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Impressons - Sarlat - Périgord Noir - Dordogne

Sarlat Périgord Noir Dordogne : textes, photos, vidéos, sons... Guillem Boyer

Le chômage : d'un problème économique à un sérieux problème politique

Le chômage continue de s'élever, en Dordogne et en Périgord Sarladais comme, en gros, partout en France.

 

Pour parler simplement, le chômage apparait quand le nombre de personnes disponibles pour travailler est supérieur au nombre de postes offerts par les entreprises et par les administrations. Si le chômage augmente, c'est donc qu'il y a un décalage de plus en plus important entre le nombre de travailleurs et les postes disponibles dans l’économie (prise au sens large).* 

 

Pour y remédier, outre les traditionnelles et inefficaces réductions de charges sociales (expression qui n'existe pas en droit) et autres cadeaux fiscaux de toutes sortes, certains (dans les milieux politiques gouvernementaux et patronaux) préconisent une méthode cosmétique : ne plus compter parmi les chômeurs ceux qui travaillent quelques heures par semaine ou par mois. Cela s’est fait dans d’autres pays, où le taux de chômage est effectivement moins élevé qu’en France (par exemple en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis). Le gros problème est que cela ne change pas la vie des gens qui ont ce type d’emplois. Ils peinent à joindre les deux bouts avec un salaire insuffisant. Le problème politique du chômage demeure donc, avec ses conséquences sur le plan électoral notamment.

 

D’autres (généralement à gauche, mais pas que) veulent la baisse générale du temps de travail et la création de postes supplémentaires en répartissant le travail entre les personnes ayant un emploi et les chômeurs. Ils parlent aussi de diminuer l’âge de départ à la retraite (par exemple en revenant à 60 ans, voire à 55 ans), avec deux avantages cumulés : 1) faire baisser mécaniquement le nombre de personnes sur le marché du travail (encore faut-il pour cela que les pensions de retraites permettent de vivre) ; 2) diminuer le chômage des jeunes, lesquels seront appelés à remplacer plus vite les anciens. Les opposants à ces propositions estiment qu’elle vont aggraver le déficit, donc la dette, de la caisse de retraite. Pas si on augmente les cotisations, rétorquent les partisans de cette réforme, laquelle implique en outre une certaine tutelle de l'Etat sur les dirigeants des entreprises, ce qui est plutôt pour déplaire à ces derniers.

 

Les partisans de telles réformes sont cependant loin d'avoir une quelconque possibilité de l'appliquer, du moins s'ils se maintiennent uniquement sur le terrain électoral. En effet, les candidats qui les représentent à l'élection présidentielle (celle qui détermine la politique menée dans le pays) ont ces dernières décennies réalisé des scores très faibles. Cela changera-t-il au prochain scrutin ? Rien n'est moins sûr. Une des raisons des scores peu importants de ces candidats est, en effet, que les électeurs ont été déçus par les précédents hommes et femmes politiques (du PS et du PCF notamment) ayant défendu des idées proches. En effet, certains, une fois au pouvoir, ont fait le contraire de ce qu'ils préconisaient avant. Cela s'est vu au cours des deux septennats Mitterrand, entre 1981 et 1995, surtout au début du premier, puis, dans une version édulcorée, en 2012, avec le décalage entre les discours de François Hollande candidat à la présidentielle et la politique menée par Hollande François président (même si cet exemple n'est pas très bon car, en réalité, Hollande, réaliste libéral, n'a jamais promis un "Grand Soir" fiscal et économique de gauche dans son programme, comme certains à sa gauche le prétendent). Outre que cela a discrédité la gauche et les idées de gauche pour longtemps, ces échecs permettent aux représentants du Medef ou de la droite de dire que ces théories "sociales", si ce n'est "socialistes", sont utopiques et irréalistes.

 

 

Un des grands enjeux des prochains mois et des prochaines années sera aussi de savoir, comme d’habitude, qui financera les caisses de retaite et de chômage (tout comme les autres caisses d'ailleurs)... Actuellement, elles sont alimentées par les cotisations sociales prélevées sur les salaires (part patronale et part salariale), c'est-à-dire que ce sont les salariés qui, par la production des richesses qu'ils permettent, financent ces caisses.

 

Les principaux dirigeants économiques et ceux des partis les plus importants soutiennent l'idée d'une hausse de la TVA (dite "sociale", jeu de mot intéressant, avec un qualificatif à la fois descriptif et qui en même temps a valeur d'antiphrase) et/ou une augmentation des charges payées par les salariés et/ou une baisse de la part patronale des cotisations sociales, ce qui revient à diminuer le salaire des salariés, car ces cotisations sont une partie du salaire. Les milieux syndicaux et de la gauche de la gauche estiment que le poids du financement des allocations chômage et des retraites doit beaucoup plus être porté par le capital (en ponctionnant une part des bénéfices, dividendes, profits, etc.). Le patronat estime que ce serait rien moins qu'un viol de son droit de propriété, et il a raison. Il assure que cela aurait pour effet de tuer l'économie et de détruire les emplois. Certains syndicats rétorquent que le fonctionnement actuel est créateur de chômage, et donc est intenable à moyen terme car il conduit à une sérieuse crise politique, à moins de penser que les millions de chômeurs et de précaires, sans compter les retraités aux pensions de plus en plus faibles, resteront impassibles et philosophes si leur niveau de vie et celui de leurs enfants se dégrade encore et encore. Ces tenants des idées "de gauche" soulignent aussi qu'à une époque où la précarité augmente dans les milieux populaires, les milieux les plus aisés du pays se portent en général très bien (comme dans le monde entier d'ailleurs), avec l'exemple de l'explosion du nombre de millionnaires. Cela invite à reconsidérer le problème de la répartition des richesses et donc des structures de pouvoirs dans le cadre desquelles sont réparties ces richesses.

 

D'un problème économique, il apparait ainsi vite que le chômage devient de plus en plus un problème politique. Ceci n'est un secret pour personne. Il l'est bien sûr déjà beaucoup, puisque c'est essentiellement ce problème non résolu qui conduit à un mécontentement important de l'électorat, lequel est composé en grande majorité de salariés, donc de personnes risquant de subir ce chômage. Cette déception à l'égard des partis de gouvernement provoque des alternances régulières des partis au pouvoir et une montée de l'abstention et de l'extrême droite. A terme, cela pourrait remettre en cause l'édifice politique français tel qu'il est bâti depuis plus de soixante ans. L'abstention importante ne doit pas être comprise comme un désintérêt pour la chose publique ou de la légèreté mais plutôt comme une incapacité des électeurs à savoir quoi faire et à qui faire confiance, ce qui ne peut que les frustrer et rendre explosive la situation politique et sociale.

 

Dans l'intérêt des milieux dirigeants du pays, les partis politiques doivent retrouver une capacité d'agir en faveur du pouvoir d'achat des classes populaires et des chômeurs, sans que cela ne touche aux bases du système actuel. Equation délicate. Le grand dirigeant politique de demain, toujours du point de vue des groupes économiques et politiques dirigeants du pays, sera celui qui parviendra à un compromis durable avec les classes populaires (salariés, artisans, tout petits patrons, agriculteurs...), compromis qui devra partir des nouvelles réalités de la structure économique de l'époque (qui produit les richesses ?)**. Ce compromis sera-t-il obtenu par la discussion ou par la force (le bain de sang comme la France en a connu, comme du reste presque tous les pays, à travers son histoire) ? Difficile de le savoir, même s'il faut mieux être pessimiste, en la matière, car cela pousse à réagir.

 

Du point de vue des milieux dirigeants du capitalisme français, du moins pour ceux qui regardent plus loin que leurs affaires du lendemain, la question pourrait se poser ainsi : pourquoi ce qui a été possible dans le passé ne le serait plus aujourd'hui ? La mondialisation et la concurrence économique existaient déjà il y a un siècle. Elles ont même mené à la Première puis à la Seconde Guerres mondiales, lesquelles ont détruit une grande partie de l'économie du monde et provoqué la mort de plus d'une centaine de millions de personnes. Les relations entre les grands Etats occidentaux (d'autres diraient "impérialistes") sont aujourd'hui, et même si cela peut changer très vite, autrement plus pacifiques. Pour autant, à ces époques de guerres terribles, des réformes ont permis d'améliorer le sort de la population (congés payés, conventions collectives, Sécurité sociale), à partir des années 1930. Evidemment, ces réformes elles-mêmes ne peuvent se comprendre et être estimées correctement en dehors du contexte où elles ont émergé. Ainsi donc se pose avec insistance la question : pourquoi ce qui a été possible dans le passé ne le serait plus aujourd'hui ?

 

Poursuivons. Ce premier problème politique, au sens superficiel du mot (ici utilisé comme équivalent de "gouvernemental") peut très vite se transformer en un second, qui utilise cette fois le mot politique en son sens fondamental (la vie harmonieuse dans la Cité). En réalité, nous y sommes déjà en partie car les deux sont évidemment imbriqués.

 

Si le chômage et la précarité continuent d'augmenter, le mécontentement de la population va s'élever à un point où la quantité se transformera en qualité. Ce mécontentement se manifestera sous des formes variées (grèves, incivilités, manifestations, sabotages, vote pour des partis extrêmes...). Le discrédit des partis de gouvernement atteindra tôt ou tard un niveau tel qu'ils ne seront plus en mesure de gouverner, même avec une constitution aussi verrouillée que celle de la Ve République. Nous voyons les prémisses de cette situation un peu plus à chaque nouveau scrutin, ces dernières années, avec la montée du Front national. Viendra alors une époque (il est difficile de déterminer dans combien d'années elle pourrait s'ouvrir) où deux options seront possibles : soit des partis tenteront de museler voire de clore l'épisode démocratique, en revenant sur des acquis comme le droit de vote, ou en interdisant à des partis portant une voix opposée de porter leurs idées ; soit des partis voulant améliorer les choses dans le sens des classes populaires arriveront au pouvoir avec pour objectifs d'appliquer des mesures impopulaires aux classes les plus aisées. Ces classes dirigeantes seront également tentées de réagir en utilisant les nombreux moyens politiques, économiques, militaires et autres dont elles disposent.

Il est évidemment fort possible également qu'une sorte de troisième voie intermédiaire entre ces deux options se dessinent, qui sera le fruit des compromis entre les différentes forces en présence dans le champ politico-économique. Avec les mesures et le tournant pris ces derniers mois par la politique gouvernementale, d'aucuns pourraient se croire autorisés à dire que nous sommes déjà engagés dans cette troisième voie. Laquelle ne compromet pas les autres (l'Histoire est faite de longues lignes droites suivies parfois de brusques virages).

En tous les cas, il y a grand intérêt pour le pouvoir politique (actuel et à venir) à ce que la situation de l'emploi s'améliore, du moins s'il veut se maintenir sous sa forme présente "démocratique" encore quelques années ou décennies... Quant à l'intérêt à ce que le chômage baisse pour la majorité de la population, il n'est même pas à démontrer.

Reste un problème : quelle est la marge de manœuvre du pouvoir politique face au pouvoir économique ? Une classe politique aussi imbriquée avec le milieu économique dirigeant que l'est la classe politique française peut-elle s'extraire, acquérir encore, à nouveau, un caractère national, ou pour le dire autrement, se hisser au-dessus des classes, dans un élan bonapartiste***, justement pour préserver les intérêts à long terme de la classe qu'elle représente ? Pour répondre à cette question, un paramètre pour le moment inconnu, et pourtant incontournable, sera le niveau d'intervention de la France d'en bas dans l'arène politique et économique où se règle sa destinée. Cette pression des couches populaires a toujours été un phénomène décisif dans l'histoire des sociétés modernes. Car l'histoire est le récit des actes des hommes, des nations et des classes et, en l'affaire, qui ne dit mot, qui n'agit pas, consent.

 

* Il est passionnant de réflechir aux raisons socio-économiques qui expliquent le phénomène du chômage. Elles ont été longuement étudiées. Elles tiennent fondamentalement au décalage entre le caractère concurrentiel du marché, sa logique prédatrice, et les capacités d'absorption de la production par les consommateurs (particuliers, entreprises, Etat, etc.). Pour faire simple : pour écraser ses concurrents, une entreprise doit produire moins cher et plus que les autres ; or toutes ayant ce raisonnement, il vient un moment où il y a trop de marchandises par rapport aux besoins. Les entreprises ont alors trop de stocks et ne peuvent pas produire plus. Les consommateurs, souvent salariés et eux-mêmes tondus par divers procédés, n'ont plus la capacité de tout consommer. C'est une crise de surproduction, qui amène une augmentation du chômage, une concentration de la production et une disparition des plus faibles entreprises. A ce phénomène, constaté depuis plus d'un siècle, s'ajoutent notamment à notre époque  1) l'augmentation de la population permise par l'absence de guerres massives et par les progrès des conditions de vie, de l'alimentation et de la médecine (progrès qui impliquent une augmentation du nombre de travailleurs disponibles) 2) et des choix politiques ayant occasionné un recul de l'âge de départ à la retraite et donc une population active plus importante.

** La sphère de la production dans les pays développés est caractérisée par une importance croissante du salariat et par une disparition continue des petites entreprises.

*** Peut-on dire qu'au fond, en 1945 en après 1958, De Gaulle a appliqué la politique préconisée du Parti communiste (qui n'avait rien de révolutionnaire) sous la pression de celui-ci, pour éviter la révolution ?

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