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Impressons - Sarlat - Périgord Noir - Dordogne

Sarlat Périgord Noir Dordogne : textes, photos, vidéos, sons... Guillem Boyer

Une rue défoncée

Article paru dans L'Essor Sarladais en février 2012

Une rue défoncée

“ Ce n’est plus une route, c’est une déroute ”

Privée, la voie de la résidence Vigneras n’apparaît pas sur la carte de la commune. Laissée à l’abandon, elle est aujourd’hui dangereuse

De simple lieu d’habitation d’une vingtaine de foyers, la résidence Vigneras est devenue une zone très fréquentée, avec un lieu de culte, un cabinet vétérinaire et plusieurs commerces. Plusieurs centaines de passages de véhicules, dont des camions, se font chaque semaine sur cette chaussée en piteux état

De simple lieu d’habitation d’une vingtaine de foyers, la résidence Vigneras est devenue une zone très fréquentée, avec un lieu de culte, un cabinet vétérinaire et plusieurs commerces. Plusieurs centaines de passages de véhicules, dont des camions, se font chaque semaine sur cette chaussée en piteux état

Ils ne sont là que depuis un peu plus d’un an, mais ont pu constater les dégradations. Locataires d’un logement dans la résidence de Vigneras, au sud de Sarlat-La Canéda, Gilles et Gisèle Quistrebert sont aux premières loges pour assister à un triste spectacle. Celui d’une voie sur laquelle des centaines de passages de véhicules se font chaque semaine et dont l’état, faute d’entretien, se dégrade chaque jour un peu plus. Le long de sa maison, Gisèle montre du doigt le bas-côté de la voie : “ Pour éviter les crevasses, les véhicules montent le long de mon grillage. ”

 

Dans le domaine de la voirie, comme dans les autres, le pire n’est jamais sûr. Les derniers travaux d’entretien de cette voie parallèle à l’avenue de la Dordogne, ont été réalisés il y a une vingtaine d’années par les propriétaires (la SCI* du Domaine du Moulin de Moreau). Puis, il y a un peu moins de dix ans, il y a eu la remise en état de la voie devant les commerces (magasin de vêtement, coiffeur, etc.) qui jouxtent l’avenue de la Dordogne. Ailleurs, la dégradation s’est poursuivie sans entraves. Et depuis le pluvieux mois de juillet et la tempête du 2 août 2011, l’état de la voie est encore plus déplorable.

 

Le problème est d’autant plus important que cette rue est empruntée par les habitants du quartier, gens de tout âge et de tous milieux, mais aussi par des clients. Dans cette zone, on trouve en effet des commerces : un restaurant, un salon de coiffure, des magasins... et par conséquent les places de parking qui vont avec. On trouve aussi une église évangélique, qui accueille fréquemment ses fidèles. On trouve enfin un des plus importants cabinet vétérinaire du canton. Bref, ce n’est plus un quartier d’habitation isolé de la commune, mais un lieu de vie sociale intense, au cœur de la zone commerciale du Sud-Sarlat.

 

La vétérinaire Christine Mairesse tient son cabinet au début de la voie depuis 1993. “ C’était mort ici à l’époque ”, se souvient-elle. Cela a bien changé. En plus du défilé des voitures, deux fois par semaine un camion de 19 tonnes la livre en médicaments et croquettes. Le docteur souligne qu’il n’a pas fait très froid ces dernières années. Heureusement, car chaque intempérie a sur la rue un effet dévastateur. “ Il arrive alors souvent que les gravats dévalent la route, traversent l’avenue de la Dordogne et parviennent jusque devant le magasin d’articles de sport ”, décrit celle dont certains clients disent leur désagrément de devoir rouler sur cette voie. Les personnes âgées notamment, pour qui s’aventurer ici relève désormais du safari urbain, avec bosses et obstacles à éviter : “ Ils me demandent s’ils devront acheter un 4x4 pour venir au cabinet ”, précise la vétérinaire avec ironie.

 

Y aura-t-il une route au printemps ?

“ Si jamais il fait froid, tout va se relever ”, estime Gilles Quistrebert. Lui redoute plus que tout le verglas, véritable cauchemar des voitures aux pneus lisses et des piétons aux pieds glissants. Sa femme rappelle surtout ce qui motive les inquiétudes des riverains : “ C’est dangereux pour les piétons, surtout les jeunes et les personnes âgées. ” Pas seulement pour eux : “ Un adolescent a fait une chute à motocyclette dernièrement ”, décrit-t-elle. Les riverains n’ont pas encore été témoins d’un accident grave, mais ils savent que chaque détérioration supplémentaire augmente le risque. “ Qui sera responsable si cela arrive ? ”, demande Christine Mairesse. En attendant ce sont les pneus et amortisseurs des véhicules qui sont à la peine.

 

“ Le laissé aller est complet ”, résume Jan-Paul Windhausen, qui vit ici avec sa famille depuis dix ans. Tout ne va pas mal, pourrait-on dire. Le réseau électrique, le tout-à-l’égout, le réseau d’eau fonctionnent à peu près. Il y a même une bouche d’incendie, que les pompiers vérifient régulièrement : preuve que le secteur est considéré comme un lieu de vie par les autorités. Mais le réseau d’évacuation n’est pas optimal : une maison située en bas de la rue a été inondée lors des pluies de l’automne.

 

Face à ce constat, depuis trois ans, les riverains ont pris les choses en main. Ils exigent du propriétaire qu’il procède aux travaux qui s’imposent. Selon eux, c’est à lui de maintenir le bon état des réseaux. Face aux contestations de ce dernier, Robert Nebout, propriétaire d’un pavillon dans la résidence depuis le milieu des années 70, a fait des recherches. Il exhibe le cahier des charges de la SCI, daté du 23 juillet 1973, et lit : “ Les travaux de voirie comprenant routes, distribution en eau potable [...], trottoirs [...] sont pris en charge et entretenus dans l’immédiat par la SCI en attendant que cette voirie soit remise dans le domaine public de la mairie de Sarlat. ” Les riverains souhaitent éviter les solutions procédurières et veulent une issue amiable.

 

Parmi les habitants, on hésite. Plusieurs issues sont envisagées. Ils ont pensé réparer eux-mêmes la chaussée : à leur frais, au moins en partie. Ils voudraient en réalité surtout que le propriétaire s’en charge, ou sinon la mairie. Le mieux serait de refaire en profondeur la rue et les réseaux, ce qui serait le plus coûteux en temps et en argent. Une autre solution, moins onéreuse, est de remettre en état superficiellement la route.

 

Les riverains placent maintenant une bonne partie de leurs espoirs dans les négociations entre la mairie et les propriétaires de la SCI, qui ont lieu depuis un an et se sont accélérées ces derniers temps. On leur avait promis que tout serait réparé avant Noël... Ce n’est pas le cas. Au printemps peut-être ? “ Pour la ville de Sarlat, qui tient à présenter une apparence convenable, cette histoire est négative ”, fait remarquer Nathalie Baudry, compagne de M. Windhausen.

 

De tout cela, Gilles Quistrebert conclut, philosophe : “ Ce n’est plus une route, c’est une déroute. ”

Guillem Boyer

* Société civile immobilière.

Les riverains ont pris l’habitude de rouler sur les bas-côtés pour éviter certains trous profonds de plusieurs centimètres. Piètre solution...

Les riverains ont pris l’habitude de rouler sur les bas-côtés pour éviter certains trous profonds de plusieurs centimètres. Piètre solution...

Travaux : l’Arlésienne

L’état de la route : une conséquence du manque de dialogue entre les parties dans le passé

A la fin des années 60, André M., entrepreneur du bâtiment et promoteur immobilier, décide d’ériger une vingtaine de maisons dans cette zone du sud de Sarlat-La Canéda. En 1972, les premiers pavillons de la résidence de Vigneras sont mis en vente par la société civile immobilière (SCI) Domaine du Moulin de Moreau, dont André M. et ses proches sont actionnaires. Les maisons se vendent petit à petit. A la fin des années 70, André M. ouvre la boîte de nuit Le Basroc et un bar, au début de la voie. Ils ont fonctionné jusqu’à la fin du XXe siècle.

 

Aujourd’hui, la résidence est occupée par vingt-deux foyers, dont environ la moitié sont des propriétaires. La voirie ne porte pas de nom, étant privée. Elle demeure la propriété de la SCI. Franck Duval, directeur de cabinet du maire, parle de “ la pire rue de Sarlat. C’est un problème inquiétant en terme de sécurité. Il y a visiblement mise en danger de la vie d’autrui. ” Il explique : “ La mairie est très active sur ce dossier. Nous avons organisé plusieurs réunions, dont certaines avec les habitants. Nous avons contacté le propriétaire.

 

” Dans un courrier adressé à des riverains le 18 novembre, le maire Jean-Jacques de Peretti évoque leur “ légitime attente ”. La résidence “ a été réalisée par un promoteur immobilier qui a conservé la propriété de la totalité des réseaux [...]. Il a donc obligation d’entretenir ceux-ci et tout particulièrement la voirie. ” Le maire annonce que la commune est “ disposée à reprendre dans le domaine public communal ces réseaux [...]. Préalablement, il appartient cependant au propriétaire de remettre en état de bon fonctionnement les équipements qui seront transférés. ”

 

Aux usagers de payer.

Dans ce courrier, le maire annonce aussi qu’il a mis en demeure les propriétaires de réaliser sous huit jours les travaux d’urgence qui s’imposent. Menace qui n’a visiblement pas impressionné la SCI : près de deux mois ont passé, l’état de la route est le même.

 

C’est désormais le fils d’André M., Joël, qui suit l’affaire. Il est depuis peu le nouveau gérant de la SCI. Il explique qu’il cherche un arrangement avec la mairie. Mais son point de vue est différent : “ La SCI est certes propriétaire de cette voie qui, je le reconnais, est dangereuse. Mais c’est aux usagers de cette route de payer. ” Il évoque un contrat mal fait à l’époque de la SCI mais demande : “ Quand vous cassez quelque chose, ne devez-vous pas le réparer ? ”.

 

“ Je donne avec plaisir la route à la mairie ”, poursuit-il. Sauf que celle-ci veut au préalable que la SCI remette en état la voie. Serait en cours une discussion pour la cession à la commune, en plus de la voie, d’un terrain derrière le garage Citroën. “ Je veux liquider cette SCI. Et je vais contacter quelqu’un pour boucher les trous ”, annonce Joël M., qui précise : “ Les riverains auront une route au printemps... sûrement. Mais ce sont des gens bizarres.

 

” Bientôt peut-être saura-t-on qui devra payer ces travaux : la mairie, les riverains, la SCI ? Chacun un peu ? Dans cette histoire, l’état de la route est semble-t-il à l’image des relations entre les différents protagonistes : en délabrement continu, de par la faute de certains, mais une solution sera certainement trouvée. Et les travaux, tant attendus depuis des années par les usagers de cette voie, seront réalisés.

GB

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