Feuilleton - La Borie de Rivaux
Episode 4
Objectif : trouver Sandrine.
Tout Sarlat ne pense plus qu'à cela.
En milieu d'après-midi, ce lundi, des employés municipaux renforcent les équipes qui ratissent le centre-ville et le quartier du Pignol. Des habitants, jeunes ou vieux, se rendent également disponibles pour les recherches. Chacun demande qui sont les parents. Ça discute sur les trottoirs, sur les bancs publics. « Magalie et Victor Prez ? Ah, oui... je vois... Elle travaille à la mairie, non ? Et lui chez Rougié ? C'est la fille de Nicole Delmas, elle, de Proissans, hein ? Et lui du Vieux Boulin. Un sacré bonhomme celui-là ! Ou son petit-fils ? » Le Vieux Boulin, un ancien joueur de l’incontournable club de rugby local : le CAS. Donc une célébrité. Il est mort il y a dix ans.
Très vite, la rue sait tout de la famille et cherche avec ardeur à retrouver la petite dernière d'une longue et appréciée lignée sarladaise. Chacun plaint les parents, mais l'espoir est encore là, et bien là. Reprend-on courage en apercevant une petite blonde au bout d'une rue ? Hélas, il s'agit d'une vacancière allemande avec ses parents. Quelqu'un a vu la fillette sur le toit de l'école ? Un pompier s'élève à bord d’une nacelle pour en avoir le cœur net. Erreur : c'était une serpillière rose portée là haut par un coup de vent.
Des appels sont lancés sur la radio France Bleu Périgord : « Recherche Sandrine, fillette de 8 ans, type caucasien, blonde, yeux bleus, 1,30 m, vêtue d'un pull rose avec la face d'un chat bleu dessinée dessus, d'un pantalon vert et de chaussures blanches aux bandes horizontales bleues. Perdue dans le centre de Sarlat, secteur le Pignol, la poste. Si vous la voyez ou si vous avez des informations qui pourraient être utiles, contactez la gendarmerie de Sarlat au 05 53 31 71 10. »
Des cheveux bruns courts, un regard clair, une mâchoire carrée, rasée de près. Le capitaine Bruyère, commandant la compagnie de gendarmerie de Sarlat, est un grand costaud. Agé d'une quarantaine d'années, cet ancien deuxième ligne de rugby est toujours prêt, et content, de délaisser son bureau et la paperasse administrative pour aider ses troupes sur le terrain.
Prévenu à 13 h de la disparition de la fillette, l'officier s'est immédiatement projeté sur les lieux. Accompagné du gendarme adjoint volontaire Rabiot, un jeune de 19 ans qui ressemble à un enfant de chœur, il remonte la rue Louis-Arlet, sous la pluie battante. Dans sa précipitation, Bruyère a oublié de prendre un vêtement adapté. Il n'a que son polo bleu clair sur le dos et se retrouve trempé jusqu'aux os. Pas de quoi lui faire perdre le sens de l’humour.
« Rabiot, allez questionner les deux personnes qui nous regardent par la fenêtre. Demandez-leur si elles n'ont pas vu la gamine...
- Bien, mon capitaine.
- Et n'en profitez pas pour draguer. Je vous ai à l’œil, Rabiot.
- Oui, capitaine », répond fébrilement le jeune homme.
« Je plaisante, Rabiot. Détendez-vous ! Allez-y ! » Le capitaine sait qu'il faut se dépêcher. Les premières heures après une disparition sont cruciales. C'est à ce moment-là que la grande majorité partie des affaires sont résolues. Plus le temps passe, plus les chances de retrouver les victimes s'amenuisent...
Bruyère est en train de penser à ces statistiques officielles quand il aperçoit, coincé entre un lampadaire et le rebord de la clôture d'un jardin, une chaussure de fillette. Blanche au bandes horizontales bleues…
La suite BIENTÔT...
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