. Une banderole 'Le FCGB doit vivre' est attachée autour du stade. Le match commence avec du retard, pour protester contre les conséquences du huis clos pour le club recevant, privé de recettes et d'une belle fête pour ses bénévoles, joueurs et supporters. Les supporters FCGB sont également punis à cause des choix de la préfecture.

La pelouse est de bonne qualité.

Au début du match, après un coup d'envoi en mode rugby loin dans le camp marine et blanc, Saintes tente de mettre la pression aux Girondins, dont l'équipe est assez jeune. Les Bordelais résistent et le pressing se relâche au bout de quelques minutes.

 

Bordeaux prend alors possession du jeu puis parvient à marquer au bout de 16 minutes par Kalyvas d'une belle frappe enroulée.

Les joueurs de Charente Maritime courent après le ballon.

M'Boup marque d'une frappe de loin suite à un corner à la 31e minute.

Seul devant le but vide, Abderrabi frappe sur la barre transversale à la 38e minute. 

Les Saintais souffrent physiquement.

Au retour des vestiaires, à la 48e, Bordeaux aggrave l'écart. Sur un centre venu de la gauche, Cebola, entré en jeu à la mi-temps en lieu et place de Diragbou, marque seul à deux mètres du but.

Coup franc devant la surface de réparation saintaise à la 69e minutes : Tom Pottier tire au-dessus.

Nouveau coup franc très bien placé légèrement sur la gauche de la surface locale à la 71e minute. La frappe d'Abderrebi prenant la direction du coin bas gauche des cages est bien détournée en corner par le gardien.

A la 86e minute, suite à un coup franc sur la gauche des buts des Locaux, un Girondin frappe dans le petit filet.

A la 86e toujours, Abderrebi dribble plusieurs joueurs dans la surface de réparation puis est irrégulièrement mis au sol et obtient un pénalty, qu'il transforme lui-même. 4-0.

A la 88e, un local tacle durement notre joueur n°10, Tom Pottier, sur le côté droit, au milieu du terrain. Sans conséquences.

 

Qualification. Le staff et les joueurs ont le sourire, et les Saintais n'ont pas l'air si déçu que cela non plus ! L'écart, surtout physique, était trop grand.

Les joueurs vont saluer les supporters dans le coin du stade.

 

Au prochain tour, les Girondins recevront, si tout va bien, un ancien adversaire en quatrième division, l'AS Angoulême Charente, désormais supérieur à eux. Ainsi vont les Girondins, passés au rouleau compresseur du capitalisme pourrissant !

 

Allez Bordeaux 🟦 ⬜ ⚽ 

Tes supporters sont là !

💙🤍

Zoom football féminin

L'équipe féminine jouait en troisième division au Puy-en-Velay. Elle a gagné son premier match à domicile la semaine dernière.

Hélas hier les féminines se sont inclinées 3-2.

 

 

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La Ligue à Léon : épisode 13

18 Septembre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #France

Chapitre 11 :
Distribution houleuse devant Ford

 

« Mais vous ne vous entendrez jamais ! C’est cousu de fil blanc ! Vous êtes trop différents », susurre Lisbeth Marty à l’oreille de François Pagès. Ils sont allongés l’un à côté de l’autre dans leur lit, dans leur chambre de leur appartement du centre-ville de Bordeaux. Il est 4 h 30 du matin.

« Il faut leur donner une chance, mais ils connaissent nos limites », répond François Pagès, scrutant sa bien aimée de son regard strabique.

Née dans une famille communiste, Lisbeth est devenue tout naturellement sympathisante du PCF. La famille est depuis toujours le principal filon de recrutement des nouveaux adhérents du parti.

Le 21 avril a jeté un froid entre eux. Mais l’amour a triomphé. Ils ne jugeront pas les idées politiques de l’autre. Ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les sépare.

« Ma chérie, j’aime être avec toi, mais si tu pouvais dire à tes camarades qu’ils se calment.

– Je suis aussi choquée que toi, je ne suis pas d’accord avec ces méthodes d’un autre âge, mon chou.

– Malheureusement, je crains que ce ne soit que le début. La LCR a fait fort avec cette décision. L’extrême gauche semble renforcée, mais cela redouble la violence de nos adversaires.

– Le fait que le Parti des travailleurs soit sur la même ligne, c’est une bonne chose. On a vu que SUD, FO et certains syndicats de la CGT ont rejeté l’appel au barrage anti FN. Ils ne l’auraient pas fait si la Ligue ne vous avait pas tendu la main.

– J’ai l’impression que tu serais presque d’accord avec moi alors ?

– Non chéri, je reste persuadé que la situation est toujours meilleure avec un PCF et une gauche forts pour améliorer le sort des classes laborieuses. Et le FN n’est pas si éloigné que cela du fascisme, malgré vos dénégations… C’est un poison mortel pour la conscience de classe et les organisations populaires.

– On en a déjà parlé mille fois… Le fascisme est un mouvement social et politique situé dans un contexte bien précis. Celui où la domination bourgeoise sur le monde était remise en cause par l’existence de l’URSS et d’un fort courant révolutionnaire, le tout aggravé par une crise économique d’ampleur, consécutive au Jeudi Noir d’Octobre 1929, lui-même lié à la crise de surproduction classique du capitalisme dans sa phase impérialiste. Rien de tel ne menace le grand capital, hélas, et ce depuis au moins 1940… Bon, je dois me lever pour aller distribuer le bulletin d’entreprise de l’usine Ford. Je vais faire le café.

François Pagès embrasse sa fiancée et se dirige vers la cuisine. « Tu sais, hier à la réunion du Mouvement Jeunes communistes, au siège du PCF, il y avait 150 personnes. La salle était trop petite. On n’avait pas vu cela depuis… Je ne sais pas quand. L’arrivée du FN au second tour a été un électrochoc.

– C’est vrai, encore faut-il en tirer les bonnes leçons, Lisbeth Marty.

– C’est un processus… Les gens comprennent petit à petit. Je n’ai pas non plus été satisfaite du bilan de la Gauche Plurielle. Mais cela a empêché la droite de remettre en cause les retraites, les services publics…

– Toute chose qu’elle va à présent s’empresser de réaliser. La destruction des conquis sera encore plus rapide et brutale, car la gauche a désarmé et désespéré le peuple, en lui enseignant qu’on ne pouvait rien faire, qu’il n’y avait qu’une politique possible, celle de la bourgeoisie. Chirac va être élu avec 90 % des suffrages. Il aura une assemblée aux ordres. Ils vont pouvoir attaquer tous azimuts les classes laborieuses. Destruction des services publics, fermeture de services hospitaliers, de services fiscaux, d’écoles, au nom de la mutualisation et des économies d’échelles, remise en cause des droits au chômage, à la retraite, déremboursement des médicaments… Et le patronat pourra licencier et précariser tranquillement, pour faire toujours davantage de profits. Tu verras que, dans les années à venir, les fortunes des milliardaires vont monter à des niveaux jamais vus.

– Tu es inarrêtable, François. C’est ce qui fait ton charme. Je rends les armes. »

Tout en récitant son catéchisme trotskiste, François Pagès fait chauffer le café. Puis il petit-déjeune et se prépare à toute vitesse. Il sort de chez lui, monte dans sa Peugeot 205 rouge 3 portes, équipée de la direction assistée, et file vers l’usine.

Avec Dominique Trévisan, alias Kléber, un autre militant, instituteur à Eysines, ils diffusent le bulletin d’entreprise, comme tous les quinze jours. Celui-ci est composé de l’éditorial de l’hebdomadaire national au recto, et de brèves sur la situation dans l’entreprise au verso. Il est rédigé par François Pagès, alias Tumpa, avec la collaboration active de la dizaine de militants à l’intérieur du site, lequel regroupe quelque 4 000 salariés.

LO compte autour de 500 bulletins de ce type distribués tous les 15 jours, dans toute la France.

A seulement 28 ans, François Pagès, manipulateur radio de profession, a réussi à recruter des sympathisants actifs dans Ford. Au grand dam de Philippe Plain, leur ancien camarade, qui a quitté LO avec l’exclusion de VDT et rejoint la LCR il y a quelques années. Pour ce second tour au moins, ils sont d’accord : pas une voix ne doit aller à Le Pen. Mais aucune non plus à Chirac.

Le talent militant de François Pagès a été récompensé. Après quelques années à être sympathisant, simplement associé aux activités, mais sans pouvoir participer aux réunions de cellule, ni voter aux congrès, après avoir lu avec passion les dizaines de livres, romans, théorie, journaux que lui ont proposées les camarades… il est devenu membre de LO à part entière.

Avec François Pagès, deux anciens amis de lycée pro, désormais ouvriers à Ford, ont intégré l’organisation LO après qu’il les a convaincus. Ils ont ainsi le droit de vote au congrès, un privilège qui n’est pas donné à tout le monde, loin de là.

Un véritable exploit dans cette fin du XXIe siècle marquée par l’effondrement du « communisme réel », du militantisme ouvrier et avec lui de la conception marxiste du parti.

Attirer des jeunes vers LO : un miracle. Ce bâton de maréchal a valu à François Pagès d’être coopté au comité central de LO lors du dernier congrès qui s’est tenu, comme chaque année, début décembre.

 

Ce matin, la diffusion du bulletin est plus délicate. Beaucoup d’ouvriers, notamment les Maghrébins, ne comprennent pas la position de la LCR et de LO. Ils ont vraiment peur que le FN passe et les chasse de France. Un nombre assez élevé ne prend pas le tract ou le rend.

« Vous n’êtes pas avec nous », dit l’un.

« Je suis d’origine maghrébine, explique un salarié à Kléber, une casquette New York Rangers vissée sur la tête. Qu’est-ce que nous allons devenir si Le Pen passe ? Nous allons devoir retourner dans le pays de nos grands-parents ? Je ne le connais même pas.

– C’est techniquement impossible et ce serait même un risque de guerre civile que de projeter de renvoyer des millions de gens, répond mollement Kléber. Le FN ne gagnera pas les élections, mais même si c’était le cas, il ne pourrait pas le faire.

– Les Harkis et les Pieds Noirs ont bien été chassés eux en 1962, alors qu’ils étaient en Algérie depuis bien plus longtemps que nous sommes en France, réagit l’ouvrier à la casquette de base-ball. Si les Algériens ont réussi, pourquoi les Français ne le pourraient-ils pas ?

– Je ne vois pas les Français agir ainsi. Avec quelles forces armées mettre cela en place ? L’armée est devenue professionnelle, elle ne compte que quelques dizaines de milliers d’hommes, qui sont spécialisés dans les opérations extérieures », conclut Kléber. L’ouvrier le salue et entre dans l’usine.

Mais une bonne partie des travailleurs approuve la position de l’extrême gauche.

« Je vous soutiens, explique Parfait Kassongo, un jeune en contrat d’apprentissage, d’origine congolaise, très musclé, qui porte une discrète croix en or autour du cou. Il faut dire stop à cette mascarade.

– Oui, mais l’objectif est de construire cette force politique de défense des travailleurs, ce que ne fait plus la gauche », ajoute François Pagès, qui espère faire participer Parfait à la rédaction du bulletin.

Les discussions portent aussi sur les conditions de travail : hier, un ouvrier a eu la main écrasée, dans un atelier. Cela a donné lieu à un débrayage. En urgence, il a fallu ajouter une brève sur le sujet, dans le bulletin.

 

Deux voitures se garent au niveau du parking. Sept gars en descendent. François Pagès les scrute de ses yeux rapprochés. Ce sont des militants du PCF, dont certains qu’il ne connaît pas.

D’habitude, ils se disent bonjour poliment, mais le ton a changé.

« Eh, le bigleux ! Alors, vous venez faire votre propagande hitlérotrotskiste ? Barrez-vous de là ! »

Des costauds entourent Tumpa et Kléber, empêchant toute distribution des imprimés.

Mais la résistance s’organise vite, autour de Parfait, qui ne se laisse pas impressionner : « Arrêtez de faire vos malins, vous vous prenez pour qui ? »

 

Une dizaine d’ouvriers arrivent au même moment devant le portique et demandent à rentrer.

« Poussez-vous », dit l’un, en prenant un bulletin de la main-même de Kléber. D’autres l’imitent, saluant les Trotskistes d’un sourire ou d’une tape sur l’épaule.

Le passage à tabac n’est plus à l’ordre du jour. Le rapport de force est loin d’y être favorable. Le PCF et la CGT ont perdu de leur superbe, après quelques années à soutenir les Gouvernements socialistes.

« C’était une simple discussion, les amis ! », conclut Serge Perez, le secrétaire de la CGT, en s’éloignant avec les autres membres du PCF.

Mais il susurre à l’oreille de François Pagès : « Le bigleux, ne traînez pas ici, on sait qui vous êtes, on a les listes… »

Pas de doute, les semaines qui arrivent s’annoncent animées… Le ton a changé. Est-ce comme l’époque dont parlent avec émotion les vieux du parti, pendant les prétendues Trente Glorieuses, quand être Trotskiste pouvait te valoir de très sérieux problèmes ?

Mais la réaction des ouvriers a de quoi réchauffer le cœur de François Pagès.

« Le capitalisme est historiquement condamné, murmure-t-il à Parfait. Le stalinisme n’empêchera pas la révolution mondiale… »

L’ouvrier lui fait un clin d’œil et un geste de la main, puis rentre dans l’usine.

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La Mondialette va commencer

17 Septembre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #Football, #Jeu vidéo

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La Ligue à Léon : épisode 12

17 Septembre 2026 , Rédigé par impressons Publié dans #fiction, #France

Chapitre 10 :
Scène de ménage

 

20 h 30, dans un petit appartement d’un quartier du nord-est de Paris. Le chef de LO Robert Brassa est assis dans le canapé de son salon. Sa femme, Muriel, couturière de profession, est assise dans un fauteuil, à côté d’un guéridon sur lequel est posée une lampe. Elle a dans les mains le premier tome du roman de Robert Musil, L’Homme sans qualités.

Robert est concentré sur les différents reportages du journal télévisé de TF1. Muriel, avec laquelle il vit depuis près de 50 ans, regarde cela distraitement.

Robert Brassa écoute les commentaires des journalistes et des experts invités. En plein entre-deux-tours, c’est d’abord Philippe Seguin qui vient défendre Jacques Chirac. Puis nous avons Bruno Mégret qui promeut la candidature de Jean-Marie Le Pen.

Muriel espère enfin pouvoir passer une soirée avec son mari, à regarder un quelconque film sur une des six chaînes de la télévision, ou à visionner à nouveau Un Tramway nommé désir, avec Marlon Brando, un de leurs films favoris. Le parti est entre de bonnes mains, Robert Brassa peut un peu souffler.

Mais avant que ne commence la météo présentée par Sébastien Folin, né le 26 avril 1970 à Antananarivo (Madagascar), Muriel voit son mari se lever péniblement de son canapé. Claudiquant, il se dirige vers le buffet situé à l’autre bout de la pièce. Puis, il contourne la table et attrape son sac dans lequel sont rangés ses affaires du parti et son portefeuille.

« Tu sors, Robert ? », demande Muriel, d’une voix où percent une légère inquiétude ainsi qu’une franche déception.

« Oui, j’ai une réunion au parti. Frank va passer me prendre dans cinq minutes. Je vais me laver les dents », annonce le Chef. Il est déjà en train de se rendre à la salle de bains, empruntant, pour ce faire, le petit couloir mal éclairé au mur duquel sont suspendues des affiches des différentes fêtes de Lutte Ouvrière.

« Robert, reste avec moi, ce soir, chéri, passons un moment ensemble. Qui sait ce que nous réserve l’avenir. Profitons du moment présent. »

Une remarque inattendue de la part de sa femme d’habitude si discrète. Robert Brassa se tourne vers elle.

« Que dis-tu, chérie ? Tu sais bien que je suis obligé d’aller à ces réunions. Je préférerais rester tranquillement ici, mais nous sommes dans une situation compliquée. Les camarades se font attaquer dans la rue, les gens deviennent comme fous. On se croirait revenus à l’époque de la Libération, quand on a tondu les femmes ayant couché avec des Allemands et fusillé les Collabos.

– Justement Robert, tu n’en as pas assez ? Tu n’as pas depuis si longtemps joué à ce jeu de la politique pour avoir compris ce que cela valait vraiment ? »

Muriel a toujours eu des sentiments anarchistes, antiélectoralistes. Elle a autrefois milité à la CNT avec les réfugiés espagnols. Cela fait longtemps qu’ils ne se disputent plus pour des questions politiques.

– C’est la fin de mon parcours politique. Il ne me reste que quelques années, Muriel, c’est probable, mais je ne veux pas abandonner mon poste. J’ai des responsabilités. Je suis le dirigeant du parti, un des derniers présents depuis sa fondation ou presque. Je suis le faible dépositaire d’une immense tradition révolutionnaire. Je n’ai pas le droit de démissionner.

– Et qu’est-ce que cela t’apportera de continuer ? Tu n’es pas fatigué ? Contre qui te bats-tu ? Pour quoi te bats-tu ? Chéri, reste ici avec moi, profite d’un moment avec ta femme, combien de temps cela sera-t-il encore possible ? Le temps passe si vite.

– Mais qu’y a-t-il, Muriel ? Pourquoi de tels propos ? Tu es dépressive ?

– Non, je suis heureuse, fière de la belle famille que nous avons bâtie, mais je pense que tu es comme un enfant qui n’a toujours pas compris le sens de la vie… Tu arrives dans tes dernières années, Robert, ne te voile pas la face. Laisse ce manichéisme derrière toi, les bons, les ouvriers, les exploités, les méchants, les capitalistes, les banquiers… Ne crois-tu pas qu’ils ont leur part de malheur aussi ? Ne crois-tu pas que l’argent ne peut tout acheter ? A quoi te sert-il de te battre pour un monde nouveau si tu rends malheureuse ta femme en la quittant chaque soir pour une maîtresse insatiable ? Est-ce que tu crois qu’on peut rendre le monde entier heureux malgré lui ? Et ce en oubliant ses devoirs familiaux ? Je sais que nous n’avons jamais porté l’institution de la famille dans notre cœur, mais paradoxalement, nous en avons fondé une, et une belle. Le seul combat utile à mener maintenant, c’est pour elle. Laisse tranquilles Le Pen, Chirac, Jospin, Seillière et j’en passe.

– Tu veux que je lâche prise, comme dirait un adepte du yoga. Il n’y a plus de lutte de classe, plus de conflits, plus d’exploitation, nous sommes tous frères, c’est cela Muriel ? C’est ainsi que vous raisonniez à la CNT ? Je ne crois pas.

– Eh là, mon ami, tu t’égares. Il y a bien longtemps que je n’ai plus mis les pieds à la CNT. Je suis apaisée. J’ai un toit, de quoi vivre, des enfants et des petits-enfants. Je ne demande rien d’autre que passer quelques moments agréables avec un mari qui est toujours un gamin, apparemment.

– Tu as renoncé à la lutte, c’est ton choix, pas moi.

– Renoncer à la lutte ? Quelle honte, Robert ! Il fallait bien que quelqu’un s’occupe des enfants, leur père étant parti chaque jour et chaque soirée. Et quand bien même j’y aurais renoncé ? En quoi serait-ce inférieur à ton attitude ? Es-tu si sûr de toi que tu crois sérieusement que ton intervention peut changer quoi que ce soit à la situation ?

– Si tout le monde pensait ainsi, tel Jacques le Fataliste, nous serions toujours sous la monarchie absolue. Il faut des combattants pour entraîner la masse.

– Tu es plein de certitudes. Je crois que c’est Vladimir Lénine, ou bien Léon Trotski, qui disait que personne n’a jamais déclenché une révolution, non ? Les grands événements historiques sont le produit d’une myriade de petits événements qui s’incorporent les uns aux autres et débouchent sur une transformation de la quantité en qualité. Tu devrais prendre exemple sur tes modèles. Personne n’est indispensable et personne, malgré les prétentions des Marxistes à prédire l’avenir, ne sait pourquoi ni comment se déclenche une révolution.

– Tu dis vrai. Donc je devrais abandonner la lutte et cultiver mon jardin, tel un vulgaire petit-bourgeois qui ne manque de rien ?

– Tu devrais t’occuper davantage de ta femme et moins de la révolution, ça oui. Et quand bien même cela te déplaît, oui, tu es un petit-bourgeois, avec des revenus et une situation plus que confortables. Comme la plupart de tes camarades d’ailleurs. Comment pouvez-vous croire qu’être ouvrier en 2002 en France a quoi que ce soit à voir avec la condition ouvrière de l’Angleterre, de la France ou de la Russie du XIXe siècle ? Il n’y a pas un livre, d’un certain Vladimir Lénine, qui annonce l’embourgeoisement de l’aristocratie ouvrière ? N’est-on pas en plein là-dedans, en France, à notre époque ? Vous jouez à la révolution, mais vous vous goinfrez après chaque réunion de Flunch, de McDo et de Nutella…

– Certains camarades, mais pas moi, Muriel. Je mène une vie austère.

– Oui, mais vous vous confortez les uns les autres dans votre aveuglement. Lisez un peu Guy Debord. La société du spectacle, ce ne sont pas que les partis du capital, c’est aussi certains révolutionnaires en chambre qui ne travaillent plus depuis des années et dont les salaires de syndicalistes sont payés par leur infâme patron. Il y en a aussi à LO, et de plus en plus, comme tu le regrettes toi-même.

– Muriel, je ne veux plus parler avec toi, j’ai l’impression que tu ne m’aimes plus. »

Robert Brassa prend son sac et quitte l’appartement en claquant la porte. S’il sent que ce que lui a dit sa femme est vrai, il n’a pas encore le courage d’affronter la chose et de se soumettre à ces dures vérités, car cela signifierait renoncer à une situation de pouvoir fort agréable, qu’il occupe depuis des décennies.

Autre problème : il se croit indispensable.

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