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Episode 35

Grand et beau soleil sur la cité de La Boétie. Et 15 °C miraculeux inscrits sur les panneaux publicitaires lumineux des commerces. L'été jette ses dernières forces dans une bataille déjà perdue contre les saisons froides.

Stannis, le chien des Dalembert, file à toute allure vers le traditionnel marché du samedi. Dans sa gueule, un morceau de poupée qu'il vient de faucher dans une grange entrouverte, sur la propriété de Maurice Etre. Ceint autour du poignet de ce bras de plastique, une petite gourmette en or 18 carats sur laquelle on peut lire « Sandrine ».

Stannis est fier de sa trouvaille. A son port altier, à son regard noir, on comprend qu'il ne se la laissera pas enlever sans réagir.

Place de la Liberté, Magalie Prez discute avec une collègue de la mairie devant un stand de fruits et légumes. Son œil est instinctivement attiré par cette masse noire qui trottine en sa direction. Ses pupilles bleues, dilatées par le manque de sommeil, se fixent instantanément sur le bras de plastique et le petit bracelet dont le jaune rutile au soleil. Son cœur s'emballe. Elle se précipite vers le chien. Stannis n'apprécie guère la manœuvre. Il fixe la mère de Sandrine et montre ses crocs, sans cesser de tenir fermement son butin. « Attrapez ce chien ! », s'écrie la pauvre femme tandis que le rottweiler détale. Aucune personne ne parvient à s'en saisir.

Magalie est en pleurs. Son mari, Victor, la rejoint rapidement. Il la prend dans ses bras. Chaque rappel de la disparition de leur fille est un coup de poignard aux entrailles. Au bout de quelques minutes, une trentaine de personnes, amis, membres de leurs familles, se trouvent autour d'eux et leur témoignent leur soutien.

Les yeux encore humides, Magalie fixe machinalement l'autre bout de la place de la Liberté, vers la cathédrale Saint-Sacerdos. Dans son champ de vision apparaît une petite gitane, à peu près le même âge que sa fille. Le visage fin et les beaux cheveux noirs de la gamine attirent les regards des badauds. Non loin d'elle, quatre femmes et une myriade d'enfants déambulent à pas lents. Magalie se perd dans la contemplation de cet être si gracieux.

« Victor, regarde cette petite. Là-bas, à côté du stand du marchand de miel. Il y a quelque chose en elle... Elle me fait penser à Sandrine.

- Ah oui, quoi ? Je ne vois rien de spécial moi.

- Si, je sais. Regarde son pull rose. C'est le pull de Sandrine ! Celui qu’elle avait le jour où on l’a enlevée.

- Ah bon ?

- Il y a une grosse tête de chat bleu qui rigole au milieu. C'est ma mère qui l'avait offert à Sandrine pour son anniversaire. Il est en laine de chèvres angora. Elle l'avait acheté à la ferme de Millac...

- Il doit y en avoir des dizaines comme ça.

- J'en ai jamais vu d'autres. »

La gamine est à quelques mètres de Magalie maintenant. Victor s'élance vers elle et lui demande sans cérémonie : « Tu l'as eu où ce pull, toi ? »

La fillette se retourne et toise le père désespéré, le regard plein de surprise.

« C'est mon cousin qui me l'a donné, c'est un cadeau, c'est pas tes oignons, mec ! » Et elle retourne dans les jupes de sa mère.

« Ce sont eux qui ont enlevé notre fille », murmure Magalie Prez, presque sans s’en apercevoir, dans un grand hoquet de sanglots... Elle s’asseoit par terre, se recroqueville. Ses amis se tournent vers les gitanes et leurs enfants. Ils se sont arrêtés, interdits.

Au Sud, d'immenses nuages noirs pleins d'un liquide purificateur se réunissent, prêts à fondre sur Sarlat.

 

 


A suivre...

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Tag(s) : #Feuilleton, #Littérature, #Périgord Noir
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