Projets Girondins
Salut
je prépare deux projets sur les Girondins de Bordeaux :
- Un roman uchronique mêlant fantastique et critique sociale
- Une étude sur l'histoire du club
A suivre fin 2026 ou 2027
/image%2F0673712%2F20251014%2Fob_1c552c_logo-fc-girondins-bordeaux-1980-svg.png)
Les 108 astres de la destinée des Girondins - Tout et le reste
Extrait de ma prochaine parution, bientôt en vente sur Amazon KDP 36 a stres c élestes 1 - le Héraut de Justice, le Grand Leader, Alain Giresse 2 - l'Astre de la Force, Aimé Jacquet 3 - l'Astre...
https://impressons.over-blog.com/2026/09/les-108-astres-de-la-destinee-des-girondins.html
La Ligue à Léon : épisode 5
Chapitre 3 :
Le bilan de la gauche plurielle
(1997-2002)
2002… Si près, si loin. Un monde disparu définitivement.
De plus en plus de gens ont un ordinateur. Internet se massifie.
Les téléphones portables, on ne parle pas encore des Smartphones1, sont de plus en plus présents. Les jeux vidéos sont devenus un des principaux loisirs, avec les Game Boy, PlayStation, X Box…
La presse papier est encore puissante. La plupart des gens s’informent par son intermédiaire. Les revues spécialisées permettent aux passionnées d’approfondir tel ou tel sujet. On est encore dans le monde inauguré par Gutenberg cinq siècles avant.
Mais plus pour longtemps…
L’intelligence artificielle existe depuis longtemps, mais elle se développe, lentement, mais sûrement, prête à rayer de la carte des millions d’emplois. Elle est présente dans les jeux vidéos évidemment, mais pas uniquement. Un ordinateur a battu le champion du monde d’échecs Gary Kasparov quelques années plus tôt.
En 2002, la population du pays est de 61,81 millions d’habitants2, dont 3,5 millions d’étrangers3 (sans compter les immigrés de première et deuxième générations déjà naturalisés français).
Le produit intérieur brut est de 1 600 milliards d’euros4. Il a énormément augmenté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’image du PIB mondial. Il n’y a pas que de la financiarisation : la productivité aussi, ainsi que les technologies, ont été fortement améliorées.
Dans le PIB de la France, l’industrie compte pour 16 % en 20025. La France a alors encore une balance commerciale positive de 36,8 MdE6.
En 2001, la part de la population active travaillant dans l’industrie et le bâtiment atteint 26 %7.
Une étude estime qu’un emploi perdu dans l’industrie provoque la perte de trois emplois dans le reste de l’économie8.
Entre 1997 et 2002, le gouvernement de gauche plurielle a davantage privatisé que les précédents de droite. Selon Nabil Wakim, journaliste au Monde, en novembre 2009, « le gouvernement Jospin a effectivement été celui qui a le plus privatisé d’entreprises publiques (environ 31 milliards d’euros de recettes). Par privatiser, il faut entendre, au sens strict du terme, le moment où l’État passe en dessous des 50 % du capital d’une entreprise. La plupart de ces privatisations ont eu lieu entre 1998 et 2001. »
« Le gouvernement de Lionel Jospin a privatisé certaines grosses entreprises publiques (Crédit Lyonnais, CNP, GAN, entre autres) ». Il ne « s’est pas limité à ces cessions totales […]. L’autre fait marquant de cette période réside dans le nombre d’ouvertures de capital et de cessions partielles de capital d’entreprises publiques (France Télécom, Air France, Autoroutes du Sud, notamment). Cela ne compte pas dans le total des privatisations, mais illustre la marche engagée par le gouvernement Jospin. »
« La droite a beaucoup privatisé… en cumulé. Les gouvernements Chirac (1986-1988), Balladur (1993-1995) et Juppé (1995-1997), Raffarin et Villepin (2002-2007) et Fillon (depuis 2007) ont ouvert de nombreux chantiers de privatisation, mais aucun gouvernement seul n’a privatisé autant que le gouvernement Jospin. La période 1986-1988 a pourtant été riche en privatisation (environ 13 milliards d’euros de recettes pour l’État) tout comme la période 1993-1997 (environ 26,4 milliards d’euros). De fait, les privatisations réalisées par le gouvernement Jospin ont souvent été une continuation des politiques engagées par les gouvernements Balladur et Juppé. Elles se sont appuyées sur la même base juridique, la loi de 1993, qui donne la liste des entreprises à privatiser. »
En 2002, il y a 2,6 millions de demandeurs d’emploi9, ce qui donne un taux de chômage supérieur à 9 % et plus de 20 % chez les jeunes. La précarité est en hausse. Il s’ouvre presque autant d’agences d’emploi intérimaire que de Mc Donald’s.
Une quinzaine d’années plus tôt, le mouvement culturel hip hop (qui se décompose en art graphique, en danse et en « musique ») a envahi le paysage. Il a modifié la mentalité et l’aspect du pays. Lequel avait déjà été déformé par l’américanisation imposée par le plan Marshall après la Seconde Guerre mondiale.
Plus ancien que le hip hop de quelques années, le cinéma pornographique a également bouleversé la mentalité des habitants, fragilisant la spiritualité, abrutissant les cerveaux.
S’ajoute à cela la fin de l’URSS, qui a donné un coup quasiment fatal au mouvement communiste et à ses relais associatifs et syndicaux.
Cet échec du socialisme réel se double d’une montée en puissance de la religion musulmane, celle de la première source d’immigration, venue du Maghreb, notamment d’une Algérie où le régime en place vit en alimentant le ressentiment contre l’ancienne puissance coloniale.
Certains évoquent un grand remplacement de la population française (laquelle ne fait plus assez d’enfants) par des masses maghrébines et africaines. La France en crise économique représente pour elles un progrès matériel évident, vu le sous-développement des régions dont elles sont originaires.
Et ce pendant que la religion millénaire de la France, le catholicisme, continue de décliner, sous les coups perpétuels du mouvement anticlérical et laïc, au pouvoir en France depuis 1789. Du fait aussi des aspirations à la liberté du peuple, au moins depuis le XVIIIe siècle. C’est dans ce siècle que le nombre d’enfants par femme a commencé à baisser.
Ce mouvement est pour certain le fruit d’un complot (juif, maçonnique), mais pour d’autres l’illustration d’une poussée inarrêtable et incontrôlée des Lumières, de la volonté de savoir, du progrès. Celle-ci s’est produite dès la fin du Moyen Age. Elle a touché des couches de plus en plus profondes de la population, européenne d’abord, mondiale ensuite.
1 Le patriote préférera dire et écrire « Ordiphone ».
2 68,606 MdE en 2025.
3 5,6 en 2025.
4 2 921 MdE en 2024
5 Mais la désindustrialisation va se poursuivre et s’accélérer (11 % en 2010).
6 Mais les politiques appliquées la feront fondre au soleil en quelques années.
7 Selon le cabinet Trendeo, la France a perdu plus d’un millier d’usines employant plus de dix salariés entre 2009 et 2013. Entre 2012 et 2017, l’emploi industriel a perdu 150 000 postes salariés.
8 La chute cause en partie une diminution des parts de marché de la France : entre 2000 et 2010, la part de marché de la France a diminué de 3,5 points, le plus fort recul des pays de la zone euro.
9 5,728 en 2025 !
/https%3A%2F%2Fm.media-amazon.com%2Fimages%2FI%2F41IZ23kl8AL._BO30%2C255%2C255%2C255_UF900%2C850_SR1910%2C1000%2C0%2CC_QL100_.jpg)
Parution de mon nouveau roman : La Ligue à Léon - Tout et le reste
Election présidentielle du 21 avril 2002. Séisme politique : le candidat dit d'extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, accède au second tour, enrayant l'alternance droite-gauche réputée inévitabl...
https://impressons.over-blog.com/2025/05/parution-de-mon-nouveau-roman-la-ligue-a-leon.html
La Ligue à Léon : épisode 4
Chapitre 2 :
Robert Hue président ?
21 avril 2002, 8 heures du matin au bureau de vote de l’école Robert-Schumann, dans le centre-ville de Bordeaux.
C’est le grand jour, celui du premier tour de l’élection présidentielle, le principal scrutin de notre pays. Le visage mal rasé, fatigué, mais heureux, Jérémy Martin glisse un bulletin « Robert Hue » dans l’urne.
C’est un des premiers votants d’une journée qui s’annonce sous les meilleurs auspices.
Faux maigre à la tignasse blonde filasse, moustache drue dorée sous le nez, Jérémy Martin est comme dans un rêve. Il y a à peine une heure, il est arrivé devant le cimetière Saint-André, en bus depuis Saint-Denis, plus précisément du Stade de France. Hier soir, avec des milliers d’autres supporters, le jeune majeur a assisté à la victoire 3-0 de son équipe de cœur, les Girondins de Bordeaux, en finale de la Coupe de la Ligue. Les partenaires de Christophe Dugarry et d’Alexei Smertin n’ont fait qu’une bouchée des Merlus de Lorient.
Nous serons champions de France…
Car nous sommes les Bordelais…
Aujourd’hui, c’est l’apothéose d’une campagne électorale que Jérémy Martin a menée avec enthousiasme, la première de sa jeune carrière militante, au service du « grand parti de la classe ouvrière », le Parti Communiste français. Il a été fondé à Tours fin 1920, sur la lancée de la Révolution d’Octobre, le principal événement politique de l’Histoire… du moins selon les Communistes.
Son candidat naturel est le maire de Montigny-lès-Cormeilles, l’homme qui a accompli avec brio la mutation europrogressiste du parti après l’échec des socialismes réels. Cette entreprise n’a pas plu à tout le monde, ni d’ailleurs la participation au gouvernement décidée en 1997. Beaucoup de communistes ont quitté le PCF, comme depuis le début des années 1980, avec la participation au Gouvernement de gauche sous Mitterrand.
Depuis cette époque, le PCF n’a fait que décliner en nombre de voix et de militants. En réaction, il s’est fait toujours davantage un parti d’élus prônant le réformisme et ne parlant même plus du communisme, hormis pour en faire un processus, et plus un but à atteindre.
C’est le retour, à un siècle d’écart, de la polémique sur la réforme ou la révolution, entre Rosa Luxembourg et Edouard Bernstein, qui sera développée dans Que Faire ?, par Vladimir Lénine en 1902.
Tout jeune adhérent, Jérémy Martin, étudiant en 1re année de Géographie, est confiant. La campagne électorale s’est très bien passée. Le meeting à Bordeaux-Lac a réuni des milliers de personnes. Auréolé de son origine mythique, le PCF demeure, malgré le déclin, le plus grand parti politique dans la Ve République. Du moins en termes de militants et de réseau dans la population laborieuse. Jérémy Martin envisage raisonnablement que son candidat atteigne les 10 %, soit mieux que son score de 1995.
Avec l’échec de la politique des Socialistes et Radicaux au Gouvernement depuis 1997, à laquelle les Communistes, par la présence de leurs ministres, croient cependant avoir réussi à apporter une teinte sociale, Jérémy Martin et ses camarades du MJCF1 ne doutent pas que les travailleurs auront compris qu’il faut que le PCF redevienne la force motrice à gauche, afin de mener des politiques en rupture avec le système néolibéral désormais défendu du Front national au PS.
Après avoir voté, un peu fatigué, mais toujours exalté par la conscience de participer à une journée historique, Jérémy Martin rejoint l’appartement d’un responsable de la section de Gironde des Jeunesses communistes, à deux rues du marché des Capucins. Avec d’autres militants, ils vont ensuite boire un café sous la halle du marché. Les Bordelais ne parlent évidemment que de cette élection. Certains pour dire qu’ils n’en ont rien à faire, que tout cela n’est qu’une mascarade. D’autres pour dire qu’il est important de s’exprimer, dans une démocratie, que ce soit pour un candidat ou contre un autre.
Jérémy Martin n’a qu’une seule hâte : être à ce soir, 20 heures, devant un écran de télévision diffusant France 2, au siège de la Fédération du PCF de la Gironde, à côté de la gare Saint-Jean, quand les résultats tomberont. Il se réjouit déjà de la bonne surprise et des belles perspectives pour la progression du parti.
La soirée promet d’être longue.
Et arrosée, comme il se doit au PCF.
1 Mouvement Jeunes Communistes de France.
/https%3A%2F%2Fm.media-amazon.com%2Fimages%2FI%2F41IZ23kl8AL._BO30%2C255%2C255%2C255_UF900%2C850_SR1910%2C1000%2C0%2CC_QL100_.jpg)
Parution de mon nouveau roman : La Ligue à Léon - Tout et le reste
Election présidentielle du 21 avril 2002. Séisme politique : le candidat dit d'extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, accède au second tour, enrayant l'alternance droite-gauche réputée inévitabl...
https://impressons.over-blog.com/2025/05/parution-de-mon-nouveau-roman-la-ligue-a-leon.html
La Ligue à Léon : épisode 3
/https%3A%2F%2Fm.media-amazon.com%2Fimages%2FI%2F41IZ23kl8AL._BO30%2C255%2C255%2C255_UF900%2C850_SR1910%2C1000%2C0%2CC_QL100_.jpg)
Parution de mon nouveau roman : La Ligue à Léon - Tout et le reste
Election présidentielle du 21 avril 2002. Séisme politique : le candidat dit d'extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, accède au second tour, enrayant l'alternance droite-gauche réputée inévitabl...
https://impressons.over-blog.com/2025/05/parution-de-mon-nouveau-roman-la-ligue-a-leon.html
Chapitre 1 :
Au-dessus, il y a le soleil
Un gris lundi d’octobre 1998. George Smith, directeur du pôle Europe de l’Ouest à la CIA, est en charmante compagnie.
Un dessin animé est diffusé sur le téléviseur installé contre un mur de la pièce : un chat colérique essaye d’attraper une souris trop maline pour lui.
Le téléphone du bureau sonne.
« Brigitte, pouvez-vous arrêter quelques instants ? », dit-il dans un parfait français.
« Allô, oui ?, soupire-t-il.
– Monsieur Smith, Monsieur Watson est dans la salle d’attente, annonce sa secrétaire à l’autre bout du fil. C’est votre rendez-vous de 10 heures.
– Il est un peu en avance. Faites-le attendre cinq minutes. Je termine un dossier. Je viendrai le chercher.
– Très bien, Monsieur Smith. » La secrétaire raccroche. L’homme colossal, physique de footballeur américain, atteint de strabisme, se replonge dans le dossier en question.
« C’est bon Brigitte, tu peux y aller, on se revoit cet après-midi pour le brief, annonce-t-il en français à la dame blonde et mince, en tailleur élégant.
– D’accord George. A tout à l’heure », répond-elle, souriante, d’une voix de fumeuse.
Brigitte Lespoir se glisse derrière un grand rideau sombre qui recouvre tout un mur près de la fenêtre. Il dissimule une porte par laquelle la quadragénaire peut sortir discrètement.
George se recoiffe, réajuste son costume, puis va chercher son cher ami qui l’attend à côté. Dans le téléviseur, le chat a réussi à saisir la souris quelques instants, mais elle s’est échappée. Il faut tout recommencer…
Patrick Watson, un des sous-directeurs de la division Europe de l’Ouest, costaud, grand et gras, est affalé dans un confortable canapé Chesterton. Ses yeux marron, très rapprochés, sont dissimulés sous un épais mono-sourcil très noir et broussailleux. Un regard particulier, comique, qui généralement attire irrésistiblement la sympathie de ses interlocuteurs.
Quand il voit George, Patrick sourit et se lève avec un dynamisme surprenant, vu son embonpoint. Il tient un dossier de documents papier dans ses mains. « J’étais avec Brigitte Lespoir, glousse George, alors qu’ils s’apprêtent à entrer dans le bureau.
– Comment va-t-elle ?
– Bien. On doit la rejoindre avec ma femme sur l’île de Bernstein, ce week-end. Il y aura tous nos amis et des filles. Et d’autres membres du projet Président France 2000/2025. Tu es le bienvenu.
– Peut-être, je ne sais pas encore », répond d’un air indifférent Monsieur Watson en s’asseyant sur le fauteuil en cuir situé devant le bureau de son chef. Il se racle la gorge, prêt à commencer son topo dès que Smith lui en donnera l’ordre.
Monsieur Smith se prépare un café et en propose un à son subordonné en l’appelant « mon cher ami ». Avant d’arriver au sommet de la pyramide de la CIA, tous deux ont passé des années sur le terrain à mener des actions en Europe ou en Asie. Ces souvenirs les unissent. Watson accepte d’un hochement de tête, tout en relisant des documents posés devant lui, sur le même coin du bureau où Brigitte Lespoir a posé ses fesses étroites, cinq minutes plus tôt.
« Je sais que tu n’as pas beaucoup de temps, George. Donc je te résume le plan Président France 2000/2025.
– Oui, je dois aller voir le Patron dans vingt minutes. On a un call Secret Défense avec le Secrétaire d’État. Il sera fort aise de voir comme le projet avance. Je le feuilletterai ensuite plus tranquillement.
– Pour la France, l’agenda est parfait. Nous sommes dans les temps. Les fondations ont été posées à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je ne remonte pas plus tôt, même si évidemment notre travail avait commencé avant. Nous avons pris le contrôle total et définitif de son économie avec le Plan Marshall. Nous avons financé une partie des syndicats patronaux et ouvriers, notre concurrent soviétique s’occupant des autres. Nous avons entamé la destruction de la culture française en exportant nos musiques, nos films, nos marchandises.
Nous avons sapé son Empire colonial. Il a été presque totalement démantelé en une quinzaine d’années, grâce à la collaboration de l’URSS, du PC et des divers mouvements anticoloniaux. La perte de certaines régions en Afrique, au Sahara ou en Indochine a permis de priver la France de son accès à l’énergie pas chère, que ce soit le pétrole, le gaz ou l’uranium, ainsi qu’à des métaux et autres matières premières nécessaires pour l’industrie. C’était le but à atteindre, car un pays sans énergie bon marché est voué à la vassalisation.
C’était la première phase du nœud coulant. Nous financions évidemment les groupes d’opposition, surtout de gauche, pour affaiblir le régime gaulliste. L’URSS soutenait le PCF et la CGT. Impossible d’échapper à l’ingérence étrangère.
– Parfaitement, une bonne manœuvre. J’adore ces dessins animés Disney…
– Ils n’ont pas vieilli, c’est sûr. A cette époque, la situation économique était meilleure, si ce n’est florissante. Ces péripéties furent donc correctement acceptées, si ce n’est souhaitées, par les Gaulois. On est rentrés dans le dur dans les années 1970. Les Français, n’ayant plus possibilité de s’approvisionner en énergie dans leur propre empire, ont été violemment frappés par le choc pétrolier. Ils auraient alors pu décider de faire voler en éclat le partenariat avec nous. Mais c’était déjà trop tard. Leur volonté politique était brisée. Nous avons évincé De Gaulle pour anéantir tout espoir. Contrôlant leurs élites, nous avons pu les empêcher de remettre en cause ce partenariat. Cela a été le début de la politique de déficit structurel de l’État, dans laquelle nous demeurerons jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. Ces déficits, cette dette, permettent la destruction méthodique du pays. Nous allons poursuivre cette démarche dans le cadre de Président France 2000-2025.
– Oui, elle doit aller au bout, pour manifester tous ses effets. Cela permet aux Etats-Unis d’étrangler peu à peu leurs adversaires et d’asseoir toujours davantage leur domination.
– Très bien, nous sommes en accord là-dessus », relève Monsieur Watson. Il prend deux gorgées de café.
« La France étant privée de l’accès à l’énergie pas chère, l’essentiel était fait. Je te l’ai dit, le principal était de lui arracher les puits de pétrole du Sahara en les rattachant au nouvel Etat algérien. Celui-ci était totalement sous notre contrôle. Le FLN était une marionnette codirigée par nous et les Russes. Son extrémisme dès 1954 a permis de détruire toute possibilité d’un maintien de l’Algérie dans le giron français, en annihilant les autres courants plus modérés, comme le MNA de Messali Hadj.
– La politique habile de la Françafrique permet à la France de tenir encore. Mais cela ne devrait pas durer plus que quelques années. Leurs élites sont consternantes de cupidité et de bêtise. Et les nouvelles générations sont pires encore. On a peine à croire qu’il s’agit du pays qui a dominé l’Europe pendant 1 500 ans.
– Le temps que cette génération disparaisse et il ne restera plus rien de ce glorieux passé… Même les Français ignoreront leur histoire. Nos programmes de révisionnisme historique mettant l’accent sur les crimes du catholicisme, de la royauté et du colonialisme sont véritablement très efficaces. Nous allons veiller à ce qu’ils soient largement diffusés auprès des étudiants et des professeurs, sous prétexte de partenariat avec nos universités.
– Sans énergie à prix modique, impossible de suivre la cadence imposée par le développement de l’économie mondiale. Le programme nucléaire français nous a gênés, mais pas assez pour contrecarrer notre plan.
– Oui, insiste bien là-dessus, car le président et nombre de ses ministres sont portés sur l’écologie.
– Nous finançons énormément tous les partis écologistes européens. Pas question d’arrêter. L’annulation du projet Phénix est un point excellent. Dominique (Voynet, NDA )et les autres Verts ont fait un super travail. Il faut aussi promouvoir les énergies renouvelables, au fonctionnement erratique et à la production totalement dépendante de nos entreprises ou de celles de Chine.
– La désindustrialisation a commencé dans les années 1970. Elle se poursuit à un rythme accéléré. Elle est directement liée à la fin de l’empire colonial, qui a permis d’augmenter énormément le prix de l’énergie en France. Face aux déficits permanents, les impôts sur le tissu économique ont explosé, affaiblissant les entreprises, sauf les plus grosses, dans lesquelles nous avons placé nos pions et que nous allons racheter les unes après les autres, grâce aux fortes capacités financières de nos opérateurs. Les bourgeois français, nourris à la mythologie universaliste post 1945, ont finalement assez peu résisté à l’américanisation. Notre travail pour faire passer Vatican II et les autres réformes a bien aidé.
– « La déchristianisation est une mamelle de la mise sous tutelle de la France », comme disait William…
– Il avait le sens de la formule. Il va bien ?
– Il coule une retraite paisible, il joue au golf en Floride…
– Une fois la désindustrialisation en place, tout a suivi. Le chômage a commencé à grimper, en parallèle d’une modification de la population jamais vue depuis les invasions barbares du Ve siècle. Parfait pour créer un état latent de guerre civile entre les Français et les immigrés, la plupart venus de l’ancien empire colonial. Les arrivants ont donc, en plus, ce qui ne gâte rien1, un a priori plus que négatif sur les habitants du lieu où ils se sont installés.
– On en arrive à la fin du communisme ?
– Oui, patron. Le PCF ayant été bien travaillé, il a validé la participation au Gouvernement et, quelques années plus tôt, la fin de tout ce que le marxisme portait de radicalité, avec comme fait symbolique l’abandon de la dictature du prolétariat en 1976. Son chef Georges Marchais avait eu un sursaut, évoquant en des termes crus les risques que l’armée industrielle de réserve, en devenant trop importante à cause d’un flot migratoire maintenu en période de crise, ne détruisit les avantages sociaux acquis par les travailleurs français.
– Ses propos sur les immigrés du foyer Sonacotra ont provoqué un scandale. Il s’est immédiatement excusé, c’était un peu pitoyable, exhibant ainsi sa domestication vis-à-vis des puissances économiques. Je m’en souviens, j’étais attaché culturel à l’ambassade à Paris à ce moment.
– Moi, j’étais alors à Bonn. Mais je termine mon introduction. Cela te paraît cohérent ?
– Oui, merci Patrick, très bon boulot, cela me rappelle tous les points essentiels. Je vais pas me gêner pour te pomper tout cela, si tu me permets l’expression !* Oh, un épisode de Daffy Duck a commencé. Quelle merveille !
– Pas de souci, cher ami*. Le PCF est redevenu un parti de Gouvernement en quelques années. Mitterrand a lancé l’opération Le Pen pour éviter de perdre les élections suite au tournant de la rigueur, il les a perdues quand même. Derrière ce spectacle de la mascarade démocratique, la démolition de l’État social et de l’industrie se poursuivait. Le plan Président France 2000-2025 a pour objectif de l’achever.
– Oui, nous avons parlé de cela avec Brigitte à l’instant. Nous nous reverrons avec les autres membres du projet cet après-midi pour peaufiner. Il y aura Blumstein de la banque Delwright d’ailleurs.
– Oui je ne l’aime pas beaucoup lui, mais il est indispensable.
– Il fait un travail formidable pour notre pays. Quels sont les principes directeurs que tu me proposes ?
– Continuer sur notre lancée, rien de bien original. Le système français est totalement sous notre contrôle. Il n’y a pas d’opposition qui ne soit dans notre main. Le Pen ou l’extrême gauche ont quelque latitude, mais ils sont emprisonnés dans un fonctionnement politique verrouillé. Avec l’Union européenne et l’euro, les Etats vont perdre toute souveraineté. Ajoutons à cela la cupidité et la rapacité séculaire des élites qui sont prêtes à tout pour s’enrichir, quitte à mettre le peuple sur la paille. J’ai oublié à ce sujet de te parler de l’immobilier, sur lequel nous allons lancer une grande offensive, avec nos banques partenaires, comme aux Etats-Unis. Les prix des appartements et des maisons devraient exploser, aggravant encore la crise sociale.
Dans le cadre du Plan Président France 2000-2025, il s’agira donc de gérer les soubresauts politiques qui ne manqueront pas d’intervenir, au fil des déroutes électorales des partis de Gouvernement. On s’attend aussi à des crises sociales régulières, mais cela ne génère pas tellement d’inquiétudes, car elles n’ont plus de force politique organisée pour leur donner une direction vraiment dangereuse. L’essentiel est de continuer le travail dans les partis, mais aussi de former les élites politiques et économiques afin qu’elles partagent notre vision d’un monde libéral porteur de paix, de démocratie et de progrès.
– Oui, c’est le mieux pour tout le monde. Ces satanés Français bornés doivent le comprendre. Il n’y a qu’un seul universalisme, c’est le nôtre.
– La clé, c’est la division de la classe ouvrière, laquelle était encore très puissante après la Seconde Guerre mondiale. Cette division est alimentée par son abandon par les partis de gauche et les syndicats, par l’arrivée permanente de nouveaux travailleurs venant gonfler les chiffres du chômage. Dans un tel contexte, nous avons peu à craindre. Ce qu’il faut éviter, c’est le réveil de la bête blessée, du monde ouvrier français, mais je n’ai plus trop de craintes à ce sujet. Cela fait depuis 1945 – 1940 même ! qu’on y travaille.
– Il faudra diminuer les droits sociaux, par exemple reculer l’âge de départ à la retraite, ce qui est parfait pour accroître encore le nombre de travailleurs sur le marché du travail et ainsi peser à la baisse sur les salaires.
– Nous avons aussi prévu de faire démanteler EDF et les grandes entreprises industrielles qui restent, au moyen surtout des écologistes et des partisans de l’Union européenne. On rachètera les fleurons industriels au fil des faillites et des dettes provoquées par des choix absurdes de dirigeants formés chez nous. On a le petit Thierry Breton qui est bien d’ailleurs. Très sympa. Il faut que je te le présente. C’est d’ailleurs là qu’intervient le projet Président France 2000-2025 avec Brigitte Lespoir et son attaché… Enfin, cher ami*, voilà les grandes lignes. Je pourrai évidemment entrer dans le détail au besoin.
– Superbe, bon travail Patrick. Je dois te laisser, je garde tes documents et je reviens vers toi tout à l’heure. »
Les deux hommes se séparent. Monsieur Watson quitte le bureau de son patron par la porte principale. Passant par celle empruntée par Brigitte Lespoir, Monsieur Smith rejoint les autres directeurs de la CIA Europe pour le brief avec le Secrétaire d’État.
Laissé seul dans la pièce, Daffy Duck discute avec Bugs Bunny sur l’écran du téléviseur.
1 Prononcé en français.
La Ligue à Léon : épisode 2
Voici La suite du premier chapitre...
Chapitre 0 :
Léon XIII, Trotski, XIV…
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ?
Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter
une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ?
Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. »
Assis sur un des bancs de la Basilique de Saint-Denis, Gérald Forbiden lit l’Évangile selon Matthieu, notamment les versets 3 à 5 du chapitre 7. On est en milieu de journée, et il vient de quitter son travail. Il aime venir se reposer et méditer dans les lieux de culte catholique. C’est un moment hors du temps. Ensuite il ira distribuer des tracts siglés de la faucille et du marteau. Une toute autre ambiance, dans laquelle il se sent tout aussi bien.
Gérald Forbiden est ouvrier dans une petite scierie de Montreuil. La cinquantaine, il a un physique de coureur de fond. Il est coiffé d’une queue de cheval et doté d’un fort accent de la Meuse.
Il se demande encore comment il a pu devenir Trotskiste tout en maintenant une foi catholique ardente, sans évidemment en parler à ses camarades. C’est un de ses petits secrets, rien de bien grave.
Gérald Forbiden a découvert très jeune les méfaits du capitalisme : son père, ouvrier dans la vallée de la Fensch, a perdu deux doigts à l’usine. Avec sa mère, qui ne travaillait pas, il a élevé les 8 enfants du couple dans des valeurs de solidarité et de travail. Tous ont été au catéchisme. Gérald n’apprécia guère. Il ressentit une certaine hypocrisie dans cette communauté catholique ardennaise, où patrons et prolétaires se côtoyaient comme si tout allait bien, comme si les uns n’exploitaient pas les autres.
Après une période de rejet de la religion, vue comme l’opium du peuple, après être devenu un Gauchiste enragé, adepte de Mao, puis de Trotski, il a peu à peu renoué avec la spiritualité de son enfance, sans pour autant renier ses idéaux communistes. Il n’a pas confondu la religion, l’amour désintéressé des fidèles et des clercs avec la bureaucratie du clergé et la bonne conscience de Richards allant à la messe tous les dimanches.
Contrairement à la plupart de ses camarades, Gérald Forbiden pense beaucoup de bien de ce pape Léon XIII, souverain pontife entre 1878 et 1903, au moment de l’essor du mouvement ouvrier. Les Communistes en font le pape de la collaboration des classes, le pape anticommuniste, mais lui persiste à le voir, dans une vision plus subtile, comme l’éveilleur des consciences sur la pauvreté des prolétaires à cette époque.
Le maître à penser de Gérald Forbiden, Léon Trotski, est justement né au début de ce pontificat, dans une famille d’agriculteurs juifs aisés de la plaine ukrainienne. Est-ce parce que Vincenzo Gioacchino Pecci venait d’être mis à la tête de l’église de Rome que les parents du futur révolutionnaire ont voulu donner à leur nouveau-né le prénom qu’il s’était choisi ? Comme un hommage ?
Léon Trotski est généralement vu, en tant que Bolchévik, comme idéologiquement aux antipodes des successeurs de Pierre. Et pourtant, se dit Gérald Forbiden, une chose semble les rassembler, au moins, pour peu que l’on décide d’abandonner un instant ses œillères idéologiques pour croire les paroles de son adversaire : la volonté de rendre les êtres humains plus heureux, plus libres.
Gérald Forbiden pense à quelques Léon célèbres : Blum, né en 1872, un peu avant Trotski, qui s’est malencontreusement heurté au Mur de l’Argent des 200 Familles… Léon Bloy, le talentueux écrivain. Zitrone, le célèbre journaliste… Gérald Forbiden demande à la Vierge Marie de prier pour leurs âmes de damnés et d’intercéder auprès du Seigneur afin qu’il donne de bons prêtres et de bons papes à l’Église catholique. Celle-ci doit devenir un allié des syndicats et des partis ouvriers dans leur combat contre le capitalisme. C’est seulement ainsi que l’humanité sera sauvée. Le Retour du Christ pour le Jugement dernier pourrait bien correspondre au Grand Soir Communiste.
Il en appelle aussi à Thomas, son ange gardien, pour veiller sur lui dans ses activités de militant ouvrier d’atelier.
Qui sait, dans le prochain millénaire, quand ce sinistre Jean-Paul II, instrument du grand capital contre la patrie des travailleurs, sera rappelé à Dieu, aurons-nous un pape qui s’inscrira dans la voie de Léon XIII ?
Peut-être un Léon XIV pour proclamer la reprise du mouvement vers le progrès social et la concorde universelle ?
C’est tout ce que souhaite Gérald Forbiden, au moment de quitter le lieu de culte. Il se rend à la sortie d’un métro afin de distribuer, en compagnie d’autres Trotskistes croyants et pratiquants comme lui, quelques circulaires appelant à voter Arlette Laguiller pour l’élection présidentielle de 1995.
/https%3A%2F%2Fm.media-amazon.com%2Fimages%2FI%2F41IZ23kl8AL._BO30%2C255%2C255%2C255_UF900%2C850_SR1910%2C1000%2C0%2CC_QL100_.jpg)
Parution de mon nouveau roman : La Ligue à Léon - Tout et le reste
Election présidentielle du 21 avril 2002. Séisme politique : le candidat dit d'extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, accède au second tour, enrayant l'alternance droite-gauche réputée inévitabl...
https://impressons.over-blog.com/2025/05/parution-de-mon-nouveau-roman-la-ligue-a-leon.html
/image%2F0673712%2FobpichzbtZ8.jpeg)