Où va-t-on ?
Le peuple, saigné par l'inflation et les prix du carburant, va-t-il enfin intervenir dans l'arène politique pour défendre ses intérêts foulés au pied par la grande bourgeoisie et ses suppôts politiques ?
Ce serait à tout le moins nécessaire, pour ne pas continuer de s'enfoncer dans le paupérisme.
Une intervention de type Gilets Jaunes, mais beaucoup plus massive et beaucoup plus consciente politiquement, est préconisée.
Le gouvernement actuel est plus dur pour son peuple que ceux d'autres pays. C'est véritablement un régime de combat au service du Talon de Fer du Grand Capital, défendant des causes moralement ignobles comme l'impérialisme occidental en Europe de l'Est ou la colonisation génocidaire de la Palestine.
Les escrocs du Tarot
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Les Codes Secrets du Tarot: Volume 1 - Une Codification Inconnue
Révélations et Enseignements sur le Tarot de Marseille. Philippe Camoin, référence internationalement reconnue sur le Tarot de Marseille, après bien des années d'attente de tous ceux qui ont ...
https://www.amazon.fr/Codes-Secrets-Tarot-Codification-Enseignements/dp/999576900X
J'ai acheté ce livre en direct à son auteur il y a quelques années, via son site, dans les 50 euros environ.
Un très beau livre, très ésotérique, véritable œuvre d'art, certes.
Aujourd'hui il n'est plus réimprimé. Des escrocs essaient de le vendre près de 1000 euros. Consternant.
Un vrai problème :
Cela ne peut manquer d'inquiéter tout père de famille...
A lire à ce lien :
Un dimanche allemand.
Cet article est reposté depuis 26-09..
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Le choc fut violent à l’issue de l’élection en Saxe-Anhalt. En Allemagne d’abord, mais l’autre élément "du couple " ne fut pas moins bousculé. L’AfD quasi majoritaire toute seule : concert unanime des "analyses" : le fascisme est là. En France, les mêmes critiques qu’en Allemagne. Impasse faite sur l’esprit de revanche qui anime les dirigeants allemands : le chancelier, le min
http://bordeaux-moscou.over-blog.com/2026/09/un-dimanche-allemand.html
"L'appel de Kwangju", un film exceptionnel sur le Mouvement étudiant de Kwangju (1929-1930)
Cet article est reposté depuis Association d'amitié franco-coréenne.
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"L'appel de Kwangju", un film exceptionnel sur le Mouvement étudiant de Kwangju (1929-1930)
Le 19 septembre 2026, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'est réunie à Paris. Elle a organisé une projection suivie d'un débat autour du film nord-coréen L'Appel de Kwangju (en anglais, Kwangju calls out), produit par la société Shin Film dirigée par Shin Sang-ok puis distribué en 1985 par la Korfilm, avec à l'affiche Jong Kon-jo pour la réalisation et Joo Dong-in pour le
ES Saintes - Girondins : les notes des joueurs
Notes sur 10
G. Lecroart 6
D. Bertrand 7
D. Capblanne 6
D. Dja Daouadji (C) 6
D. Bosc 6
M. M'Boup 7
M. Lavergne 6
M. Kalyvas 7
M. Pottier 6
A. Abderrebi 7
A. Diragbou 6
- - - - -
A. Cebola 7
M. Ech Charrat (M'Boup) 6
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FC Girondins de Bordeaux - site officiel | Girondins.com
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ES Saintes - Girondins en Coupe de France : compte rendu
Dimanche 20 septembre 2026 à 15 heures à Saintes en Charente Maritime, stade Yvon-Chevalier.
C'est le premier match officiel de la saison pour les Girondins 🟦⬜. C'est le troisième tour de la Coupe de France. Bordeaux a été exclu des compétitions nationales. Pourtant l'équipe est présente. Jamais les Girondins ne sont si tôt entrés en lice dans cette compétition. Le club a été professionnel sans interruption de 1937 à 2024.
L'équipe est celle prévue pour le championnat Régional 1. Elle est entraînée par Laurent Vergès.
On ne sait pas encore dans quelle division va jouer le club au scapulaire cette saison. Sixième échelon national ? Plus bas ?
L'équipe du FCGB est composée d'étudiants et de quelques actifs. On est loin du professionnalisme. La composition est affichée ci-dessus.
L'ES Saintes joue en départemental 2 . Évidemment ce sont des joueurs amateurs. Beaucoup de joueurs professionnels, comme les frères Brisson et Bruno Steck ont notamment joué dans ce club. Dominique Rocheteau, l'Ange Vert, est originaire de Saintes.
Le match a lieu à huis clos. La préfecture craint des débordements à cause des conflits entre supporters bordelais.
Des supporters girondins chantent depuis le pourtour du stade. Une banderole 'Le FCGB doit vivre' est attachée autour du stade. Le match commence avec du retard, pour protester contre les conséquences du huis clos pour le club recevant, privé de recettes et d'une belle fête pour ses bénévoles, joueurs et supporters. Les supporters FCGB sont également punis à cause des choix de la préfecture.
La pelouse est de bonne qualité.
Au début du match, après un coup d'envoi en mode rugby loin dans le camp marine et blanc, Saintes tente de mettre la pression aux Girondins, dont l'équipe est assez jeune. Les Bordelais résistent et le pressing se relâche au bout de quelques minutes.
Bordeaux prend alors possession du jeu puis parvient à marquer au bout de 16 minutes par Kalyvas d'une belle frappe enroulée.
Les joueurs de Charente Maritime courent après le ballon.
M'Boup marque d'une frappe de loin suite à un corner à la 31e minute.
Seul devant le but vide, Abderrabi frappe sur la barre transversale à la 38e minute.
Les Saintais souffrent physiquement.
Au retour des vestiaires, à la 48e, Bordeaux aggrave l'écart. Sur un centre venu de la gauche, Cebola, entré en jeu à la mi-temps en lieu et place de Diragbou, marque seul à deux mètres du but.
Coup franc devant la surface de réparation saintaise à la 69e minutes : Tom Pottier tire au-dessus.
Nouveau coup franc très bien placé légèrement sur la gauche de la surface locale à la 71e minute. La frappe d'Abderrebi prenant la direction du coin bas gauche des cages est bien détournée en corner par le gardien.
A la 86e minute, suite à un coup franc sur la gauche des buts des Locaux, un Girondin frappe dans le petit filet.
A la 86e toujours, Abderrebi dribble plusieurs joueurs dans la surface de réparation puis est irrégulièrement mis au sol et obtient un pénalty, qu'il transforme lui-même. 4-0.
A la 88e, un local tacle durement notre joueur n°10, Tom Pottier, sur le côté droit, au milieu du terrain. Sans conséquences.
Qualification. Le staff et les joueurs ont le sourire, et les Saintais n'ont pas l'air si déçu que cela non plus ! L'écart, surtout physique, était trop grand.
Les joueurs vont saluer les supporters dans le coin du stade.
Au prochain tour, les Girondins recevront, si tout va bien, un ancien adversaire en quatrième division, l'AS Angoulême Charente, désormais supérieur à eux. Ainsi vont les Girondins, passés au rouleau compresseur du capitalisme pourrissant !
Allez Bordeaux 🟦 ⬜ ⚽
Tes supporters sont là !
💙🤍
Zoom football féminin
L'équipe féminine jouait en troisième division au Puy-en-Velay. Elle a gagné son premier match à domicile la semaine dernière.
Hélas hier les féminines se sont inclinées 3-2.
FCGB Féminines on X (formerly Twitter): "𝐸𝑛𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒 🫂#AllezBordeaux pic.twitter.com/R6jzyrN9il / X"
𝐸𝑛𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒 🫂#AllezBordeaux pic.twitter.com/R6jzyrN9il
La Coupe du Monde des Révolutionnaires (2)
Saint-Pierre établit la liste suivante pour les 32 capitaines :
Et Adolf Hitler pour les Fascistes.
A suivre...
La Ligue à Léon : épisode 13
Chapitre 11 :
Distribution houleuse devant Ford
« Mais vous ne vous entendrez jamais ! C’est cousu de fil blanc ! Vous êtes trop différents », susurre Lisbeth Marty à l’oreille de François Pagès. Ils sont allongés l’un à côté de l’autre dans leur lit, dans leur chambre de leur appartement du centre-ville de Bordeaux. Il est 4 h 30 du matin.
« Il faut leur donner une chance, mais ils connaissent nos limites », répond François Pagès, scrutant sa bien aimée de son regard strabique.
Née dans une famille communiste, Lisbeth est devenue tout naturellement sympathisante du PCF. La famille est depuis toujours le principal filon de recrutement des nouveaux adhérents du parti.
Le 21 avril a jeté un froid entre eux. Mais l’amour a triomphé. Ils ne jugeront pas les idées politiques de l’autre. Ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les sépare.
« Ma chérie, j’aime être avec toi, mais si tu pouvais dire à tes camarades qu’ils se calment.
– Je suis aussi choquée que toi, je ne suis pas d’accord avec ces méthodes d’un autre âge, mon chou.
– Malheureusement, je crains que ce ne soit que le début. La LCR a fait fort avec cette décision. L’extrême gauche semble renforcée, mais cela redouble la violence de nos adversaires.
– Le fait que le Parti des travailleurs soit sur la même ligne, c’est une bonne chose. On a vu que SUD, FO et certains syndicats de la CGT ont rejeté l’appel au barrage anti FN. Ils ne l’auraient pas fait si la Ligue ne vous avait pas tendu la main.
– J’ai l’impression que tu serais presque d’accord avec moi alors ?
– Non chéri, je reste persuadé que la situation est toujours meilleure avec un PCF et une gauche forts pour améliorer le sort des classes laborieuses. Et le FN n’est pas si éloigné que cela du fascisme, malgré vos dénégations… C’est un poison mortel pour la conscience de classe et les organisations populaires.
– On en a déjà parlé mille fois… Le fascisme est un mouvement social et politique situé dans un contexte bien précis. Celui où la domination bourgeoise sur le monde était remise en cause par l’existence de l’URSS et d’un fort courant révolutionnaire, le tout aggravé par une crise économique d’ampleur, consécutive au Jeudi Noir d’Octobre 1929, lui-même lié à la crise de surproduction classique du capitalisme dans sa phase impérialiste. Rien de tel ne menace le grand capital, hélas, et ce depuis au moins 1940… Bon, je dois me lever pour aller distribuer le bulletin d’entreprise de l’usine Ford. Je vais faire le café.
François Pagès embrasse sa fiancée et se dirige vers la cuisine. « Tu sais, hier à la réunion du Mouvement Jeunes communistes, au siège du PCF, il y avait 150 personnes. La salle était trop petite. On n’avait pas vu cela depuis… Je ne sais pas quand. L’arrivée du FN au second tour a été un électrochoc.
– C’est vrai, encore faut-il en tirer les bonnes leçons, Lisbeth Marty.
– C’est un processus… Les gens comprennent petit à petit. Je n’ai pas non plus été satisfaite du bilan de la Gauche Plurielle. Mais cela a empêché la droite de remettre en cause les retraites, les services publics…
– Toute chose qu’elle va à présent s’empresser de réaliser. La destruction des conquis sera encore plus rapide et brutale, car la gauche a désarmé et désespéré le peuple, en lui enseignant qu’on ne pouvait rien faire, qu’il n’y avait qu’une politique possible, celle de la bourgeoisie. Chirac va être élu avec 90 % des suffrages. Il aura une assemblée aux ordres. Ils vont pouvoir attaquer tous azimuts les classes laborieuses. Destruction des services publics, fermeture de services hospitaliers, de services fiscaux, d’écoles, au nom de la mutualisation et des économies d’échelles, remise en cause des droits au chômage, à la retraite, déremboursement des médicaments… Et le patronat pourra licencier et précariser tranquillement, pour faire toujours davantage de profits. Tu verras que, dans les années à venir, les fortunes des milliardaires vont monter à des niveaux jamais vus.
– Tu es inarrêtable, François. C’est ce qui fait ton charme. Je rends les armes. »
Tout en récitant son catéchisme trotskiste, François Pagès fait chauffer le café. Puis il petit-déjeune et se prépare à toute vitesse. Il sort de chez lui, monte dans sa Peugeot 205 rouge 3 portes, équipée de la direction assistée, et file vers l’usine.
Avec Dominique Trévisan, alias Kléber, un autre militant, instituteur à Eysines, ils diffusent le bulletin d’entreprise, comme tous les quinze jours. Celui-ci est composé de l’éditorial de l’hebdomadaire national au recto, et de brèves sur la situation dans l’entreprise au verso. Il est rédigé par François Pagès, alias Tumpa, avec la collaboration active de la dizaine de militants à l’intérieur du site, lequel regroupe quelque 4 000 salariés.
LO compte autour de 500 bulletins de ce type distribués tous les 15 jours, dans toute la France.
A seulement 28 ans, François Pagès, manipulateur radio de profession, a réussi à recruter des sympathisants actifs dans Ford. Au grand dam de Philippe Plain, leur ancien camarade, qui a quitté LO avec l’exclusion de VDT et rejoint la LCR il y a quelques années. Pour ce second tour au moins, ils sont d’accord : pas une voix ne doit aller à Le Pen. Mais aucune non plus à Chirac.
Le talent militant de François Pagès a été récompensé. Après quelques années à être sympathisant, simplement associé aux activités, mais sans pouvoir participer aux réunions de cellule, ni voter aux congrès, après avoir lu avec passion les dizaines de livres, romans, théorie, journaux que lui ont proposées les camarades… il est devenu membre de LO à part entière.
Avec François Pagès, deux anciens amis de lycée pro, désormais ouvriers à Ford, ont intégré l’organisation LO après qu’il les a convaincus. Ils ont ainsi le droit de vote au congrès, un privilège qui n’est pas donné à tout le monde, loin de là.
Un véritable exploit dans cette fin du XXIe siècle marquée par l’effondrement du « communisme réel », du militantisme ouvrier et avec lui de la conception marxiste du parti.
Attirer des jeunes vers LO : un miracle. Ce bâton de maréchal a valu à François Pagès d’être coopté au comité central de LO lors du dernier congrès qui s’est tenu, comme chaque année, début décembre.
Ce matin, la diffusion du bulletin est plus délicate. Beaucoup d’ouvriers, notamment les Maghrébins, ne comprennent pas la position de la LCR et de LO. Ils ont vraiment peur que le FN passe et les chasse de France. Un nombre assez élevé ne prend pas le tract ou le rend.
« Vous n’êtes pas avec nous », dit l’un.
« Je suis d’origine maghrébine, explique un salarié à Kléber, une casquette New York Rangers vissée sur la tête. Qu’est-ce que nous allons devenir si Le Pen passe ? Nous allons devoir retourner dans le pays de nos grands-parents ? Je ne le connais même pas.
– C’est techniquement impossible et ce serait même un risque de guerre civile que de projeter de renvoyer des millions de gens, répond mollement Kléber. Le FN ne gagnera pas les élections, mais même si c’était le cas, il ne pourrait pas le faire.
– Les Harkis et les Pieds Noirs ont bien été chassés eux en 1962, alors qu’ils étaient en Algérie depuis bien plus longtemps que nous sommes en France, réagit l’ouvrier à la casquette de base-ball. Si les Algériens ont réussi, pourquoi les Français ne le pourraient-ils pas ?
– Je ne vois pas les Français agir ainsi. Avec quelles forces armées mettre cela en place ? L’armée est devenue professionnelle, elle ne compte que quelques dizaines de milliers d’hommes, qui sont spécialisés dans les opérations extérieures », conclut Kléber. L’ouvrier le salue et entre dans l’usine.
Mais une bonne partie des travailleurs approuve la position de l’extrême gauche.
« Je vous soutiens, explique Parfait Kassongo, un jeune en contrat d’apprentissage, d’origine congolaise, très musclé, qui porte une discrète croix en or autour du cou. Il faut dire stop à cette mascarade.
– Oui, mais l’objectif est de construire cette force politique de défense des travailleurs, ce que ne fait plus la gauche », ajoute François Pagès, qui espère faire participer Parfait à la rédaction du bulletin.
Les discussions portent aussi sur les conditions de travail : hier, un ouvrier a eu la main écrasée, dans un atelier. Cela a donné lieu à un débrayage. En urgence, il a fallu ajouter une brève sur le sujet, dans le bulletin.
Deux voitures se garent au niveau du parking. Sept gars en descendent. François Pagès les scrute de ses yeux rapprochés. Ce sont des militants du PCF, dont certains qu’il ne connaît pas.
D’habitude, ils se disent bonjour poliment, mais le ton a changé.
« Eh, le bigleux ! Alors, vous venez faire votre propagande hitlérotrotskiste ? Barrez-vous de là ! »
Des costauds entourent Tumpa et Kléber, empêchant toute distribution des imprimés.
Mais la résistance s’organise vite, autour de Parfait, qui ne se laisse pas impressionner : « Arrêtez de faire vos malins, vous vous prenez pour qui ? »
Une dizaine d’ouvriers arrivent au même moment devant le portique et demandent à rentrer.
« Poussez-vous », dit l’un, en prenant un bulletin de la main-même de Kléber. D’autres l’imitent, saluant les Trotskistes d’un sourire ou d’une tape sur l’épaule.
Le passage à tabac n’est plus à l’ordre du jour. Le rapport de force est loin d’y être favorable. Le PCF et la CGT ont perdu de leur superbe, après quelques années à soutenir les Gouvernements socialistes.
« C’était une simple discussion, les amis ! », conclut Serge Perez, le secrétaire de la CGT, en s’éloignant avec les autres membres du PCF.
Mais il susurre à l’oreille de François Pagès : « Le bigleux, ne traînez pas ici, on sait qui vous êtes, on a les listes… »
Pas de doute, les semaines qui arrivent s’annoncent animées… Le ton a changé. Est-ce comme l’époque dont parlent avec émotion les vieux du parti, pendant les prétendues Trente Glorieuses, quand être Trotskiste pouvait te valoir de très sérieux problèmes ?
Mais la réaction des ouvriers a de quoi réchauffer le cœur de François Pagès.
« Le capitalisme est historiquement condamné, murmure-t-il à Parfait. Le stalinisme n’empêchera pas la révolution mondiale… »
L’ouvrier lui fait un clin d’œil et un geste de la main, puis rentre dans l’usine.
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La Ligue à Léon : épisode 12
Chapitre 10 :
Scène de ménage
20 h 30, dans un petit appartement d’un quartier du nord-est de Paris. Le chef de LO Robert Brassa est assis dans le canapé de son salon. Sa femme, Muriel, couturière de profession, est assise dans un fauteuil, à côté d’un guéridon sur lequel est posée une lampe. Elle a dans les mains le premier tome du roman de Robert Musil, L’Homme sans qualités.
Robert est concentré sur les différents reportages du journal télévisé de TF1. Muriel, avec laquelle il vit depuis près de 50 ans, regarde cela distraitement.
Robert Brassa écoute les commentaires des journalistes et des experts invités. En plein entre-deux-tours, c’est d’abord Philippe Seguin qui vient défendre Jacques Chirac. Puis nous avons Bruno Mégret qui promeut la candidature de Jean-Marie Le Pen.
Muriel espère enfin pouvoir passer une soirée avec son mari, à regarder un quelconque film sur une des six chaînes de la télévision, ou à visionner à nouveau Un Tramway nommé désir, avec Marlon Brando, un de leurs films favoris. Le parti est entre de bonnes mains, Robert Brassa peut un peu souffler.
Mais avant que ne commence la météo présentée par Sébastien Folin, né le 26 avril 1970 à Antananarivo (Madagascar), Muriel voit son mari se lever péniblement de son canapé. Claudiquant, il se dirige vers le buffet situé à l’autre bout de la pièce. Puis, il contourne la table et attrape son sac dans lequel sont rangés ses affaires du parti et son portefeuille.
« Tu sors, Robert ? », demande Muriel, d’une voix où percent une légère inquiétude ainsi qu’une franche déception.
« Oui, j’ai une réunion au parti. Frank va passer me prendre dans cinq minutes. Je vais me laver les dents », annonce le Chef. Il est déjà en train de se rendre à la salle de bains, empruntant, pour ce faire, le petit couloir mal éclairé au mur duquel sont suspendues des affiches des différentes fêtes de Lutte Ouvrière.
« Robert, reste avec moi, ce soir, chéri, passons un moment ensemble. Qui sait ce que nous réserve l’avenir. Profitons du moment présent. »
Une remarque inattendue de la part de sa femme d’habitude si discrète. Robert Brassa se tourne vers elle.
« Que dis-tu, chérie ? Tu sais bien que je suis obligé d’aller à ces réunions. Je préférerais rester tranquillement ici, mais nous sommes dans une situation compliquée. Les camarades se font attaquer dans la rue, les gens deviennent comme fous. On se croirait revenus à l’époque de la Libération, quand on a tondu les femmes ayant couché avec des Allemands et fusillé les Collabos.
– Justement Robert, tu n’en as pas assez ? Tu n’as pas depuis si longtemps joué à ce jeu de la politique pour avoir compris ce que cela valait vraiment ? »
Muriel a toujours eu des sentiments anarchistes, antiélectoralistes. Elle a autrefois milité à la CNT avec les réfugiés espagnols. Cela fait longtemps qu’ils ne se disputent plus pour des questions politiques.
– C’est la fin de mon parcours politique. Il ne me reste que quelques années, Muriel, c’est probable, mais je ne veux pas abandonner mon poste. J’ai des responsabilités. Je suis le dirigeant du parti, un des derniers présents depuis sa fondation ou presque. Je suis le faible dépositaire d’une immense tradition révolutionnaire. Je n’ai pas le droit de démissionner.
– Et qu’est-ce que cela t’apportera de continuer ? Tu n’es pas fatigué ? Contre qui te bats-tu ? Pour quoi te bats-tu ? Chéri, reste ici avec moi, profite d’un moment avec ta femme, combien de temps cela sera-t-il encore possible ? Le temps passe si vite.
– Mais qu’y a-t-il, Muriel ? Pourquoi de tels propos ? Tu es dépressive ?
– Non, je suis heureuse, fière de la belle famille que nous avons bâtie, mais je pense que tu es comme un enfant qui n’a toujours pas compris le sens de la vie… Tu arrives dans tes dernières années, Robert, ne te voile pas la face. Laisse ce manichéisme derrière toi, les bons, les ouvriers, les exploités, les méchants, les capitalistes, les banquiers… Ne crois-tu pas qu’ils ont leur part de malheur aussi ? Ne crois-tu pas que l’argent ne peut tout acheter ? A quoi te sert-il de te battre pour un monde nouveau si tu rends malheureuse ta femme en la quittant chaque soir pour une maîtresse insatiable ? Est-ce que tu crois qu’on peut rendre le monde entier heureux malgré lui ? Et ce en oubliant ses devoirs familiaux ? Je sais que nous n’avons jamais porté l’institution de la famille dans notre cœur, mais paradoxalement, nous en avons fondé une, et une belle. Le seul combat utile à mener maintenant, c’est pour elle. Laisse tranquilles Le Pen, Chirac, Jospin, Seillière et j’en passe.
– Tu veux que je lâche prise, comme dirait un adepte du yoga. Il n’y a plus de lutte de classe, plus de conflits, plus d’exploitation, nous sommes tous frères, c’est cela Muriel ? C’est ainsi que vous raisonniez à la CNT ? Je ne crois pas.
– Eh là, mon ami, tu t’égares. Il y a bien longtemps que je n’ai plus mis les pieds à la CNT. Je suis apaisée. J’ai un toit, de quoi vivre, des enfants et des petits-enfants. Je ne demande rien d’autre que passer quelques moments agréables avec un mari qui est toujours un gamin, apparemment.
– Tu as renoncé à la lutte, c’est ton choix, pas moi.
– Renoncer à la lutte ? Quelle honte, Robert ! Il fallait bien que quelqu’un s’occupe des enfants, leur père étant parti chaque jour et chaque soirée. Et quand bien même j’y aurais renoncé ? En quoi serait-ce inférieur à ton attitude ? Es-tu si sûr de toi que tu crois sérieusement que ton intervention peut changer quoi que ce soit à la situation ?
– Si tout le monde pensait ainsi, tel Jacques le Fataliste, nous serions toujours sous la monarchie absolue. Il faut des combattants pour entraîner la masse.
– Tu es plein de certitudes. Je crois que c’est Vladimir Lénine, ou bien Léon Trotski, qui disait que personne n’a jamais déclenché une révolution, non ? Les grands événements historiques sont le produit d’une myriade de petits événements qui s’incorporent les uns aux autres et débouchent sur une transformation de la quantité en qualité. Tu devrais prendre exemple sur tes modèles. Personne n’est indispensable et personne, malgré les prétentions des Marxistes à prédire l’avenir, ne sait pourquoi ni comment se déclenche une révolution.
– Tu dis vrai. Donc je devrais abandonner la lutte et cultiver mon jardin, tel un vulgaire petit-bourgeois qui ne manque de rien ?
– Tu devrais t’occuper davantage de ta femme et moins de la révolution, ça oui. Et quand bien même cela te déplaît, oui, tu es un petit-bourgeois, avec des revenus et une situation plus que confortables. Comme la plupart de tes camarades d’ailleurs. Comment pouvez-vous croire qu’être ouvrier en 2002 en France a quoi que ce soit à voir avec la condition ouvrière de l’Angleterre, de la France ou de la Russie du XIXe siècle ? Il n’y a pas un livre, d’un certain Vladimir Lénine, qui annonce l’embourgeoisement de l’aristocratie ouvrière ? N’est-on pas en plein là-dedans, en France, à notre époque ? Vous jouez à la révolution, mais vous vous goinfrez après chaque réunion de Flunch, de McDo et de Nutella…
– Certains camarades, mais pas moi, Muriel. Je mène une vie austère.
– Oui, mais vous vous confortez les uns les autres dans votre aveuglement. Lisez un peu Guy Debord. La société du spectacle, ce ne sont pas que les partis du capital, c’est aussi certains révolutionnaires en chambre qui ne travaillent plus depuis des années et dont les salaires de syndicalistes sont payés par leur infâme patron. Il y en a aussi à LO, et de plus en plus, comme tu le regrettes toi-même.
– Muriel, je ne veux plus parler avec toi, j’ai l’impression que tu ne m’aimes plus. »
Robert Brassa prend son sac et quitte l’appartement en claquant la porte. S’il sent que ce que lui a dit sa femme est vrai, il n’a pas encore le courage d’affronter la chose et de se soumettre à ces dures vérités, car cela signifierait renoncer à une situation de pouvoir fort agréable, qu’il occupe depuis des décennies.
Autre problème : il se croit indispensable.
La Ligue à Léon : épisode 11
Chapitre 9 :
LO étonnée par la décision de la LCR
3 mai 2002, siège de LO, dans un immeuble anonyme de la région parisienne. Les membres du comité central sont réunis. Certains ont l’esprit ailleurs…
Charcuterie, viande rouge, volaille, pains blanc et complet, préparations à base de légumes divers, large choix de vin et d’apéritifs, gâteaux salés et sucrés… Ce splendide buffet a été commandé à l’habituel traiteur du parti. Il attend les camarades à la fin de la session, comme un cadeau après les formidables résultats obtenus par Arlette Laguiller.
Le chef, Robert Brassa, alias Harpie, qui a commencé à militer pendant la Seconde Guerre mondiale, synthétise les derniers événements : « Les manifestations se sont bien passées en général ».
Puis, comme s’il voulait se contredire, il ajoute, après un silence de quelques secondes : « Notre présence dans les cortèges a été possible, mais avec d’énormes difficultés. Certains de nos militants et ceux de la LCR ont été molestés par des jeunes des quartiers populaires, par des Cégétistes ou par des membres du PCF. Ce fut le cas à Paris, Bordeaux, Lyon et Grenoble et aussi dans quelques autres villes plus petites, comme Montluçon, je crois. Deux sont en urgence absolue. Dans ces secteurs, nous demandons aux copains de se mettre en retrait, en attendant que l’hystérie du front anti Le Pen soit passée. »
« Un des camarades restera probablement paraplégique », se désole François Pagès, nom de parti : Tumpa. C’est un jeune, grand et brun, affublé de strabisme, membre de la cellule de Bordeaux. Des bruits se font entendre dans la pièce jouxtant la grande salle de réunion : ce sont les employés du traiteur, aidés de quelques militants, qui mettent la dernière main au buffet. Un serveur au visage boutonneux renverse une pleine carafe de sangria.
« Le fait que la LCR s’aligne sur notre position a dû radicaliser la gauche réformiste. Ils vont redoubler de provocations et d’agressions. Nous devons dire à tous les camarades de faire plus attention, à partir de maintenant », ajoute Claire Perret, alias Flamme. Cette militante parisienne, eurodéputée avec Arlette Laguiller, est atteinte de nanisme.
« A signaler que la police n’est pas intervenue pour stopper l’agression des camarades, complète François Pagès. Ils ont laissé faire, comme s’ils cautionnaient. Ils se sont interposés au dernier moment, juste avant qu’il n’y ait un mort. »
« Et nous avons reçu le fameux courrier de la Ligue, auquel nous devons répondre », poursuit José Mangue, avec son accent réunionnais chantant.
Première femme de l’histoire à être candidate à une élection présidentielle, Arlette Laguiller donne son avis : « Je n’aurais jamais cru possible que la Ligue prenne une telle décision. C’est courageux de leur part, car leur milieu petit-bourgeois est consterné, comme il fallait s’y attendre. Nous devons accepter cette rencontre. La donne a changé. Je le répète, je n’aurais jamais cru la Ligue capable de prendre une telle décision. Ne pas appeler à voter Chirac, alors qu’ils ont toujours été les opposants acharnés à ce qu’ils appellent faussement « le fascisme »… Sont-ils finalement capables de résister à la pression de la petite-bourgeoisie de gauche ? Peut-être que cela aura aussi des répercussions sur leur façon d’envisager la politique… »
Les militants de LO sont beaucoup moins embêtés au quotidien, car ils vivent et militent essentiellement dans le milieu ouvrier, où on a beaucoup voté Le Pen.
Anthony Peyrolle, un brun costaud en chemisette orange, avec des lunettes carrées, réfute l’optimisme des chefs : « Ils ne changeront jamais… Cela ne sert à rien, du temps perdu. Ils nous referont les combines qu’ils ont déjà faites dans le passé. Le PCF a 150 000 adhérents, il a une large implantation. Nous fondre dans un parti unique avec la LCR ne changera rien au fait que nous n’avons pas la force, ni l’influence nécessaire pour modifier le cours des choses. Il faut y aller pas à pas. La révolution ne se provoque pas, mais elle se prépare et s’anticipe. On ne peut accélérer le cours de l’histoire. Les choses arrivent quand elles doivent arriver ! »
Robert Brassa se demande s’il n’y a pas une forme de sagesse orientale qui s’ignore dans cette conception, classique chez LO, d’un cosmos au fond incompréhensible et imprévisible, auquel il s’agit de s’adapter de la meilleure manière. Mais il ne connaît pas grand-chose à la sagesse orientale (sa seule source est ce qu’en dit à la radio Matthieu Ricard, le moine bouddhiste, fils de l’idéologue réactionnaire Jean-François Revel).
« Le parti communiste que nous appelons de nos vœux sera forgé par la montée de conscience et de combativité de la classe ouvrière, et non par des manœuvres d’état-major. Néanmoins, je pense que cela doit se tenter, réagit François Pagès. Par rapport à 1995, la situation est encore plus dégradée sur le plan du rapport de force politique. La dette a augmenté, les attaques contre les acquis sociaux n’ont pas cessé. Et demain quoi ? La retraite à 64 ans ? 42 ans de cotisation au lieu de 40 ? »
« La conscience socialiste sera introduite par l’extérieur dans la classe ouvrière, contrairement à la conscience de ses intérêts économiques et syndicaux, qui est spontanée, ajoute Robert Brassa. C’est ce qu’a expliqué Vladimir Lénine, dans Que Faire, que chacun ici a, je suis sûr, lu et relu[1]. Si cette main tendue de la Ligue peut faire avancer un tant soit peu la conscience socialiste des masses, il faut y aller. Evidemment, ni avant, ni après nous ne pourrons prétendre être un parti ouvrier, au sens noble et scientifique que nous donnons à cette expression. Cela ne viendra que lorsque la classe ouvrière aura été trempée dans des luttes révolutionnaires. »
Un homme âgé, petit et très mince, le crâne dégarni, Jean-Jacques Prévost, dit Boros, représentant de la Fraction L’Étincelle[2], avoue son pessimisme. « On peut toujours tenter l’expérience… Mais il faudra leur mettre des limites claires. Ils nous ont fait tellement de faux plans depuis 60 ans… J’avoue être totalement dubitatif. »
« Les limites, on les connaît, camarade. On sera vite fixés », conclut José Mangue, agacé par cette prise de parole.
« Christian Képi et quelques autres ont rejoint la tendance rouge et verte du PC, ajoute Arlette Laguiller. Environ 20 % des adhérents de la LCR seulement auraient rendu leur carte, ce qui a surpris agréablement Krivite. Moi-même, je suis étonnée. Finalement, la direction de la LCR a une certaine autorité sur ses troupes ! Ce n’est pas uniquement une girouette qui suit le vent et manœuvre entre les différents courants… »
« Ca, on s’en doutait, renchérit Claire Perret. Ils ont une longue histoire et une certaine cohérence, même si elle diverge de la nôtre. Nous verrons si leur décision a été prise dans l’ivresse du modeste succès d’Olivier, ou s’il s’agit d’un virage vers un marxisme sérieux et responsable devant l’Histoire. »
C’est l’heure d’aller déguster le splendide buffet. Les révolutionnaires s’octroient une petite pause bien méritée. On ne peut pas sauver le monde et l’humanité la panse vide.
Adieu, donc, faucille et marteau, place au couteau et à la fourchette.
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Rakovski, marxiste bulgare : sur le patriotisme
Le gouvernement chercha à saper le mouvement gréviste en s’attaquant à Rakovsky. Il tenta de le discréditer en l’accusant d’être Bulgare. Il répondit dans România Muncitoare du 10 avril 1905 qu’il ne reconnaissait « d’autre patrie que la patrie commune du prolétariat international ». Accusé de manque de patriotisme, il répliqua dans l’édition du 22 mai 1905 que si le patriotisme signifiait « préjugé de race, guerre internationale et civile, tyrannie politique et domination ploutocratique », il n’était en effet pas patriote.
1927 : massacre des jeunes Chinois pro Trotski au Xe anniversaire de la révolution d'octobre
Les efforts de Trotsky pour guider le Parti communiste chinois sur la voie révolutionnaire juste, durant les événements tragiques de 1925-1927, ont grandement préparé le terrain pour son œuvre ultérieure. Plusieurs milliers de jeunes communistes chinois s'étaient rendus à Moscou pour se former à l'Université communiste des travailleurs d'Orient. Nombre d'entre eux, influencés par le combat inlassable de Trotsky pour mener la révolution chinoise à la victoire, rejoignirent les rangs de l'Opposition de gauche. La plupart des autres étaient des adeptes silencieux du programme bolchevique de Trotsky.
Le 7 novembre 1927, dixième anniversaire de la Révolution d'Octobre, alors que Staline s'apprêtait à exiler Trotsky d'Union soviétique, les jeunes révolutionnaires chinois défilèrent sur la place Rouge de Moscou avec d'autres délégations communistes étrangères. Sur leurs banderoles étaient inscrits les slogans jugés appropriés par la clique stalinienne au pouvoir. Mais, en passant devant Staline, ils retournèrent les banderoles et dévoilèrent un slogan : « Vive Trotsky ! » Il ne s'agissait pas seulement d'un hommage personnel au plus grand compagnon d'armes de Lénine, mais d'une déclaration de solidarité avec ses idées.
Les porte-drapeaux furent arrêtés puis assassinés par le régime contre-révolutionnaire de Staline. Quelques révolutionnaires chinois – très peu – présents à Moscou à cette époque échappèrent à la purge sanglante et parvinrent à regagner la Chine pour former le noyau de l'Opposition de gauche, qui devint plus tard la section chinoise de la Quatrième Internationale.
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Guide révolutionnaire des peuples coloniaux
L'élaboration d'un programme et d'une stratégie marxistes pour la révolution coloniale est propre à notre époque - l'époque des guerres et des révolutions menant au renversement du capitalis...
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Li Fu-jen (Frank Glass)
La Ligue à Léon : épisode 10
Chapitre 8 :
Discussions dans la rue
Rue Sainte-Catherine, au passage piéton qui traverse le cour Victor-Hugo, jeudi 2 mai 2002, 10 heures.
Jérémy Martin est rasé parfaitement. Aucun poil ne dépasse.
Les badauds déambulent dans la principale rue commerçante de Bordeaux (putative, de l’avis des locaux, plus longue rue commerçante d’Europe). Il y a beaucoup d’étudiants et de lycéens. Quelques Punks font la manche, assez agressifs, devant un supermarché. Les Clochards sont considérés comme des dieux en Inde, mais pas en France. Ce manque de considération, et aussi le fait qu’ils ont encore passé une nuit pénible, contribuent à leur mauvaise humeur. Leurs chiens essaient de dormir, malgré le bruit.
Pas loin d’eux, Jérémy Martin et trois de ses camarades distribuent des tracts du PCF appelant à voter pour Chirac, pour faire barrage à l’extrême droite.
La plupart des gens reçoivent poliment les papiers, peu les regardent. « Et encore moins doivent le lire », pense Jérémy Martin, qui essaie de discuter avec les passants. Peu réagissent à ses interpellations. Les dieux ont pris quelques tracts des mains de Jérémy pour les distribuer à des clients quittant le supermarché.
« Qu’est-ce que vous pensez de la situation politique ? », demande Jérémy Martin à une femme d’une vingtaine d’années, vêtue d’une mini-jupe accordéon marron et d’une chemise blanche. « Je n’ai pas le temps, désolée », réagit la maigre demoiselle en souriant sans s’arrêter.
Les vents ne le découragent pas.
« Un tract du PCF ! Il faut construire une alternative au capitalisme ! Tenez ! », dit Jérémy Martin à un quadragénaire en chemise blanche et pantalon noir, qui porte des lunettes de soleil.
« Ah pas de cela merci ! réagit l’homme avec virulence. Il s’arrête. Votre parti a du sang sur les mains. Cent millions de morts du communisme. Et il reste encore des gens au PCF après les 3 % de Robert Hue ! Vous allez finir par vous réunir dans une cabine téléphonique. Bien fait !
– Eh oui ! L’idéal communiste n’est pas mort, c’est le stalinisme qu’il faut critiquer, répond Jérémy Martin, assez peu déstabilisé par les remarques de l’homme, qui sont d’un genre auquel il a déjà répondu des centaines de fois.
– C’est beau en théorie, mais impossible à mettre en place en pratique, votre communisme, poursuit le passant, qui tient dans sa main droite la poignée d’une mallette en cuir noir. En attendant, le communisme a du sang sur les mains, jeune homme, c’est terminé à présent. Tout le monde s’est rendu compte de ce qu’il y avait derrière la vitrine des idéaux.
– C’est la seule solution face au capitalisme. Le communisme n’est pas une utopie, mais une nécessité. Le capitalisme ne fonctionne que par des crises qui font à chaque fois de nombreuses victimes, continue Jérémy Martin. 1914, 1929, 1939, 1973, 1997… A chaque fois c’est le peuple qui trinque. Cela suffit.
– Ah ah, vous me faites rire, à réciter votre leçon. Je vous laisse, mais heureusement que le communisme est définitivement mort. Les Allemands de l’Est et les Hongrois fuyaient en masse votre belle réussite.
– Prenez au moins un tract, pour le lire…
– Certainement pas, je ne prendrai pas un tel torchon », dit l’homme avant de s’en aller.
Plein de l’enthousiasme du militant, Jérémy Martin n’est pas du tout touché par les propos du passant qui s’éloigne, sa mallette fermement tenue dans sa poignée. Ils sont très nombreux à penser de même, se dit-il tout en se grattant la joue gauche et en vérifiant de son autre main si aucun poil ne dépasse de ses narines.
Avec Le Livre noir du communisme écrit par Stéphane Courtois et d’autres historiens, avec la fin de l’URSS, ce genre d’idées a le vent en poupe.
Jérémy Martin préfère voir le bon côté : il a des discussions très positives avec la plupart des gens qui prennent la peine de s’arrêter pour écouter son argumentaire. Tous ou presque sont d’accord sur le constat : inégalités en hausse, exploitations des peuples du monde, guerre et famine qui se succèdent. Jérémy Martin se sent fier de proposer une solution à tous ces maux. C’est la seule carrière qui vaille la peine d’être menée, selon lui. A de tels moments, il n’a plus aucun doute sur ce qui donne un sens à la vie.
« Vive le communisme ! Votez Robert Hue ! », crie en s’esclaffant un Punk, une cannette de bière à la main. Puis il est bousculé par un cycliste et tombe.
Jérémy Martin n’a pas encore conscience qu’il n’est pas libre. Toute sa vie le destine à penser ainsi à ce moment, tout comme la vie du quadragénaire à la mallette de cuir l’a destiné à penser comme Stéphane Courtois. Et si aussi peu de gens militent, et si aussi peu de gens votent PCF ou LO, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas compris tel ou tel élément de la réalité ou de la théorie, ce n’est pas parce que les militants n’ont pas assez bien milité.
Jérémy Martin croit encore à la volition, au libre arbitre, il ne pense pas que tout est écrit par Dieu, par le destin, par les lois de la nature, de toute éternité. Bien qu’il soit athée, il a inscrit en lui, comme chaque Français ayant grandi dans cette terre chrétienne, l’idée que l’homme peut choisir, et qu’il peut décider de faire le bien, et ainsi de changer le cours des événements dans le bon sens. Il n’a pas encore vécu de grandes souffrances existentielles, celles de nature à faire évoluer la philosophie de chacun, à donner un point de vue déterministe et fataliste.
Et ainsi Jérémy Martin remplit son rôle de Communiste avec une grande joie. C’est une libération si plaisante, après des années moroses de collégien et de lycéen au cours desquelles il a erré dans le manque de confiance en soi, la peur d’échouer sur le plan scolaire et l’absence de toute histoire d’amour avec une quelconque jeune fille. Il milite en voyant les petites avancées, les étudiants convaincus, les discussions où il apprend aux gens un aspect du fonctionnement du système économique, les adhésions de jeunes rencontrés en manifestation ou à l’université. Et tous ces petits ruisseaux alimentent la grande rivière de la révolution, et ainsi tous ces actes ont un sens, une logique. Et la vie n’est pas absurde, ce qui est rassurant.
Attention, tout de même, à ne pas faire adhérer trois fois la même personne à la JC, par trois militants différents. Lors des Fêtes du Parti, chacun connaît les différents types d’adhésion : ACA, ACI et ACS (adhésions à caractère alcoolique, idéologique ou sexuel).
A ce moment-là, Jérémy Martin a totalement oublié les vertiges du désespoir adolescent. Pas question de se souvenir que le militant joue un rôle dans le théâtre social, comme le ministre, le militaire de carrière ou le fasciste. Au contraire, il nie cet aspect des choses. Il pense toujours de manière dualiste : il est du côté du bien, la vérité existe et il suffit de l’embrasser pour mener une vie parfaite.
Les Punks essaient de convaincre trois policiers municipaux de voter Robert Hue. « Le second tour est passé, monsieur », réagit mollement le fonctionnaire qui a plutôt en tête de les verbaliser pour occupation illégale du domaine public. Les dieux sont décidément passés de mode à l’extrême ouest de l’Eurasie...
La Ligue à Léon : épisode 9
Chapitre 7 :
Un communiste qui doute
Etonnant la façon dont on découvre que le temps passe. Pour Jérémy Martin, cela a été d’une manière grotesque et banale.
Des poils poussaient dans ses narines et sortaient du nez. Quelques-uns se développaient aussi sur les contours de ses oreilles. Il avait pris conscience qu’il devrait les couper et les recouper sans cesse sa vie durant, sans autre solution (la chirurgie n’était ni dans ses désirs, ni dans ses moyens). Combien de fois les couperait-il avant de trépasser ? Au rythme de quatre à cinq fois par an, environ 300 fois s’il vivait jusqu’à 80 ans.
Jérémy Martin a eu ses premières terreurs de la mort à 10 ans, quand le divorce de ses parents, puis le remariage de sa mère avec une brute avinée, lui ont dévoilé quelque recoin sombre de la condition humaine.
Élevé dans un milieu athée, où Dieu n’était présent qu’à titre d’hypothèse laplacienne, comme une sorte d’énormité intellectuelle un peu honteuse, et à titre de souvenir d’une époque d’oppression féodale révolue, Jérémy Martin conçut la vie comme nombre de ses contemporains dans cet étrange pays qu’est la France, fille aînée de l’Église devenue femme (putains diront d’autres) dévouée de l’anticléricalisme en général, et de l’antichristianisme en particulier.
Jérémy Martin et sa vie étaient simplement un moment de vibrations intenses, un temps de mouvement permanent, rendus possibles par la rencontre totalement hasardeuse entre un spermatozoïde et un ovule. Puis ce serait un plongeon éternel dans rien. Il fallait rendre ce passage minuscule et insignifiant aussi jouissif et heureux que possible. Peut-être 70 ou 80 ans misérables entre deux morceaux de néant incommensurables.
La retraite était vue, après une vie de purgatoire, voire d’enfer pour les plus malchanceux, comme un bref passage au paradis, avec ses voyages touristiques, ses bons moments passés avec ses petits-enfants à leur préparer des gâteaux et ses activités associatives et sportives variées ne laissant le temps de rien.
Sa rencontre avec les Communistes et sa passion de la lecture lui donnèrent vite les fondations théoriques et philosophiques de cette conception du monde. Elle s’oppose à la vision religieuse, bourgeoise, réactionnaire, nuisible en un mot, d’un monde créé par Dieu (ou par le subtil, l’invisible, l’idée, la chose qui est indicible). Les ouvrages du Baron d’Holbach, de Karl Marx, de Friedrich Engels, de Ludwig Feuerbach, de Karl Kautsky, de Georges Plekhanov peuplèrent tour à tour sa table de nuit et emplirent son esprit vivace d’une solide vision matérialiste.
En face, tout cet idéalisme méprisable était une idéologie au service du maintien de la domination de classe de la société.
Jérémy Martin portait en lui une contradiction, comme nous tous, créatures finies et limitées. Il abhorrait, en bon marxiste, le dualisme chez les croyants, ne gardant des Cathares que leur légitime résistance occitane à l’oppression française. Mais, en même temps, il se vautrait dedans, quand il prenait parti, dans l’illusoire dichotomie Matière/Idée, du côté de la première. Il avait foi en la Raison, il croyait en elle.
A quoi servait-il d’avoir peur de la mort, se rassurait-il en suivant l’exemple du philosophe antique ? Quand la vie est là, la mort est absente. Quand la mort est là, il n’y a plus rien. C’était simple : l’infiniment grand Univers et l’immense ignorance humaine de presque toute chose avaient créé ce concept de Dieu dans lequel l’Homme mettait tout ce qu’il ne comprenait pas.
Jérémy Martin était néanmoins un militant communiste aussi dévoué et convaincu qu’étrange, car il philosophait beaucoup, ou plutôt doutait beaucoup. La faute à ces angoisses viscérales qui le tenaient depuis toujours. Elles s’étaient faites le moteur d’une réflexion permanente finalement utilisée comme le moyen d’échapper à ces boules aux ventres dévastatrices.
Sans succès hélas, mais, vivant dans un milieu sans spiritualité ni culte, quel autre moyen que la Raison, élevée au rang de divinité depuis Descartes, aurait pu mobiliser ce pauvre enfant de la classe à peine moyenne déclassée d’une France déclinant en cette fin de XXe siècle ?
Jérémy Martin avait rapidement conclu que l’idéal communiste d’une société sans classe ne pouvait suffire à rassasier l’âme à la recherche d’une vérité ultime et sublime, puisque, même vivant dans un paradis terrestre socialiste sans injustices ni exploitation, ni guerre d’aucune sorte, les humains, aussi bien individuellement qu’en tant qu’espèce, n’en arriveraient pas moins à la mort et donc à l’arrêt de toute chose. Mao Zedong lui-même le rappelle dans son Petit Livre rouge.
Cette terreur sans solution serait la matrice de tous les dictateurs et ploutocrates. Ils cherchent dans le pouvoir, l’oppression ou l’accaparement matériel le moyen de conjurer un temps cet effroi devant l’anéantissement certain de l’âme et du corps au bout de 80 ans environ, 100 ans au mieux.
Au fil du temps, cette contradiction grandirait dans son subconscient et finirait par faire naître une nouvelle recherche d’un au-delà de la forme, d’une origine de la matière, donc de la volonté de dépasser la dichotomie matérialisme/idéalisme pour établir conceptuellement son origine.
Mais cela ne viendrait pas avant de nombreuses épreuves, des désillusions, quelques burn-out, dépressions et idées suicidaires dont sont tant friands, hélas pour eux, les esprits sensibles. Lesquels sont si nombreux dans les sphères petites bourgeoises occidentales, employées dans le tertiaire notamment, à notre époque de confort matériel jamais vu dans l’histoire connue.
En attendant, Jérémy Martin était donc un Communiste convaincu. Sa jeunesse et « tout l’avenir devant lui » servaient d’arguments ontologiques principaux, si on peut parler d’argument, pour pourfendre l’idéalisme et le platonisme tant moqué dans son milieu social, y compris par les enseignants de philosophie.
La Ligue à Léon : épisode 8
Chapitre 6 :
La fête de Jeanne d’Arc
« Vive Jeanne d’Arc ! La France est de retour ! », crie Serge Chevillard, le patriarche des skinheads de Paris, toujours bon pied, bon œil. Il agite un petit drapeau tricolore.
Premier mai 2002 : la Fête de Jeanne d’Arc réunit des milliers de personnes, à Paris. Des centaines de drapeaux français s’agitent dans le public. Les costauds du DPS (Département protection sécurité), service d’ordre du Front national, sont sur le pied de guerre.
Continuant sa campagne fabuleuse, Jean-Marie Le Pen prend la parole. Le Breton a conscience d’avoir été sciemment mis en avant dans les années 1980 par Mitterrand pour affaiblir la droite. Celle-ci, gaulliste ou giscardienne a décidé de ne jamais s’allier avec le FN, malgré les velléités de certains de ses membres, comme Charles Millon, qui l’a payé cher.
Aujourd’hui, Le Pen se réjouit de constater que le peuple, du moins une partie, prend conscience des dangers qui le menacent.
« Les similitudes entre l’époque de Jeanne d’Arc et la nôtre sont des plus troublantes. On y voit la trahison au sommet, la liquidation de la souveraineté, la souffrance du Peuple », s’enflamme-t-il à la tribune, devant des partisans encore étonnés de la situation dans laquelle ils se trouvent.
« Vous n’acceptez plus, nous n’acceptons plus que notre patrie, la France, se décompose, rongée par la lèpre de la pauvreté, du mensonge, de la corruption et du crime. Au moment où Mme Guigou, figure emblématique de l’Enarchie socialiste, rétablissait le travail de nuit des femmes, aboli il y a plus d’un siècle, on mégotait leurs indemnités aux ouvrières de Moulinex ! »
Les acclamations et les cris de joie s’élèvent sous les pieds du fils de marin.
« Vous les avez vus, ceux qui vous insultent. Depuis 10 jours, on vous les sert sur les écrans de télévision et au micro des radios. Ils sont tous coalisés, à l’exception des partis trotskistes, ce à quoi je ne m’attendais pas », avoue-t-il, clignant de l’œil.
« Mais je me doute qu’ils mijotent quelque chose. Je ne pense pas qu’Alain Krivite, Daniel Gluckstein ou que le patron de laboratoire pharmaceutique Robert Brassa sont devenus des chantres de la défense de la patrie sur leurs vieux jours. »
Des tonnerres d’applaudissement ponctuent chacune des phrases du tribun. Au milieu de l’assistance, habillée simplement d’un jean bleu et d’un tee-shirt blanc sur lequel on voit la figure de son père, sa fille Marine est aux anges.
« Il y a bien aujourd’hui en France deux camps, celui de l’Occupation et, le nôtre, celui de la Libération. Mais pourquoi se coalisent-ils tous contre moi, c’est-à-dire contre vous, contre le Peuple qui fait entendre sa voix ? Pourquoi font-ils défiler les enfants des écoles pour, comme en Corée du Nord, hurler à la mort en service commandé ? Je suppose que les enseignants « antifascistes » ont rétabli les « colles » pour les récalcitrants à la manif’ ! Pourquoi les permanents des syndicats auto-proclamés représentatifs, que je ne confonds pas avec leurs adhérents dont beaucoup ont voté pour moi, violent-ils la Charte d’Amiens qui veut que politique et professionnel soient distincts ? »
A ces questions rhétoriques, Jean-Marie va apporter quelques éléments de réponse :
« Dans les années soixante, alors que Jacques Chirac est déjà dans les conseils des gouvernants, le grand capital ne veut pas que les travailleurs français puissent, comme c’est le cas chez nos voisins européens, jouir à juste titre des fruits de la croissance économique du Pays. C’est pourquoi on décide de peser à la baisse sur les rémunérations des salariés français en embauchant des ouvriers sous-qualifiés et sur-exploités venus d’ailleurs. On voit ainsi certains grands groupes industriels français préférer faire venir, comme Citroën, leurs ouvriers du sud-marocain et les faire vivre dans des conditions déplorables en France, plutôt que former leurs salariés français ou investir dans les technologies d’avenir. Les voilà les vrais racistes ! » Des rires partent du public, ravi de voir le Menhir en grande forme.
« La France en paiera le prix par des centaines de milliers de licenciements après 1973. En 1965, le gouvernement Pompidou fait examiner par un rapport « s’il ne serait pas possible de simplifier la délivrance des titres de séjour et d’alléger les formalités imposées aux étrangers tant pour être recrutés que pour séjourner en France ». En dépit de la résistance de plusieurs ministres de l’époque, cette politique est mise en place : de 1966 à 1972, ce sont 1 200 000 travailleurs étrangers qui seront admis en France. Et c’est… Chirac, nommé en avril 1967 secrétaire d’État aux Affaires sociales, qui sera chargé de cette politique : il régularisera 82 % des immigrés clandestins entrés en 1968. »
Des injures et des cris de désapprobation partent des quatre coins du public frontiste. Crâne luisant au soleil, Serge Chevillard agite frénétiquement son drapeau.
Après avoir bu un peu d’eau dans un verre tendu par Marine, l’ancien président de l’Unef de l’Université d’Assas poursuit : « Le reniement européen de Chirac, c’est la mort de notre agriculture. Ministre de l’Agriculture en juillet 1972, il y avait 2 millions 700 000 agriculteurs en France. Sous Chirac président, il y en a moins de 600 000 ! C’est aussi la mort de nos industries. Depuis 1995, la France a perdu 450 000 emplois industriels. Voilà l’effet des délocalisations et du libre-échangisme mondialiste. »
Présent dans l’assistance simplement pour écouter, prenant une mine consternée pour montrer qu’il ne cautionne pas ce qu’il entend, Gérard Dupont, électeur socialiste, se dit : « Il a des constats justes, mais il fait cela par simple manipulation, pour engranger les voix. Il ne défend pas les travailleurs. »
« On nous fait un procès ignoble ! s’emporte l’héritier des Ciments Lambert. Nous serions hostiles au monde du travail, à la protection sociale, à la défense des intérêts professionnels. Nous avons fait, faut-il le rappeler, le meilleur score dans les milieux ouvriers. C’est le socialisme, en réalité, qui est hostile au travail : il en est resté, on l’a vu avec Mme Aubry, au partage du travail, qui n’est que le partage de la misère. Pierre Mauroy disait en 1981 que « le socialisme serait une société de loisirs », mais, pour avoir des loisirs, encore faut-il avoir les moyens de se les payer ! Le socialisme a abandonné son hostilité à la propriété individuelle, car il l’a spoliée par l’impôt. Mais les grandes féodalités de l’argent n’ont en rien pâti des gouvernements de gauche. C’est sous ces derniers que la Bourse fait ses plus grands profits, comme le baron Ernest Antoine Seillière le disait en 1997. »
A ces mots, Gérard Dupont, qui se sent personnellement insulté, marque sa réprobation en quittant les lieux en laissant échappé un « c’est un scandale ! » murmuré.
Mais l’assistance siffle abondamment le patron du Medef. Le Pen sourit à la foule pressée d’entendre la suite : « Nous sommes engagés dans la 2ᵉ bataille, pleine de haine et de fureur ! Tous les prébendiers du système se sont coalisés pour dénoncer, non pas le coupable, il est à leur tête, mais le juste, non pas le justiciable mais le justicier. Mais, Monsieur Chirac, qui a donc gouverné la France depuis 10 ans, qui a accumulé 5 000 milliards de francs de dette, qui a transformé, en 1974, l’immigration de travail en immigration de colonisation, qui a supprimé les frontières politiques et douanières livrant notre agriculture, notre industrie à la concurrence sauvage du mondialisme ? Le Baron Seillière est-il bien placé pour nous donner des leçons d’économie, lui dont la société a perdu des milliards (AOM-Air-Liberté) et licencié des milliers de travailleurs, dont l’ami Jean-Marie Messier vient de perdre 100 milliards en un seul trimestre, mais qui peut s’offrir des stocks options fabuleux, et à Lescure une indemnité de licenciement de 1 milliard de francs lourds. Nous ne recevons pas de leçons du grand manitou du patronat, alors que la France vient en 5 ans de passer de la 5e à la 13e place en Europe juste devant le Portugal et la Grèce, pour ce qui est de la richesse par habitant. »
Après les applaudissements, Le Pen conclut par un rappel de l’essentiel de son programme :
1) « Renégocier progressivement les traités européens dans le cadre d’une Europe des patries et des Etats,
2) Garantir la sécurité pour tous par le démantèlement immédiat des bandes et la réorganisation de la police, de la gendarmerie,
3) Maîtriser les dépenses publiques et redistribuer les fruits de la croissance aux forces vives de la nation, par l’allégement des impôts et la simplification bureaucratique,
4) Combattre l’exclusion et le chômage par l’allégement du droit du travail, par une politique sociale de priorité française et par l’arrêt de l’immigration,
5) Réunir et coopérer avec les pays francophones, notamment le continent africain, par le soutien au « Plan de renaissance africaine » et l’annulation de la dette des pays en développement. »
La suite de la journée, les partisans de Le Pen sont au sommet de leur espoir. Plus que jamais, ils croient un miracle possible. Dieu n’a pu abandonner la fille aînée de l’Église, pensent certains.
Chevillard patrouille avec ses amis autour de la salle des fêtes où se déroule le banquet du parti. « La France est de retour », tente-t-il de se persuader.
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Ligue à Léon : épisode 6 - Tout et le reste
Chapitre 4 : D ésaccords stratégiques à la LCR Dimanche 21 avril 2002, 20 heures. Au lendemain de la victoire en finale de la Coupe de la Ligue des Girondins de Bordeaux contre le FC Lorient, s...
https://impressons.over-blog.com/2026/09/ligue-a-leon-episode-6.html
La Ligue à Léon : épisode 7
Chapitre 5 :
Manifestation du 1er Mai
En ce 1er mai, la manifestation contre Le Pen est énorme à Bordeaux, comme ailleurs en France, avec des chiffres de participation jamais atteints, que ce soit selon la police ou les organisateurs (un large front d’organisation politiques, syndicales et associatives).
Le « retour des idées nauséabondes », que l’on croyait enterrées par le procès de Nuremberg, a réveillé un pays endormi dans l’alternance, sans faire le deuil de l’alternative.
Portant un tee-shirt rouge arborant un visage de Che Guevara, Jérémy Martin défile avec les jeunes Communistes et les jeunes Socialistes. Le rendez-vous a été donné à la place de la Victoire.
Un poil dépasse d’une de ses narines. Il le tire d’un coup sec pour l’enlever. Une larme coule de son œil gauche. Jérémy Martin reconnaît le cortège des supporters ultras des Girondins de Bordeaux : Ultramarines 87 et Devils 90. Ceux-ci mettent en avant des valeurs antifascistes et antiracistes, au contraire des Néo-Nazis qui traînent dans les tribunes à Lyon, à Nice, à Lille, au Parc des Princes et même à Marseille. Un groupe d’extrême droite a essayé de s’implanter au stade Lescure quelques années plus tôt. Il a été rapidement évincé.
Mais l’homme a ses faiblesses. Il est parfois difficile pour les Ultras de tenir leurs troupes. Jérémy Martin a entendu des propos racistes dans le virage Sud, proférés par des supporters connus de tous. On peut interdire une idée, mais pas l’empêcher de circuler…
On ne peut plus marcher, tant il y a de monde. Cela fait plaisir à voir, après le choc des résultats. La pilule[1] a été dure à avaler, mais cela n’invalide pas le programme et la stratégie du PCF, bien au contraire. Jérémy Martin a été bien davantage déçu par le score de son candidat que par la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen. Il n’a pas le moindre doute que ce dernier sera largement battu par Jacques Chirac.
Pour cette manifestation monstre contre « le retour de la bête immonde », la foule déborde peu à peu sur la rue Sainte-Catherine et le pourtour de l’université Bordeaux II, temple de la gauche où officie notamment François Dubet, un grand sociologue réformiste spécialiste de l’Éducation.
Une trentaine de personnes, pas davantage, se serrent autour de la banderole LCR « Nos vies valent plus que leurs profits ». Le cortège n’est pas aussi garni qu’attendu par Philippe Plain. Il a mis ses plus beaux badges et autocollants sur sa veste en jean, de Ras’l’Front à la LCR en passant par VDT et la CGT Métallurgie. Il est avec une dizaine de copains de l’usine de Ford Blanquefort. L’appel à l’abstention du parti a jeté le trouble chez les sympathisants qui sont soumis à l’hystérie de toute la superstructure idéologique[2] depuis le 21 avril 2002.
« Bande de guignols ! »
L’insulte a fusé d’un groupe d’une quarantaine de jeunes Socialistes et Communistes. Braillards et rigolards, pour certains, mais passablement en colère, pour d’autres, ils s’approchent.
Deux poignées de Redskins, des skinheads communistes, observent la scène, réunis autour de leur chef, qui se fait appeler Curie. Ils sont embarrassés, car en tant qu’antifas, ils ne peuvent qu’appeler à voter Chirac, ce qui n’est pas très en conformité avec leur posture de rebelles. Avec cette décision inattendue, la LCR s’est mise dans une niche pestiférée que ne peuvent accepter les Redskins pourtant champions de la radicalité révolutionnaire.
Quelques jeunes militants commencent à chanter : « A deux c’est une tendance, à deux c’est une tendance /
à trois c’est une scission, la ligue la ligue /
à trois c’est une scission la ligue à Léon Trotski.
Mon père a trois usines, mon père a trois usines /
ça m’aide à militer, la ligue la ligue /
ça m’aide à militer la ligue à Léon Trotski.
J’ai monté une grève, j’ai monté une grève /
dans l’usine à papa, la ligue la ligue /
dans l’usine à papa, la ligue à Léon Trotski.
J’aime la couleur rouge, j’aime la couleur rouge /
celle de ma Ferrari, la ligue la ligue /
Celle de ma Ferrari, la ligue à Léon Trotski. »
S’approchant de Philippe Plain, une lycéenne blonde à la poitrine généreuse, une grande écharpe rouge autour du cou, un tee-shirt Che Guevara fièrement exhibé, lui hurle dessus, en larmes : « Mon grand-père a été déporté. Vous n’avez pas honte ! Vous savez ce que cela veut dire, le négationnisme, le révisionnisme, l’Apartheid !? »
Deux JCR ne se laissent pas démonter. Ils entonnent : « Une Stalinienne, qui surgit hors de la nuit /
court vers l’isoloir au galop.
Son nom, elle le signe à la pointe du stylo /
D’un Z, qui veut dire Zéro ! »
Les jeunes Communistes et Socialistes s’éloignent pour rejoindre les massifs rassemblements du PCF et du PS, coude à coude avec les associations antiracistes, l’Unef et les autres satellites de la gauche.
L’accueil des Trotskistes par les manifestants est généralement poli, si ce n’est froid. Les regards sont lourds, les visages fermés.
« Ils ont la mémoire courte, glisse Alicia Pereira, la copine de Philippe, une petite grosse brune avec des taches de rousseur sur le visage, caissière à Auchan Mériadeck. C’est leur politique pendant cinq ans qui a empêché Jospin d’arriver au second tour. Si leurs amis Taubira et Chevènement n’avaient pas fait acte de candidature, il se serait qualifié facilement. »
« C’est une définition de la gauche d'avoir la mémoire courte, ajoute Renaud Duvalier, un vieux militant, ancien de la « GP », la Gauche prolétarienne, un Groupe maoïste des années 1970. Depuis Babeuf, Robespierre ou ensuite Louis Blanc, parmi les pires saloperies ont été faites par la gauche, qui peut toujours compter sur l’indulgence et l’oubli de son électorat. »
« Le parti doit être la conscience et la mémoire de la classe ouvrière, rappelle Philippe. Qui a trahi en 1914 ? En 1936 ? En 1958 ? En 1968 ? Toujours les mêmes. Et au profit de qui ? Toujours les mêmes : les Capitalistes et les rentiers. »
Petit à petit, les cortèges des parias, LCR et LO, se rapprochent de leur place habituelle, à la fin du défilé, à côté des Anarchistes, lesquels sont beaucoup moins embêtés, car ils n’appellent jamais à voter pour qui que ce soit.
« L’ambiance est électrique. Il va falloir faire attention. On reste ensemble. On ne s’éloigne pas les uns des autres », déclare Philippe Plain au mégaphone quand le cortège s’ébranle.
« Bande de traîtres ! », crie un groupe de jeunes Maghrébins, probablement descendus de la rive droite, en passant devant eux. « Ne vous trompez pas d’ennemis, les gars », riposte Philippe, sans trop se faire d’illusions.
« Ils doivent être avec le Mrap ou SOS Racisme, ils sont déjà lobotomisés », suggère Alicia Pereira.
Mais cette nervosité mal dirigée désole son copain : « C’est bien d’être politisé, mais il faut aller au-delà des apparences. Comment croire que la LCR, qui n’est jamais allée au pouvoir, qui défend depuis toujours les immigrés et lutte contre le colonialisme, à quoi que ce soit à voir avec Le Pen ? »
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Ligue à Léon : épisode 6 - Tout et le reste
Chapitre 4 : D ésaccords stratégiques à la LCR Dimanche 21 avril 2002, 20 heures. Au lendemain de la victoire en finale de la Coupe de la Ligue des Girondins de Bordeaux contre le FC Lorient, s...
https://impressons.over-blog.com/2026/09/ligue-a-leon-episode-6.html
La Coupe du Monde des Révolutionnaires (1)
Salut ! voici le premier épisode d'une nouvelle histoire à suivre sur mon blog... Abonnez-vous à l'infolettre pour ne pas rater la suite !
Merci
(l'image est faite par l'IA, mais pas le texte, c'est moi qui écrit ^^)
Selon Lénine, on s’ennuyait un peu au Paradis. Sentiment d’éternité, paix sociale, absence de différends absurdes et de lutte pour la survie ou pour le pouvoir : cela pouvait parfois être pesant.
Lénine était très lié aux habitants du Paradis, surtout aux anciens politiques, de toutes tendances. Ils lui parlaient fréquemment de ce sentiment d’ennui.
Il fit remonter ce malaise au directeur : saint Pierre. Et fit une suggestion : pourquoi ne pas créer un tournoi de football pour nous autres, Politiques ? Il y en avait déjà pour beaucoup d’autres catégories, en premier lieu pour les footballeurs morts.
Saint-Pierre alla voir Jésus et Son Père (croyez-le ou non, ils sont réellement deux individus différents sur ce plan subtil de la manifestation). Il leur demanda l’autorisation d’organiser une Coupe du Monde des Révolutionnaires. Ils acceptèrent à condition que soit invitée une équipe de fascistes.
Saint-Pierre s’en fut ensuite rendre compte à Lénine de cette entrevue. Il était assis sous un pommier en train de lire pour la énième fois un certain recueil de poèmes de Pouchkine.
« Salut Vladimir. Je vais bel et bien organiser une compétition entre vous. Il y aura 32 équipes. Je vais sélectionner 32 capitaines. Vous sélectionnerez vous-mêmes les joueurs. Jésus et Son Père ont mis une condition : je dois inviter Adolf et quelques autres fascistes. »
Lénine n’était pas d’un naturel difficile. « Je ne suis qu’un invité ici. Si les Patrons le demandent, pas de problème ! L’essentiel est qu’on puisse se dégourdir les jambes ! »
Ainsi furent lancés les préparatifs. Saint-Pierre se mit à plancher sur le choix des 32 capitaines. La coupe du monde des révolutionnaires était devenue le sujet n°1. Les anciens joueurs de football se proposaient pour servir d’entraineurs. Nul doute que les stades seraient bien achalandés pour assister à ces rencontres. Seul défi : les joueurs devraient se remettre en forme.
Saint-Pierre mit quelques jours à établir la liste des 32 capitaines…
A suivre…
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