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Impressons - Sarlat - Périgord Noir - Dordogne

Sarlat Périgord Noir Dordogne : textes, photos, vidéos, sons... Guillem Boyer

Le clochard, le millionnaire et la TVA

Le clochard, le millionnaire et la TVA

Je ne prétends pas terminer ici le débat sur la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), première rentrée fiscale de l’État. Simplement apporter une petite contribution. Dans le sens d'un impôt plus égalitaire et plus efficace économiquement. Alors que beaucoup des plus éminents politiques du pays ne voient de salut fiscal que dans la hausse de la TVA...

Un clochard et un millionnaire sont dans la file d'attente d'une boulangerie. Le clochard est un habitué de ce quartier huppé d'une grande ville. Il y trouve ses "clients", souvent de vieilles dames qui s'achètent leur place au paradis en lui donnant quelques pièces.

Le clochard s'appelle Denis. Il a en sa possession une certaine somme pour vivre. Il n'a aucune épargne. Il a juste ses vêtements, son sac avec quelques affaires, son chien Lulu et donc cette somme en euros. 5 euros exactement. Avec ces 5 euros, il doit tenter de survivre jusqu'au jour suivant. Résister dans le froid de la nuit, éviter de se faire voler ses maigres effets, ne pas tomber malade, etc.

Denis a décidé d'engager une partie de sa richesse pour acheter de quoi manger. Manger est un besoin élémentaire pour tout être humain. Même l'être humain le plus riche du monde ou le mieux défendu par une armée de gardes du corps peut être terrassé en quelques jours par la faim ou la soif, sans sortir de chez lui.

Denis décide d'acheter une baguette. Elle va lui coûter 90 centimes. Après son achat, Denis n'aura donc plus que 4,10 euros pour tenter de vivre le moins mal possible. Cet achat l'aura amputé de 18 % de ce que certains cyniques appelleront son « capital ». Sur ces 90 centimes, Denis va payer 5,5 % de TVA, soit 0,05 euro. En réalité, le boulanger vend sa baquette 85 centimes et collecte au nom de l’État 5 centimes supplémentaires (du moins s'il ne fraude pas le fisc et reverse bien cette somme, ce qui est le cas du boulanger de notre exemple, qui est honnête et offre parfois un croissant à Denis).

D'accord, cinq centimes, ce n'est pas grand-chose. Mais pour Denis, cinq centimes, c'est 1 % de son patrimoine. Et là où cela devient moins anecdotique, c'est que Denis achète une baguette chaque jour pour manger. Il va donc dépenser (365x0,90) 328,5 euros par an pour sa baguette quotidienne. Il va payer 17,13 euros de TVA sur ces baguettes. Soit l'équivalent de 20 baguettes à 90 centimes. Avec 17,13 euros de plus dans sa poche, Denis aurait pu consommer encore un peu, améliorer son quotidien un peu, et le boulanger n'aurait rien perdu. L’État oui, aurait perdu 17,13 euros. Mais justement, venons-en à Bernard, le millionnaire situé derrière Denis dans la file de la boulangerie.

Bernard aime à aller acheter son pain chaque jour dans cette bonne boulangerie. Comme pour Denis, nous allons, suprême outrage, ouvrir sans ménagement le portefeuille et consulter les relevés de comptes de Bernard pour y découvrir son patrimoine économique et ses revenus.

Bernard a donc en sa possession une somme certaine pour vivre. Il dispose en tout et pour tout, sur ses divers comptes, de la somme de 5 millions d'euros. Avec ces 5 millions d'euros, il doit tenter de survivre jusqu'au jour suivant. Évidemment, l'argent ne fait pas le bonheur, et même les riches meurent un jour. Ceci étant, disposer de quelque épargne apporte de menues facilités, que le lecteur connaît ou peut aisément imaginer.

Bernard décide d'engager une partie de sa richesse pour acheter de quoi manger. Manger est un besoin élémentaire pour l'homme, y compris pour Bernard. Car l'argent ne se mange pas, sauf s'il est en chocolat (mais il perd alors sa qualité d'équivalent universel). Bernard décide d'acheter une baguette. Elle va lui coûter 90 centimes. Vous remarquez immédiatement que le prix est le même que pour Denis. Je vous taquine, vous le saviez déjà. Après son achat, Denis n'aura donc plus que 4,9999991 millions d'euros pour vivre. Ne tournons pas autour du pot, c'est amplement suffisant.

L'achat de cette baguette aura amputé Bernard de (attention les yeux) 0,000018 % de sa fortune personnelle. Sur ces 90 centimes, Bernard va payer 5,5 % de TVA, soit 0,05 euro. Je vous passe la proportion de son revenu qui va ainsi être amputée. On doit être à 0,0000001 % quelque chose. En tout cas, beaucoup moins que pour le pauvre Denis.

Cinq centimes, pour Bernard, ce n'est pas grand-chose. Mais là où cela devient moins anecdotique, c'est que Bernard achète lui aussi une baguette chaque jour pour manger (il ne mange certes pas uniquement la baguette, contrairement à Denis). Comme Denis, il va donc dépenser 328,5 euros par an pour sa baguette quotidienne. Il va payer 17,13 euros de TVA sur ces baguettes. Soit l'équivalent de 20 baguettes à 90 centimes. Avec 17,13 euros de plus dans sa poche, qu'aurait pu faire Bernard de si différent, qui lui aurait changé fondamentalement la vie ? Et puis, l’État y aurait perdu 17,13 euros. De l'argent qui pourrait être utile pour donner un peu plus à ceux qui ont moins, non ?

Notons que, la fin de l'année venue, Denis, ce piètre gestionnaire diraient certains, n'aura mis pas un euro de côté ! Il aura tout dépensé ! Denis, le clochard, est en réalité le citoyen rêvé de tous les experts économistes de la banque centrale européenne. Si tous les Européens faisaient comme lui, beaucoup d'entreprises pourraient embaucher (du moins si leurs dirigeants jouaient le jeu et investissaient dans la production).

Ce fait souligne un autre phénomène : les pauvres dépensent en général tout leur argent, et même s'endettent et donc payent encore plus cher que les autres pour avoir accès à l'argent (via les agios payés aux banques en cas de découvert). Les pauvres sont donc vertueux économiquement mais aussi de parfaits contribuables au niveau de la TVA. Ils sont en effet beaucoup plus lourdement imposés que les riches, et ce même s'ils ne paient pas d'impôts sur le revenu (notez que la plupart des locataires au RSA sont tenus de payer la taxe d’habitation et la redevance TV, mais c'est un autre sujet et Denis n'y est pas assujetti puisqu'il dort sous un pont). Pensez que, si l'on part d'une TVA à 5,5 % pour les biens les plus vitaux, et à 10 % et 20 % pour ceux censés l'être moins, un SDF comme Denis va payer au minimum (s'il ne consomme que des biens à 5,5 % de TVA, ce qui est probable) 5,5 % d'impôts par an. Et nous ne parlons pas ici des salariés au Smic ou ceux gagnant un peu plus, et qui paient la taxe d'habitation, la taxe foncière s'ils sont propriétaires, et l'impôt sur le revenu. Rappelons tout de même qu'une riche héritière français à la tête de plus de 35 milliards de patrimoine n'a payé que 0,25 % ou 4 % d'impôts (selon les source ici ou ) ces dernières années. Denis aurait le droit de donner des leçons de civisme à cette bonne amie d'un ancien président !

Ce que j'ai décrit là, c'est exactement ce que vous vivez tous les jours, sans vous en rendre compte peut-être. Que vous soyez clochards, smicards, fonctionnaires, PDG ou pilotes de chasse, vous payer la même TVA. Votre revenu ne joue en rien sur le montant de la taxe payée.

Peut-être que la TVA devrait être débaptisée et renommée taxe sur la consommation. Cela, certes, n'aurait pas un effet fameux sur les consommateurs (qui sont aussi pour certains des électeurs).

Vous avez compris de ce qui suit que je serais plutôt favorable à un impôt proportionnel au revenu et progressif pour remplacer cette TVA qui frappe durement le faible et peu le fort (économiquement parlant). Je ne dis pas que, dans les conditions actuelles, supprimer du jour au lendemain la TVA serait aisé. J'affirme par contre que c'est un impôt injuste et inefficace et que des dirigeants politiques et économiques soucieux du bien-être de gens comme Denis devraient réfléchir, parfois, à cela... 

Calculer la TVA de chaque bien ici.

En hommage à Daniel "Toc Toc"...

 

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